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Bienvenue


Bienvenue dans mon p'tit univers,

Je n'ai pas la prétention de dire que mes écrits sont réalistes, j'écris pour faire rêver et pour sortir de mon quotidien. Mon seul but est d'amener le lecteur faire un p'tit tout dans mon imaginaire très très gay.. 


Mes histoires :

 

May Angels Lead You In : 13 ans, une relation ambiguë avec le fils de l'employée de maison, une homosexualité refoulée, une famille chiante et une sensibilité de fille ... Mais que dire ? Ma vie n'est
pas conventionnelle et ne le sera probablement jamais, autant me faire à l'idée [Terminé]

Dark Waltz : 16 ans, une famille fantôme, un ex petit ami qui ne s'est pas résolu à sortir de mon coeur, une meilleure amie lesbienne et une relation d'amour/haine avec un danseur à la sensualité débordante . Aux dernières nouvelles, ma vie n'est toujours pas conventionnelle. [Prologue en cours d'écriture] [Suite de May Angels Lead You In]

Cap ou pas cap ? : Guillaume est un chirurgien réputé dont personne ne connait les faiblesses. Marié depuis longtemps avec Amandine, il ne peut la quitter maintenant qu'elle se déplace en fauteuil roulant. Mais quand Djamel vient briser sa carapace, tout change ... [2ième chapitre en ligne]

Tentation : Naoaki Torres, métis dans une société complètement nippone et issu d'une famille d'obsédés sexuels, s'amourache de Haru Sekisawa, père célibataire de dix-huit ans; arrogant et taciturne. Comme s'il n'était pas déjà assez en marge de la société ... [1er chapitre en ligne]


Projets / En cours d'écriture :


Légende Urbaine  : Lui ? Le Roméo de ces dames, le tombeur (malgré lui) par excellence. Un simple pari avec des amis chamboule son quotidien. Il doit faire craquer Isaiah, le grand taciturne que les rumeurs disent homosexuel. Mais Roméo se prend les pieds dans son propre piège et la situation tourne d’une drôle de manière … [1er chapitre écrit]


Au-delà Des Montagnes : Le village de Kahan recueille un jeune garçon dont on confie l’éducation à Yohan, combattant prometteur de sa génération. Le plus jeune s’amourache de son aîné pour qui il voue une admiration sans bornes mais bientôt, l’élève dépasse le maître et la séparation est imminente … [2ième chapitre en cours d'écriture]


Fics en arrêt :

Forbidden Love : Le plan d’un élève, Faye Lind, qui tente d’avoir des relations sexuelles avec son professeur de français, Derek Eyston, afin de pouvoir l’accuser de viol et de détournement de mineur pour toucher l’argent du procès. [1er chapitre disponible]

Atteindre une étoile : Alexis est susceptible, colérique et taciturne. Benjamin est enjoué, souriant et créatif. Malgré leurs différences, ils forment un couple depuis plus de deux ans. Lorsque le talent d’acteur de Benjamin est repéré et qu’il est admis dans une école de théâtre à l’autre bout du pays, Alexis comprend qu’il sera dur de garder son petit ami... [1er chapitre disponible

 

 

Les mises à jour seront faites ... au gré de mes humeurs XD
Plus sérieusement, je vais essayer de pas accumuler les retards quand même mais il y a toujours une fic sur laquelle je travaille plus que sur les autres.

 

Bises à tous et bonne lecture.

 

Miyuki Lee

 

Mercredi 8 juillet 2009
Salut les gens ^^ ! Merci énormément pour tous vos commentaires, je suis contente de voir que le début de mon histoire est apprécié. Pour Lilly, je ne sais pas trop si mon style d'écriture a changé ... Dur de juger par soi-même n.n''. Dans tous les cas, j'espère simplement que c'est un changement positif ^^. Pour sakura, j'ai publié Cap ou pas cap sur FictionPress depuis un petit bout de temps déjà mais cette fic qui devait comporter trois chapitres n'en a que deux et je n'ai pas vraiment été inspiré pour la suite ... autant ne pas mettre une énième fic inachevée ici. Mais bon, dès que je saurai exactement comment terminer tout ça, je publierai. Et puis, oui, évidemment que Devon va revenir dans cette histoire ^^ plus tôt que tu ne pourrais le penser d'ailleurs ! À tous, merci de vos encouragements, je suis contente de savoir qu'Eddie est apprécié puisqu'il est là pour rester ;) Bref, bonne lecture !

Depuis ma séparation d’avec Devon, mes songes étaient le reflet de ce présent avec lui que je n’avais jamais pu connaître. Bien que certains gardaient la fantaisie et le surréalisme propres aux rêves, d’autres étaient réalistes au point de se confondre avec la vérité de mon existence actuelle. Cela me déconcertait et me plongeait dans une sorte de mélancolie que mon entourage apparentait à cette manière que j’avais d’être toujours si renfermé. John Mayer disait dans l’une de ses chansons que lorsqu’on rêve avec un cœur brisé, le plus difficile est de se réveiller. Il n’avait pas tort. Il y avait de ses journées où j’aurais préféré y rester et rêver le présent que je voulais tant. Je n’étais pas constamment malheureux contrairement à ce que l’on pourrait croire mais l’amour était un manque dans mon existence, un sentiment dont j’avais besoin mais auquel je n’avais plus accès. D’un côté, Devon était toujours en possession de mon cœur et d’un autre, je n’étais pas en mesure d’envisager une relation durable avec un autre. Je crois que j’étais beaucoup trop apeuré par les autres en question. Je ne pouvais offrir à un garçon la confiance que nécessitait une relation sérieuse tant j’avais peur de m’attacher à lui et de souffrir. Je m’étais brûlé à l’amour une fois et je n’avais plus été capable de l’aborder à nouveau.

C’est ce qui fît que la potentielle relation amoureuse qu’Edward avait entrevue ce matin-là s’était effondrée aussi facilement qu’un château de cartes. Mon passé me poursuivait encore et ma peur du présent me laissait indifférent à l’amour des autres. Edward n’avait rien à se reprocher, loin de là. Mais ce matin-là, il se retrouva face à un mur et la déception que je lus sur son visage me marqua tant elle était profonde. Pas sa déception par rapport à ce que j’étais mais sa déception par rapport à lui, à ce qu’il n’avait pas su faire pour me retenir.

Quand je m’étais réveillé, le corps de mon amant contre le mien, je m’étais cru dans mes songes, dans ces rêves qui m’apportaient la sensation de Devon, de sa chaleur et de la douceur de sa peau. Une fois mes yeux ouverts sur la peau si foncée d’Edward et sur ses traits tellement différents, je m’étais senti comme trahi par mes propres sens. Ce corps pourtant si parfait me dégoûtait. Il avait le défaut de ne pas être celui de mon ex petit ami. Ce devait être la première fois que je me réveillais au côté de quelqu’un d’autre et ça me mettait mal à l’aise. Edward se réveilla à peu près au même moment que moi et je tentais de garder mon calme, de me montrer moins énervé que je l’étais à l’intérieur.

Il s’étira, se tourna vers moi puis chercha mon regard du sien. La tendresse portée dans ce simple contact visuel me rendait d’autant plus mal à l’aise. Je regrettais mes agissements d’hier et me demandais ce qui m’avait poussé à agir ainsi.

 

« Mathéo, murmura t-il avec un sourire amusé au coin des lèvres.

- Edward, répondis-je sur le même ton sans parvenir à imiter son sourire.

- Eddie, me corrigea-t-il, je n’aime pas ce prénom …

- J’aurais dû m’en rappeler, soupirais-je, désolé. »

Edward se redressa légèrement sur le canapé où nous étions tous deux allongés et son regard se fit plus inquiet que tendre, comme s’il avait perçu le malaise dans mes yeux.

« Quelque chose ne va pas ? me demanda-t-il aussitôt.

- Juste que … Je sais pas, je regrette pour hier.

- C’est la première fois que tu couches avec quelqu’un dès le premier soir ? me demanda-t-il.

- Non … mais c’est la première fois que je me réveille avec quelqu’un avec qui j’ai couché dès le premier soir.

- Je vois … Tu aurais préféré te réveiller avant moi pour pouvoir t’éclipser sans que je m’en aperçoive ? me dit-il sur le ton de l’affirmation.

- Non … enfin, je ne sais pas. Écoute, je suis un cas désespéré sur le plan amoureux. Je ne sais pas ce que je veux et j’ai une tendance grave à agir sur des coups de tête. Je ne pense pas vouloir aller plus loin …

- Je ne te l’ai pas proposé, répondit-il d’un ton sec, je ne vais pas m’attacher davantage si tu collectionnes les coups d’un soir.

- Je ne suis pas ce genre de mec …

- Comment pourrais-je le savoir ? Je ne te connais pas.

- Je sais bien … Peu importe, je suis désolé. »

Je me levais difficilement tant mon corps était courbaturé à cause de la position fort inconfortable dans laquelle je m’étais endormi et à cause de la dureté du canapé. Mes vêtements étaient éparpillés aux quatre coins de la pièce et je les repérais rapidement pour ensuite les enfiler sous le regard d’Edward que je devinais mêlé de déception et de mépris. Je m’apprêtais à sortir de la pièce lorsque la voix de mon amant s’éleva derrière moi :

« Mathéo, attends. » dit-il d’un ton calme.

Je me retournais lentement vers lui, m’attendant à recevoir une série de reproches sur mon comportement déplorable.

« Après-demain, je présente un numéro de danse contemporaine à la même place. Si le cœur t’en dit, viens me voir. Après tout, il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis. »

J’hochais la tête avec peu de certitude tout en me retournant pour sortir de la pièce. Je savais pertinemment que j’allais rester un idiot sur ce coup-là.

*

 

Claudia et Tiffany étant parties depuis bien longtemps déjà, je me retrouvais dépourvu de véhicule de retour. Appeler un taxi était hors de mes moyens et les batteries de mon portable étaient à plat, il fallait donc que je marche jusqu’à l’arrêt de bus le plus proche qui devait être à deux kilomètres environ. Un soleil de plomb s’abattait sur ma tête et j’étais épuisé. La marche jusqu’à l’arrêt de bus s’avéra donc une tâche fastidieuse qui me demanda toute l’énergie que je possédais encore. Le quartier était beaucoup plus calme que la nuit précédente, il n’avait plus l’énergie qui me plaisait tant. Seuls les bistros que ma route croisait parfois semblaient animés. Les rues étaient à peu près vides et le peu de gens que je voyais ne possédaient pas la plénitude qui les avait animés la veille. Je marchais de mes jambes engourdies et quand j’arrivais après une demi-heure de marche, je me laissais tomber à terre, trop fatigué pour me tenir  sur mes jambes plus longtemps. J’aurais pu m’endormir sur place si je n’avais pas eu à guetter l’autobus qui arriva quelques minutes plus tard.

Une fois assis dans le véhicule, je me laissais aller au sommeil réparateur qui me manquait tant. De toute façon, je m’arrêtais au terminus, il m’était impossible de manquer mon arrêt. Je me laissais donc bercer par le rythme imposé par l’autobus et appuyais ma tête contre le dossier de mon banc.

Je me réveillais un peu avant l’arrivée de l’autobus au terminus qui se situait à quelques pas de ma demeure. Je descendis du véhicule, le corps encore emmitouflé du sommeil qui m’avait habité et la bouche pâteuse. Il me fallait arpenter quelques rues encore mais la force n’y était pas. Je décidais donc de m’asseoir un peu, le temps de retrouver complètement mes esprits. Tandis que je sortais peu à peu de mon état comateux, un sentiment profond d’amertume s’intensifiait en moi et me rappelait la manière immonde dont j’avais traité mon amant d’une nuit. D’un côté, je ne regrettais pas de lui avoir avoué que je n’entrevoyais pas d’avenir pour notre couple potentiel mais d’un autre, j’étais découragé par le blocage que mon cœur s’évertuait à effectuer chaque fois que je me rapprochais de quelqu’un dont j’étais susceptible de tomber amoureux. J’avais aimé passer la nuit avec lui car physiquement, on s’accordait de manière fusionnelle, répondant avec exactitude aux désirs de l’autre comme si nous nous connaissions déjà depuis de nombreuses années. Je n’avais jamais connu cela auparavant, je n’avais jamais eu la force de faire preuve d’autant d’assurance dans une relation charnelle. Mais le désir que j’avais ressenti ce soir-là dépassait tout ce que j’avais pu imaginer auparavant. Le corps d’Edward Malik m’avait attiré aussi facilement qu’un aimant et m’avait poussé à me dépasser complètement. Seulement, ce n’était que du désir, aussi fort soit-il. Et le désir n’était pas vraiment une base pour une relation durable car il s’estompait au fil du temps. Je ne connaissais d’Edward que son corps, pas son caractère, pas sa manière d’agir, pas son passé, seulement son corps. Ce n’était pas suffisant et je n’avais pas la volonté de le connaître autrement. Pas encore.


Le soleil brillait toujours aussi fort et lorsqu’une part d’ombre me rafraîchit de sa chaleur, je pris conscience du monde qui m’entourait et que j’avais oublié tant mes pensées m’occupaient. Je levais les yeux vers la silhouette qui me faisait face et me bloquait de la lumière solaire. Une femme d’une vingtaine d’années se tenait devant moi, un sourire timide étirait ses lèvres fines et ses yeux me scrutaient de manière curieuse et émue à la fois. Je ne sais pas si la fatigue embrouillait mes sens ou si mes yeux avaient été trop aveuglés par le soleil un peu avant, toujours est-il que je mis quelques secondes pour reconnaître son visage et ses traits harmonieux. Néanmoins, ma réaction fut immédiate lorsque mon esprit fit le lien entre cette femme et Shana : je me jetais à son cou.

Shana … ma seconde mère en quelque sorte. L’employée de maison que mes parents avaient engagée neuf ans auparavant et qu’ils avaient renvoyée la veille de mon entrée au collège. Pendant près de cinq ans, elle avait prêté une oreille attentive à mes problèmes enfantins, elle m’avait materné et aimé comme une véritable mère l’aurait fait. Elle faisait partie de mon passé, avait contribué à faire de moi ce que j’étais aujourd’hui. L’émotion qui me traversait à ce moment même était indicible. J’étais heureux et tellement ému à la fois. Je la serrais contre moi comme j’avais tant rêvé de le faire pendant une majeure partie de ma première année de collège. Elle m’avait énormément manqué et je n’avais jamais vraiment songé que le fait de la revoir était une éventualité. Je la croyais partie du pays, définitivement hors de mon existence. Cela devait faire près de quatre ans qu’elle m’avait quitté.

Ses bras s’étaient posés sur les miens, m’avaient éloigné d’elle le temps qu’elle regarde attentivement mon visage puis m’avaient à nouveau attiré contre son cœur tandis que des larmes roulaient sur ses joues.

« Mathéo ! souffla-t-elle à mon oreille. Tu as tellement grandi ! Bon sang, tu es plus grand que moi maintenant ! Tu es devenu tellement beau ! Je suis si contente de te revoir ! »

Elle me serra contre elle à m’en étouffer et je restais sans voix tant ma gorge était nouée par l’émotion qu’une telle surprise m’apportait. Nous restâmes enlacés un long moment avant de se séparer, de se regarder et de repérer tous les changements que le temps avait apportés à nos visages respectifs. Par la suite, nous nous assîmes sur le banc que j’avais précédemment occupé et Shana essuya ses larmes d’un revers de main.

« Qu’est-ce que tu deviens ? me demanda-t-elle d’un ton qui trahissait toute l’émotion qui la traversait encore.

- Un adolescent en pleine crise, répondis-je en esquissant un sourire amusé, et toi ? Qu’est-ce qui t’arrives depuis tout ce temps ? Pourquoi tu n’as pas cherché à reprendre contact avec moi après ton renvoi ? Tu es restée dans le coin ?

- Oui, j’habite encore la même ville mais un peu plus loin de chez toi, proche de ton collège. Je travaille en tant que serveuse dans un café du coin … Tes parents ne t’ont jamais parlé des raisons de mon renvoi ?

- Pas directement … mais je l’ai su. Ça n’a aucune importance pour moi de toute façon, ils m’ont envoyé dans un camp de réorientation sexuelle pour la même raison.

- Oh, s’exclama-t-elle tandis que ses yeux s’écarquillaient sous la surprise qu’une telle nouvelle provoquait, je suis désolée … Ça a changé quelque chose ?

- Par rapport au fait que je sois gay ? Non … pas du  tout.

- Sois fier de ce que tu es, me dit-elle en affichant un sourire tendre, on est des battants dans ce monde. De toute façon, tu ne dois pas avoir tant de mal à te faire accepter, n’est-ce pas ?

- Par ma famille, je ne l’ai jamais vraiment été. Mais à l’école, tout le monde est au courant depuis longtemps et ça ne m’a jamais vraiment posé de problèmes jusque là.

- Un petit ami ?

- Non et toi ? Célibataire ou en couple ?

- Laissée tomber comme un déchet il y a quelques mois.

- Je suis désolé … Ça doit être dur.

- Non, dit-elle en secouant la tête, je n’ai pas de mal à faire face à une peine d’amour et je m’en suis remise rapidement. Il y a d’autres poissons dans l’océan après tout.

- Content que tu l’aies pris aussi bien, lui dis-je en esquissant un sourire, quelqu’un d’autre en vue ?

- Je me laisse du temps, répondit-elle, la vie de célibataire mérite aussi d’être vécue à fond. »

J’hochais la tête sans pour autant être complètement en accord avec ses dires. Je n’avais pas l’impression que le fait d’être célibataire pouvait être vécu à fond à la même manière qu’on donnait tout de soi-même, toute sa passion et son cœur lorsqu’on était avec quelqu’un. Je n’avais connu de bonheur plus puissant que celui éprouvé aux côtés de Devon. Je concluais donc que mon bonheur n’était pas indépendant de l’amour.

« Et de ton côté, quelqu’un en vue ?

- … Oui et non, c’est compliqué.

- Raconte-moi ! s’exclama-t-elle. J’ai l’impression d’avoir perdu tellement de temps par rapport à toi, je veux savoir tout ce qui s’est passé depuis mon départ. »

J’avais envie d’étaler mes problèmes pour leur donner un sens de toute façon, pour les analyser avec plus de lucidité. Je confiais donc sans retenue à Shana ce qu’avait été ma désastreuse vie amoureuse et sociale depuis son départ, décrivant avec nostalgie mon histoire avec Devon, mon séjour au camp, mes histoires de cœur qui avaient lamentablement échoué par la suite jusqu’à mon aventure d’un soir avec Edward Malik. Le tout sans omettre les détails que l’on évitait en général avec les adultes par peur de les choquer. Mais je savais Shana plus ouverte d’esprit que la plupart des gens et bien qu’elle sembla parfois mal à l’aise à certains points de mon histoire, je crois que ce fut plutôt le fait de réaliser que j’avais beaucoup évolué par rapport à l’image du préadolescent qu’elle possédait encore de moi. Elle me prêta l’oreille attentive qu’elle m’avait prêtée tout au long de mon enfance et attendit la fin de mon récit pour me faire part de ses précieux conseils.

« Tu n’as pas revu Devon depuis toutes ces années ? me demanda-t-elle

- Pas une seule fois, pas même en photo. On s’écrit des fois, c’est tout.

 
- Tu sais, on n’oublie jamais vraiment son premier amour …

- Je sais, on me le dit souvent.

- Néanmoins, ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas aller de l’avant. Tu aimes le Devon que tu as connu quelques années auparavant mais les gens changent et dis-toi qu’il ne s’agit plus de la même personne et qu’il a évolué depuis tout ce temps. Ne t’empêche pas de tomber amoureux à nouveau.

- Ce n’est pas volontaire, Shana. Je ne m’en empêche pas …

 

- Évidemment, tu n’en as pas l’impression pourtant tout ne tient qu’à toi. Tu devrais accepter de voir Edward après-demain.

- Je ne suis pas prêt à ça.

- Pas prêt ? Ça fait trois ans que ça dure, Mathéo … De toute façon, ça ne t’engage à rien. Mais si Edward te plaît, pourquoi te priver de sa présence ?

- Physiquement, il me plaît. Autrement, je ne le connais pas du tout.

- Raison de plus pour le revoir.

- Je n’en ai simplement pas envie, Shana … Je ne suis pas prêt à ça.

- Tu as besoin de reprendre ta vie amoureuse en main, Mathéo. Tu ne peux pas continuer ainsi toute ta vie. »

C’était comme si une partie de moi savait qu’elle avait raison et qu’une autre partie de moi se refusait à lui accorder la raison. Cette seconde partie de moi qui s’évertuais aussi à ne pas prolonger mes relations au-delà du niveau charnel. En songeant plus longuement à cette histoire d’un soir avec Eddie, je me rendais compte que je m’étais comporté comme le salaud que je n’avais jamais voulu être. Il n’avait pas été le premier coup d’un soir, ça non … mais il avait été le premier dont j’avais perçu la déception, le premier que j’avais vu désemparé à cause de ma conduite déplorable. C’est ce qui faisait que je me sentais si sale, si lâche à ce moment même.

« Shana … et si je n’étais pas capable de reprendre ma vie amoureuse en main ? Je ne sais pas comment m’y prendre, je ne sais plus comment agir. J’ai simplement peur de la personne que je deviens.

- Je peux être franche, Mathéo ? Même si ça peut être blessant ?

- Vas-y, au point où j’en suis …

 

- Tu as été blessé par un garçon et tu n’as pas eu la force de t’en relever. Tu as fini par te forger une armure des vices qu’on prête habituellement aux hommes. Te donner dans le sexe, dans les coups d’un soir, dans le rôle du bourreau des cœurs … ce n’est qu’une manière de t’emparer du contrôle que tu n’as jamais eu sur ta propre vie. Sauf que ce soir-là, avec Eddie, tu ne t’es pas enfui comme tu l’avais fait auparavant, tu n’as pas cherché à partir avant qu’il ne se réveille. Parce qu’une partie de toi voulait rester à ses côtés. Tu as peur d’être vulnérable, tu as peur qu’on perce ta carapace. Mais dans l’absolu, une relation amoureuse, c’est mettre son âme à nu devant son partenaire. Alors oui, peut-être que tu portes encore la blessure de ton ancienne relation avec Devon … mais j’ai l’impression que ce n’est qu’une excuse que tu te donnes à toi-même pour ne pas aller de l’avant et risquer de souffrir. Eddie te plaît, c’est un fait. Tu n’en es pas amoureux, certes, mais il te plaît. Alors cesse de te montrer faible, ça ne te va pas du tout. Essaye, même si l’envie n’y est pas, même si tu as peur, essaye de le revoir, essaye de l’aimer. »

Je restais immobile, figé par son discours un peu décousu qui m’avait néanmoins percé à jour avec une facilité déconcertante. Je me reconnaissais dans ses dires même s’il ne plaisait à mon orgueil de l’avouer. Elle avait raison … et qu’elle m’expose mes faiblesses aussi fermement m’avait fait du bien.

« Merci. » murmurais-je.

Elle m’adressa un sourire franc puis me serra tout contre elle à nouveau. Le sujet de notre conversation s’était modifié rapidement par la suite et nous échangeâmes quelques banalités dans le but d’alléger le poids de notre dialogue précédent. Shana dut partir ensuite, elle était déjà largement en retard à son boulot. Elle me laissa ses coordonnées en me rappelant maintes fois que je pouvais la contacter à tout moment si j’en éprouvais le besoin.

Je me sentais beaucoup mieux que dans la matinée, comme si le fait que Shana m’expose clairement le problème de mon existence m’incitait à effectuer les démarches nécessaires pour en trouver la solution. Revoir Edward … Étrangement, cette perspective m’était beaucoup moins désagréable à présent. Le revoir signifiait me jeter dans le vide, dans l’inconnu, entreprendre d’une manière différente un chemin que j’avais tenté avec Devon quelques années auparavant. La peur était toujours présente mais quelque part en moi, il y avait aussi une part d’excitation …

Je repris le chemin de mon domicile, les idées beaucoup plus optimistes et le cœur plus léger. J’allais me racheter auprès d’Eddie, lui prouver que ma confusion n’avait été que passagère et me défaire peu à peu de ses craintes qui obscurcissaient mon jugement. Et pourquoi ne pas revenir sur mes pas ? L’attente était trop longue, mon excitation face à ce que j’allais entreprendre était trop grande. J’allais prendre une douche, me changer, appeler Tiffany pour la rassurer puis je retournerai au quartier, plus précisément à l’endroit où j’avais rencontré Edward. Peut-être l’y trouverais-je. En cas contraire, j’allais attendre … ou alors, j’allais me renseigner auprès du personnel du club pour savoir où le trouver.

Le temps de mon retour à la maison me parut bien court tant il fut meublé de mes pensées et résolutions. Je me dirigeais vers l’entrée du sous-sol lorsque j’aperçus un vieil ami, assis en tailleur au bord du trottoir. J’aurais dû me douter dès ce moment que quelque chose clochait. Éric Dryden n’était pas matinal et sa nature paresseuse faisait en sorte qu’il ne s’était déplacé que de rares fois jusqu’à mon domicile, pour des raisons d’ordre scolaire. Mais ma surprise l’emporta sur les doutes que j’aurais du avoir. Je l’accueillis avec enthousiasme.

« Éric ! Bah ça alors, t’aurais dû me dire que tu passais, je serai arrivé plus tôt ! Tu m’attends depuis longtemps ?

- Non, non … À peine dix minutes.

- Tant mieux ! »

Je rentrais chez moi, Éric à ma suite. Nous nous installâmes dans le salon après avoir pris deux sodas dans le frigo. La journée était particulièrement chaude aujourd’hui, je ne tardais donc pas à mettre en marche le ventilateur. Éric n’avait pas dit un mot depuis que nous étions entrés et je mettais naïvement ce comportement sur le compte de la fatigue.

« Rayen te passe le bonjour, finit-il par dire après un interminable silence, il voulait passer te voir mais … il est toujours à Cuba.

- Bah ça va, je le reverrais à l’école.

- Je suis pas habile avec ces choses-là, Math …

- De quoi tu parles ?

- D’habitude, c’est Rayen qui aborde les sujets délicats … Pas moi. Et là, je dois te dire quelque chose … et c’est pas facile.

- Il s’est passé quelque chose de grave ?

- … Oui et non.

- Vas droit au but, Éric. »

Il prit une grande inspiration tandis que je me préparais intérieurement à entendre le pire :

« ... Devon a eu un accident de voiture récemment. »

Mon souffle se coupa, mon corps se figea, ma gorge se noua. Devon … un accident … un accident. J’assimilais la nouvelle avec difficulté tandis que je voyais Éric déglutir puis chercher ses mots.

« Il va bien, je te rassure ! s’exclama-t-il aussitôt en apercevant ma mine déconfite. Mais … il a demandé à te voir. »

Mon esprit était partagé entre le soulagement au sujet de son état de santé et le choc qui l’avait frappé à l’entente des derniers mots d’Éric. Je restais immobile et aucune expression ne tenta de passer sur mon visage. Étrangement, cette nouvelle fut plus difficile à assimiler que la précédente … Après toutes ses années, Devon voulait me voir. Devon voulait me voir …
Par Miyuki Lee - Publié dans : Dark Waltz
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Samedi 30 mai 2009

Le lendemain matin, je me retrouvais à l’université pour la première fois de ma vie en tant qu’élève. Le sentiment de fierté qui s’était installé en moi au moment où j’étais entré dans le bâtiment s’était accru lorsque j’avais reçu l’horaire de mes cours. Je n’en revenais tout simplement pas d’avoir été accepté après tout ce temps à en avoir rêvé. Suite à mes échecs, même mes amis les plus proches m’avaient conseillé d’abandonner ou de tenter ma chance ailleurs. J’avais envie de me présenter devant eux et de les narguer avec ma grille de cours, mais bon à un âge tel que le mien, ça aurait mal paru.

Mon premier cours se déroulait dans une salle assez grande se situant dans l’aile gauche du bâtiment. Il visait à perfectionner mon japonais à l’écrit. Plusieurs élèves étaient déjà installés dans la salle, sortant leur cahier de notes ou bavardant avec d’autres. Je m’assis à une chaise dans un coin où il y avait moins de monde et attendit patiemment que le cours débute. J’étais un peu mal à l’aise parmi tout ce beau monde. Ils avaient déjà commencé à me remarquer et à me dévisager (dur de faire autrement avec la tronche que j’avais).


C’est à ce moment qu’une main vint me serrer l’épaule pour me secouer comme un prunier. Je me retournais vivement, cherchant à connaître le visage du crétin qui m’avait secoué aussi fort. Je tombais sur un Japonais de taille moyenne dont les cheveux avaient été teints d’une couleur cuivrée et qui avait un sourire rayonnant qui laissait apparaître une belle rangée de dents blanches.


« Eh ! Si c’est pas mon bon vieux pote Naoaki ! » s’exclama-t-il


Je haussais les épaules en fronçant les sourcils. Ce type à l’énergie débordante ne me disait strictement rien et pourtant, il n’avait pas le genre de visage qu’on oubliait. Non pas qu’il soit d’une beauté époustouflante, loin de là. Seulement, il avait des expressions faciles très … expressives. Mon interlocuteur sembla vexé que je ne le reconnaisse pas.


« Bah alors, tu te rappelles pas de moi ?


- Nah, désolé.


- On était au collège ensemble !

- …


- On trainait toujours ensemble avant ! Toi, moi et Teruko Takeshi ! »


Paf ! Et la lumière fût ! Mes années de collège ! Et les trois mousquetaires que nous étions : moi, Teruko Takeshi et Kiyoshi Okada ! Nous avions fait les quatre-cent coups à l’époque, réprimés par les parents de mes camarades et ovationnés par les miens. On était les trois abrutis qui avaient fait exploser une bombe puante dans la classe de français et qui avaient lancé une alerte à la bombe un matin pour ne pas avoir à faire l’examen de science. Teruko était la seule fille du groupe, une petite peste aguicheuse qui avait été la petite amie de Kiyoshi pendant un bon bout de temps. Et Kiyoshi avait été un peu comme mon meilleur ami à l’époque. J’avais eu du mal à le reconnaître avec les années qui avaient passé et la couleur de ses cheveux.


« Kiyoshi Okada ! m’exclamais-je. T’as tellement changé depuis le temps !


- Pas toi, le latino. Je t’ai repéré à des kilomètres ! Bon sang, c’est fou de se retrouver ici quand même !


- Je me doutais pas que tu ferais littérature toi qui détestait tellement ça au collège.


- Bah tu sais, j’ai essayé science et philo; et j’ai pas du tout aimé. Peut-être que ce sera différent pour littérature …


- Je te le souhaite, tu fais perdre de l’argent à tes parents avec tous tes changements, dis-je en ricanant.


- Déconne pas, c’est moi qui paye mes études. Mes vieux auraient jamais fait ça pour moi. Parlant de parents, ils vont bien les tiens ? Ils étaient cools à l’époque.


- Bah … ils le sont toujours. Et les tiens ? Toujours aussi tarés ?


- M’en parle pas, c’est de pire en pire ! Ils organisent trois à quatre miaï par semaine alors que ça m’intéresse franchement pas. Moi j’ai trouvé la femme de ma vie.


- Ah bon ?


- Bah oui … Teruko Takeshi … On était toujours en contact elle et moi après le collège. Sauf que son mariage est prévu pour dans trois mois. Alors tu vois, il va falloir que je me bouge si je veux la reconquérir avant la cérémonie.


- Bonne chance … t’en as besoin !


- Merci. Si tu veux, on ira la voir un jour. Elle travaille comme serveuse à un café de Shibuya.


- Je suis pas contre. Ça va me faire du bien de la revoir. »


Kiyoshi s’installa à côté de moi en voyant un vieil instituteur arriver dans la classe puis aller devant le tableau pour débuter son cours. Je sortis mon cahier de notes ainsi qu’un stylo et posais le tout sur la table devant moi. Mon ancien camarade fit de même.


Pour une fois, j’accordais toute mon attention et mon sérieux aux paroles du vieil homme, lancées d’un ton monocorde. Pendant la première demi-heure du cours, je remplis trois pages de notes recto-verso. Kiyoshi ne se gênait pas pour copier mes notes, les siennes étaient beaucoup plus maigres. C’était la première fois qu’un tel truc m’arrivait. Habituellement, c’était moi qui copiais les notes des autres.

Au bout d’un moment, la porte de la classe s’ouvrit sans délicatesse sur un jeune homme. Quelques regards se tournèrent vers lui et l’instituteur, interrompu par le bruit, jeta un regard perplexe au nouvel arrivant. Finissant ma phrase sur mon cahier de notes, je me tournais vers l’arrivant en question qui allait tranquillement s’asseoir sur une chaise un peu plus loin de la mienne.


Mes yeux s’étaient arrêtés sur lui ... et ne s’en étaient pas décrochés. Bon sang ! Ce mec … il avait quelque chose … quelque chose de franchement attractif. Je n’aurais pas su dire exactement ce que c’était d’ailleurs. Son regard était froid et ses traits, impassibles. Il ne semblait même pas désolé d’être arrivé en retard à son premier jour. Il était assis, les bras croisés, attendant patiemment que les gens cessent de le regarder comme un intrus et que l’enseignant continue son cours. Mon regard à moi était littéralement scotché, impossible de le détacher avant d’avoir tous les détails de son apparence ancrés parfaitement dans ma mémoire. Il avait de grands yeux noirs, semblables à des obsidiennes, fendus en amandes. Ses cheveux étaient de même couleur, mi-longs. Et sa peau d’albâtre … plus blanche encore que celle des asiatiques qui l’entouraient. Il était … fascinant, vraiment fascinant. Et je ne savais pas ce qui empêchait mes foutus yeux de se détourner. Il avait pourtant une expression glaciale … à en donner froid dans le dos.


« Psst ! Naoaki ! Reviens sur Terre, mec ! J’ai besoin de tes notes ! »


Je sursautais et me retournais vivement vers Kiyoshi. Perdu dans ma contemplation, je n’avais même pas remarqué que le prof avait repris son cours. Je repris mon stylo en main et redonnais à nouveau mon attention aux paroles du vieux … sans toutefois pouvoir m’empêcher de jeter des regards furtifs au nouveau. Arf ! C’est dans ce genre de moment qu’on voudrait avoir ce foutu élastique de caoutchouc pour le tirer et le laisser claquer son poignet. Il ne fallait pas que je sois attiré par un mec d’ici. C’était hors de question ! Primo parce que j’en perdais toute ma concentration. Secundo parce que c’était une cause perdue.


Deux heures plus tard, à la fin du cours, je n’avais remplie que trois autres pages de notes de cours tant mon temps avait été gaspillé à regarder ce mec …

Kiyoshi et moi sortîmes de la classe pour aller bavarder plus loin. Le prochain cours était dans une vingtaine de minutes. Je tentais de me retenir pour ne pas parler du mec qui était arrivé en plein milieu du cours, sans succès. Ma curiosité allait finir par me tuer.


« Dis … euh … le type qui est arrivé au beau milieu du cours … Tu le connais ?


- Et comment que je le connais ! s’exclama Kiyoshi. C’est Haru Sekisawa. Y a pas longtemps, il allait au même lycée que mon petit frère. Aujourd’hui, il doit avoir pas loin de dix-huit ans. C’est un surdoué, quelque chose comme ça.


- Ah super … Tu veux bien me le présenter ?


- Pourquoi ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.


- Bah … parce que … il est arrivé en retard, il a manqué une bonne partie du cours … je pourrais lui passer mes notes.


- Je me souvenais pas que t’avais un cœur aussi grand. Mais bon, si tu veux. »

Kiyoshi m’entraîna vers l’extérieur de l’université tandis que ma tête délurait gravement en répétant sans cesse son prénom … Haru. Haru. Haru. Ça voulait dire printemps. Ça donnait si bien. Haru. Haru … Merde, un mur ! Je l’évitais de justesse et ma tête continua de se repasser les images qu’elle avait eues de lui … Haru. C’était beau comme prénom. N’empêche, je me rendais que j’étais en train d’avoir le béguin pour un type vraiment bizarre à qui je n’avais jamais parlé et que j’avais à peine vu quelques heures. C’était quoi ce truc ? Un remake pourri de Cendrillon ? Nah, il fallait que je me calme.


Haru Sekisawa était assis sur un banc, dehors de l’établissement, la capuche de sa veste noire sur la tête et les écouteurs de son MP3 dans les oreilles. Il regardait au loin, l’air toujours aussi glacial mais un peu plus apaisé qu’en classe (je devais avoir des yeux bioniques pour remarquer un détail aussi insignifiant). Kiyoshi s’avança vers lui avec un grand sourire.


« Salut Haru ! » s’écria-t-il.


Haru ôta son écouteur gauche et éleva son visage vers Kiyoshi, toujours impassible. Il fronça les sourcils de manière désabusée. Lui non plus ne semblait pas vraiment le
reconnaître.


« Le grand frère de Masaru Okada, marmonna-t-il, énervé qu’on ne le replace pas.


- Ah … salut, répondit Haru d’un ton blasé.


- Mon pote voulait te passer ses notes vu que t’as manqué une bonne partie du cours, dit Kiyoshi en se tournant vers moi.


- Non merci, répondit Haru.


- Ça … ça pourrait t’ … t’aider, balbutiais-je.


- Non.


- Ah … d’accord. » dis-je en baissant les yeux.


Haru remit en place son écouteur, éleva le volume de sa musique et regarda plus loin. Ça devait être sa manière à lui de nous dire qu’on était lourds et qu’on pouvait dégager maintenant. Kiyoshi me tira par le bras pour m’entraîner plus loin. Je le suivais comme un pantin désarticulé, ma tête délurant toujours sur son prénom et le ton de sa voix maintenant. N’importe quel mec normal aurait décroché après un tel dialogue.

Kiyoshi me mena jusqu’à notre prochaine salle de classe.


« Non mais quel con, ce mec ! explosa-t-il. Il se prend pour qui au juste ?!


- Ouais, je sais, répondis-je de manière peu convaincante.


- La manière qu’il a eu de te répondre … Arf ! Si j’étais pas adulte, je lui aurais fait faire une belle rencontre avec mon poing droit !


- Tu y vas un peu fort quand même …


- Pas du tout ! Des mecs comme ça, ça m’exaspère ! »

Moi … ça ne m’exaspérait pas. En temps normal, ça m’aurait mis hors de moi. Mais là … Là c’était Haru qui nous traitait de haut, qui nous recevait comme des chiens au milieu d’une allée de bowling et qui nous parlait de manière tellement blasé. Et ça faisait toute la différence. Je ne croyais pas au coup de foudre. C’était trop Walt Disney comme scénario. Mais comment voulez-vous tenir de pareils discours devant le fait accompli ? C’était un peu comme si on mettait un Athée devant Dieu. Comment voulez-vous qu’il continue de nier son existence ? Dans ma tête, j’étais à zéro virgule cinq pourcent en train de me dire qu’il fallait que je me l’enlève de la tête et à quatre-vingt-dix-neuf point cinq pourcent en train de délurer sur la sonorité de son prénom et la beauté de son visage. Inutile de vous dire quelle partie de ma tête l’a emporté. D’ailleurs, quand j’y pensais (un instant de lucidité au milieu de mes : ‘’Haru, Haru, Haru’’), je me disais que je devais être franchement très dérangé pour être attiré par un mec aussi hautain et peu bavard.


Pendant le reste de l’après-midi, mon cahier de notes fut rempli de manière peu concentrée, notant à peine les grandes lignes du cours. Un peu plus et j’écrivais : ‘’Haru, Haru, Haru’’ sur toutes les lignes. C’était vraiment pas évident d’écrire ce que l’enseignant disait et de tenter de taire mes pensées d’amoureux transi.

Par la suite, Kiyoshi rentra chez lui tandis que je restais un peu dans le coin, histoire de mieux connaître les lieux. Je tombais sur la bibliothèque et la cafétéria, rien qui ne me retienne vraiment. Je fis le grand tour pour n’apercevoir autrement que des salles pleines d’étudiants ou des salles aussi vides que des villages fantôme. Je revins donc sur mes pas, sur les trois salles de classe qui nous avaient servi aujourd’hui. Je visualisais ma place, celle de Kiyoshi … puis évidemment celle d’Haru. Il était mignon quand il suivait un cours. Je ne l’avais jamais vu prendre de notes mais il laissait son cahier ouvert devant lui en mâchouillant le bout de son stylo …


Quelque chose retint mon attention au milieu de mes pensées débiles sur la manière dont il agissait en cours. Près de la chaise qu’il avait occupée, il y avait une sorte de paquet. L’obscurité dans laquelle la classe était plongée m’empêchait de voir exactement ce que c’était. Je me faufilais rapidement dans la classe, m’emparait du paquet en question et en sortais, comme un voleur.


Je me laissais tomber contre le mur blanc du couloir et observais ma trouvaille. Il s’agissait de deux cahiers reliés par deux des fameux élastiques en caoutchouc qui m’auraient été tant utiles aujourd’hui pour cesser de penser à Haru. Pour la forme j’en passais un, beige, à mon poignet et posais les autres au sol. Je pris le premier cahier, plus petit que le second, relié par une couverture de cuir noir, et l’ouvris. La première page était un dessin représentant un corbeau noir agonisant au sol. Morbide. Chaque détail était minutieusement dessiné à l’encre noir mis à part le sang de l’animal qui laissait une longue trace rougeâtre sur la page. Je tournais les pages sur des dessins du même genre. Tous aussi morbides les uns que les autres, réparties entre le noir de l’encre et le rouge représentant le sang. En approchant mon visage tout près des dessins, j’avais même l’impression d’avoir la saveur rouillée du sang à la bouche.


Je laissais de côté le premier cahier et m’emparais du deuxième, plus grand et rempli de feuilles quadrillées. Il s’agissait de poèmes, d’haïkus et de pensées sur la mort, le suicide et le mal de vivre; que je lus avec intérêt (évidemment, j’en aurais eu un peu moins si je n’avais pas pensé que ça appartenait à Haru). Tout était … ahurissant, je n’avais pas d’autre mot. J’étais plongé dans la déprime de l’auteur tant les mots qu’il utilisait étaient justes et bouleversants à la fois. C’était du talent, du talent à l’état pur … même si je n’étais pas persuadé à cent pourcent que mon jugement était objectif.


Je mis le tout dans mon sac à dos et rentrais chez moi. J’avais tout de même hâte de raconter ma première journée à ma famille de délurés …

Par Miyuki Lee - Publié dans : Tentation
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