Salut à tous ! Enfin de retour ^^'' ... Bon, je n'ai aucune excuse valable à vous présenter si ce n'est une histoire
d'amour assez douloureuse. Mais bon, aujourd'hui, tout va pour le mieux dans le meilleur des monde et je souhaite me consacrer à nouveau à cette histoire-là qui, même si elle n'avance pas sur
papier, continue de tracer son chemin dans ma tête. Ce chapitre fait 19 pages Word. C'est le double d'un chapitre ordinaire ^^ Disons que c'est mon cadeau pour la St-Valentin ... et aussi une
excuse pour mon abominable retard. Je crois que les choses vont changer maintenant ... en grande partie parce que je suis un peu obligée de me consacrer à l'écriture autant que possible à
présent. J'entre en concentration littérature l'an prochain, je veux exercer mon style en attendant ^^ Mille excuses à Skorpan parce que malheureusement, tu avais raison ...
enfin, à une chose près. C'étaient plusieurs mois, pas plusieurs semaines (que je suis nulle parfois ...). Sinon, pour Stephanie, non je n'abandonne pas. Mine de rien, je m'y
attache énormément à cette histoire et même si je suis lente, je souhaite continuer ;) Bref, bonne lecture à tous. N'hésitez pas à laisser vos impressions ^^
Sous mes doigts, les mélodies s’enchevêtraient, passaient l’une par-dessus l’autre. Chopin et Beethoven se querellaient leurs sonates, leurs valses. Ce jeu décousu que j’effectuais au piano ne
faisait qu’accompagner mes nombreuses pensées. Certains avaient besoin de marcher pour éclaircir leurs pensées, moi j’avais besoin de jouer. Je n’étais qu’à peine conscient de la musique qui
traversait la pièce. Mes réflexions me rendaient sourd à ce qui m’entourait. Une part de moi songeait à Devon et se divisait entre excitation et peur. Une autre part de moi songeait à Edward et à
un avenir conjugué au conditionnel. Puis une autre part encore se demandait comment j’allais aborder l’avenir quand tant de questionnements s’imposaient en obstacles devant moi. Je ne cessais de
me tourmenter depuis que j’avais atteint l’adolescence. L’amour et tous ses dérivés me plongeaient dans la confusion jour après jour. Parfois Devon était mon grand amour. Parfois Devon était
idéalisé. D’autres fois encore, Devon était ce à quoi je me raccrochais par peur d’aller de l’avant. Mais la vérité, c’est que je n’avais aucune idée de ce qu’était vraiment Devon pour moi. Après
tout ce temps, le revoir allait peut-être m’apporter une réponse, mais je crois que j’avais peur de cette réponse. Dans les grands films d’amour, l’histoire s’arrête quand la relation débute,
quand les sentiments sont dévoilés. On ne sait pas ce qui se déroule par la suite. On ne sait pas si Cendrillon s’est lassée de son prince charmant, si le quotidien a eu raison de leurs
sentiments. Ces choses-là ne sont ni contées ni portées au grand écran. Ces choses-là, on doit les vivre pour les comprendre. Mon histoire d’amour n’en était pas vraiment une. Je ne pouvais la
qualifier de relation. Ce n’en était que le début et peut-être que contrairement à ce que pouvait dire Shana, je ne l’idéalisais pas. Elle était bien trop courte pour cela. C’était une passion
inachevée dont la distance avait eu raison. En fait, je ne savais pas si elle était encore nichée au fond de moi, prête à refaire surface ou si elle allait sombrer dans les souvenirs. Je devais
revoir Devon pour le savoir. Pour trouver la réponse d’une question qui restait en suspend depuis si longtemps, pour trouver la fin de mon histoire.
Tiffany s’était installée contre le mur près du piano, les genoux ramenés contre sa poitrine et le regard absent. Elle
était la fidèle auditrice de mon jeu depuis que nous étions amis. Elle disait que m’entendre jouer l’aidait à penser aussi. Sur ce point, nous nous complétions. Ma musique l’aidait à réfléchir,
alors que pour moi, ce n’était que le geste machinal qui comptait. Durant ses longues heures, nous ne parlions pas. Nos pensées meublaient la pièce. Dans Pulp fiction, Uma Thurman disait que l’on
a trouvé quelqu’un de spécial quand on peut la boucler et passer un silence agréable. Cela nous correspondait parfaitement. C’est lorsque je cessais de jouer que la vie reprit son cours. Le
regard de Tiffany se posa sur moi et je vins m’asseoir à ses côtés.
« Qu’est-ce qui te tourmente ? » lui demandais-je
Cela faisait tout de même quelques mois que Tiffany ne s’était pas jointe à mes réflexions. Elle filait le parfait bonheur avec sa Claudia. Le bonheur ne laissait pas de place aux tourments et
aux questionnements, ce qui m’amena à penser qu’elle rencontrait quelques problèmes sur le plan amoureux.
« Rien de très spécial …
- Mais encore ?
- Je crois que Claudia me trompe. »
Normalement, quand on dit qu’on croit, c’est que l’on hésite, que l’on ne sait pas vraiment. Mais à cet instant, Tiffany ne croyait pas, elle savait. C’est à son ton de voix que je l’ai compris.
Son ton de voix désinvolte, détaché. Elle prenait de la distance avec ce qui la torturait. C’était sa manière d’affronter les choses.
« Qu’est-ce qui te fait penser ça ?
- Elle écrit des SMS à Ève sans arrêt, en cachette, en pensant que je ne la voie pas faire. Et puis en ce moment, elle dit qu’elle fait des heures supplémentaires, mais je sais qu’elle ment. Elle
doit aller la voir.
- Tu te fais peut-être des idées, Tiffa …
- Tu sais que je ne suis pas jalouse, Math. En général, ça ne me dérange pas qu’elle sorte avec d’autres filles. Mais là, j’ai un mauvais pressentiment. Ève et elle, ça a tout de même duré un an.
Elle ne peut pas l’oublier comme ça. Alors je me demande si je dois lui en parler, si je dois la quitter … ou si je dois attendre que ça passe … en espérant que ça passe.
- Je ne sais pas quoi te dire. J’ai trop de mal à croire que Claudia te tromperait. Tu devrais lui en parler.
- C’est ce que je me dis. Le problème, c’est que si elle me ment, si elle me dit qu’elle ne m’a jamais trompé, alors je la croirais. »
Je ne savais pas quoi lui dire. Je ne doutais pas du jugement de Tiffany malgré le fait que rien ne m’était apparu différent par rapport au comportement de Claudia. Peut-être n’avais-je pas été
suffisamment attentif.
« Tu crois qu’on serait amis si j’étais hétéro ? demanda Tiffa.
- C’est quoi cette question ?
- Je me demandais, c’est tout.
- Sûrement, oui.
- On l’était moins à notre première année de collège.
- Parce que tu me courais après comme une folle furieuse.
- N’exagère pas …
- Au contraire, je croyais que j’étais généreux avec le terme : « folle furieuse », plaisantais-je.
- Bon d’accord, j’étais un peu envahissante. Mais tu sais Math, des fois j’ai l’impression que le fait qu’on soit si proches, c’est un sacré concours de circonstances. Le fait que j’aime les
filles et toi les garçons, ça enlève toute ambiguïté à notre relation. Le fait qu’on soit si éloignés de notre famille, ça nous rapproche aussi … et puis aussi le fait qu’on soit pareils dans
notre différence. Je suis heureuse de t’avoir à mes côtés, Math.
- Moi aussi, Tiffa … Mais qu’est-ce que ça vient faire avec Claudia ?
- Rien, rien du tout. J’essaye de voir ce qu’il y a de positif dans ma vie, c’est tout. »
Je passais mon bras autour de ses épaules puis mon autre autour de sa taille. Sa tête se nicha tout naturellement contre mon épaule. Il m’était dur de trouver les mots pour la réconforter. Je ne
pouvais me résoudre à lui dire qu’elle se faisait du mal inutilement à envisager cela ou alors que Claudia n’était simplement pas la bonne. Je n’avais pas la réponse à son inquiétude et mon geste
me parut infiniment plus approprié que des paroles.
« Je vais partir quelques jours dans le sud, lui murmurais-je.
- Tu vas aller voir Devon, donc.
- Oui …
- Ne pars pas trop longtemps. C’est bientôt la rentrée.
- Je sais … mais j’ai besoin de faire le point et dans le pire des cas, je manquerais quelques jours.
- Et Edward ?
- Je ne sais pas … En revenant … peut-être que j’irai le voir et je m’expliquerai.
- Il était bien plus sexy que Devon.
- Si on le compare au Devon de treize ans, c’est sûr. N’empêche, je n’ai aucune idée de ce à quoi ressemble Devon maintenant.
- Oui, c’est sûr … Enfin, je sais que je n’ai pas de conseil à te donner Math, mais n’entreprends pas de relation à longue distance.
- Je ne pense pas me remettre avec lui.
- Tu ne penses pas … mais tu espères.
- Il y a de cela peut-être. »
Tiffany me jeta un regard accusateur auquel je ne répondis pas. Il m’était dur de lui mentir et je préférais donc me taire. J’évitais habilement le sujet pour le reste de la soirée. Claudia ne
fut pas évoquée non plus. Je crois qu’il nous fallait à tous deux un moment pour oublier ce qui nous attendait, un moment pour cesser de se tourmenter. Elle dormit chez moi cette nuit-là et le lendemain, elle m’aida à rassembler mes affaires et m’accompagna à la gare. Il était tôt lorsque nous arrivâmes. La
lumière diurne était encore timide dans les cieux.
« Tu peux toujours venir avec moi, tu sais …
- Ça va, Math. J’ai des problèmes à régler et ce serait lâche de les fuir, n’est-ce pas ?
- Un peu, oui … En même temps, si tu ne te sens pas prête à les affronter, tu peux prendre du recul.
- Je préfère rester. »
Je la serrais contre moi et lui souhaitais tout le courage possible avant de m’embarquer dans le train en direction de la ville qu’habitait Devon. Je pris place dans un compartiment vide et
posais mon sac de voyage à côté de moi. Il y avait peu de gens dans le train. Je n’avais aperçu que quelques hommes d’affaire en arrivant. Devon m’avait longuement décrit son petit bout de pays
dans ses premiers courriels et j’avais hâte de pouvoir constater la justesse de ses descriptions. Il me plaisait d’imaginer les bâtiments blancs étincelants sous une inondation de soleil, l’odeur
de la mer qui s’engouffrait dans mes narines et les marchands de glaces qui déambulaient à travers la ville. Le paysage idéal de vacances en fait. Je n’avais pas voyagé depuis bien longtemps. Lorsque mes parents et mon frère avaient décidé de partir pour Barcelone l’an passé, ils n’avaient pas
jugé nécessaire de m’inviter.
Sous mes yeux, un paysage de campagne se profilait. Le train laissait peu à peu les édifices et les grandes rues derrière
lui pour s’enfoncer dans un tableau vert. Les herbes étaient hautes et de grands espaces séparaient les quelques bâtiments que je voyais. Je sentis tout d’un coup un grand calme m’envahir,
oubliant quelque peu l’excitation que me procurait le fait de me diriger vers Devon.
Le voyage dura deux heures et demi, mais je ne vis pas vraiment le temps passer. Les minutes s’étaient meublées de mes pensées et du paysage qui défilait au dehors. Le ciel s’était assombri vers
la fin de mon trajet et lorsque je débarquais finalement, je découvris une ville grise au ciel orageux. Je quittais la gare, mon sac sur l’épaule et me mis à la recherche de l’appartement de
Devon dont j’avais marqué l’adresse sur un bout de papier. La ville était relativement petite et malgré le temps pluvieux, on devinait aisément l’ambiance chaude qu’elle devait avoir en général.
J’étais néanmoins un peu déçu de ne pas encore la connaître sous le soleil qu’elle revêtait habituellement selon les e-mails de Devon.
L’appartement qu’il partageait avec sa mère se situait en haut d’un bar. Je mis peu de temps à le trouver. Il était à peine à dix minutes de marche de la gare. Je montais le grand escalier qui
menait à l’entrée de l’appartement puis appuyais sur la sonnette. J’attendis ... un bon moment. J’appuyais une seconde fois, sans obtenir de réponse. Je poussais un long soupir. Je n’avais aucun
numéro où appeler et le bar en bas était fermé. Il ne me restait plus qu’à attendre que Rosabelle ou Devon revienne. Je m’assis donc contre le mur de briques et regardais à l’horizon, cherchant
une silhouette familière des yeux. Le toit de la maison me mettait à l’abri de la pluie qui tombait à grosses gouttes au dehors. Un parapluie rouge s’avançait vers le bar. Je n’en voyais pas le
possesseur mais je le suivis attentivement des yeux. Bientôt, il prit la direction des escaliers. Les marches craquèrent sous ses pas puis l’individu fut face à moi. C’était une jeune fille de
mon âge. Ses longs cheveux bruns étaient en bataille sous la capuche de son imperméable rouge et elle avait l’air essoufflé. Ses grands yeux croisèrent les miens et les interrogèrent un moment
avant qu’elle ne prenne la parole.
« C’est pour une livraison ? demanda-t-elle.
- Euh … non, dis-je en secouant la tête. En fait, je cherchais Devon Skye.
- Oh … Il est encore à l’hôpital. Je suis venue chercher des affaires à lui justement. Si tu veux, je peux t’y amener après.
- Ce serait gentil, merci. »
Elle m’adressa un mince sourire puis sortit un trousseau de clés de sa poche. Elle ouvrit la porte d’entrée puis m’invita à entrer à sa suite. L’appartement était vaste et de grandes fenêtres
éclairaient la pièce principale qui servait à la fois de cuisine et de salon. La jeune fille marcha vers une autre pièce et je la suivis. Il devait s’agir de la chambre de Devon. Les vêtements
jonchaient le sol et le bureau était encombré d’une multitude de feuilles et de cahiers. Sa guitare était posée sur son lit défait et son placard entrouvert débordait de vêtements et de
livres.
« Devon me fait honte parfois, dit-elle en riant. Je n’ai jamais connu quelqu’un d’aussi bordélique. Je ne me rappelle même plus de la couleur du sol de sa chambre. »
Elle fouilla de manière dédaigneuse dans la pagaille et fourra quelques vêtements et quelques cahiers dans son sac à dos.
« Tu connais Devon depuis longtemps ? demandais-je
- Depuis un peu plus de trois ans, je crois. On joue au bar de sa mère ensemble. C’est un sacré bon guitariste.
- Ça, je sais …
- Et toi, tu le connais d’où ?
- On est sortis ensemble il y a trois ans. »
Tout d’un coup, elle cessa toute activité. Ses mains se retirèrent de la pagaille puis elle se tourna vers moi, planta à nouveau ses grands yeux verts dans les miens.
« Oh … Tu es Mathéo, c’est ça ?
- Oui.
- Il ne pensait pas que tu viendrais …. Enfin, tu n’as pas appelé ou envoyé d’e-mail avant, non ?
- Non, c’est vrai.
- C’est pas un reproche. Seulement, j’aurais pu venir te chercher à la gare.
- T’en fais pas pour ça. J’ai trouvé l’adresse facilement.
- Rosabelle est en stage et Devon est toujours à l’hôpital …
- Bon d’accord, ce n’était pas brillant de ma part.
- Enfin, c’est pas grave. Devon va être heureux de te voir. »
Elle ramassa encore quelques affaires puis nous sortîmes de l’appartement sous une pluie diluvienne. Sa voiture était garée une rue plus loin. Il s’agissait d’une camionnette noire un peu
cabossée. Nous montâmes à bord et elle s’engagea dans les grandes rues.
« Au fait, je m’appelle Brooke, dit-elle.
- Brooke Giordano, c’est ça ?
- Devon t’a parlé de moi ?
- Un peu … enfin, il m’a parlé de ton frère avant tout.
- Laurent ? Tu sais, ça fait longtemps qu’il n’y a plus rien entre lui et Devon.
- Ça fait longtemps que Devon et moi on ne s’écrit plus.
- Bah depuis … Il est sorti avec Trevor, c’est tout. Ça a duré très longtemps entre eux.
- Il ne m’en a jamais parlé …
- Devon a donné des cours de guitare à Trevor il y a deux ans. Ils ont fini par sortir ensemble. Il était avec nous pendant l’accident. C’est un peu après qu’il a rompu avec Devon.
- Qu’est-ce qui s’est passé … pendant l’accident ?
- Laurent, Charlotte, Trevor, Devon et moi, on revenait du cinéma. Charlotte, c’est la copine de Laurent. Ses parents sont assez sévères. Le film avait duré plus longtemps que prévu et elle
devait rentrer chez elle au plus vite si elle ne voulait pas être consignée. Laurent s’est donc dépêché. Il a grillé un feu rouge et une voiture qui venait de la droite est entrée en collision
avec la nôtre. Je m’en suis sortie avec quelques égratignures, mais Laurent est dans le coma et Trevor s’est cassé la jambe.
- Et Devon ?
- Devon … va plus ou moins bien. Il dit que ce n’est rien de grave, mais il n’a pas encore quitté l’hôpital. »
L’hôpital se profilait à l’horizon et bientôt, nous débarquâmes. Nous courûmes à nouveau sous la pluie jusqu’à atteindre l’entrée de l’établissement.
« Je vais passer voir Laurent … Devon est au deuxième étage, chambre 210. Tu peux lui donner ses affaires de ma part ? »
Brooke me tendit un sac à dos que je pris en plus de mon sac de voyage. Elle m’adressa un bref sourire puis se dirigea vers un couloir du rez-de-chaussée. Je me rendis compte que sa présence
m’avait suffisamment distrait de l’excitation que me provoquait le fait de revoir Devon. Maintenant qu’elle était partie, je ressentais à nouveau une certaine angoisse. Je marchais jusqu’a
l’escalier menant au second étage, mais mes pas étaient hésitants. Mes jambes devaient avoir la consistance du coton et mon cœur s’emballait à mesure que j’approchais. Je ne savais exactement ce
qui me mettait dans un tel état, peut-être bien le fait que je m’engageais sur une route qui m’était inconnue, une route qui menait vers le passé. C’était étrange en fait parce que je ne savais
pas ce qui m’attendait. J’étais entré dans l’univers de Devon, j’avais rencontré son amie, j’étais entré dans son appartement. Le décor était planté et il ne me manquait qu’à rencontrer son
protagoniste. J’avais l’impression d’avancer à la fois vers le connu et l’inconnu. Tout près de la chambre 210, je m’arrêtais et respirais un bon coup puis deux. Le premier pour réaliser, le
deuxième pour ma fierté. Je crois que ce qui me traversait, c’était un sorte de bonheur, la sensation de sortir la tête de l’eau, de connaître la suite d’une histoire pour laquelle je me
languissais depuis si longtemps. Mais je ne voulais pas ressentir un tel sentiment, de peur qu’il laisse place à la déception ensuite. Je revêtis donc un air impassible avant de frapper à la
porte.
« Entrez. »
Je franchis la porte en retenant mon souffle. Son regard était plongé dans la lecture d’un roman aux pages jaunis. Il n’avait pas encore levé les yeux vers moi, me prenant sûrement pour quelqu’un
d’autre. Il avait changé, beaucoup changé. Son visage s’était affiné et sa peau était lisse, libéré de l’acné juvénile qu’il portait à l’époque. Ses cheveux étaient un peu plus longs et
semblaient plus blonds qu’auparavant. J’aurai pu jurer qu’il avait grandi, mais le fait qu’il soit allongé ne pouvait le justifier. Son accent anglais n’avait néanmoins pas changé. Un seul de ses
mots me l’avait prouvé et même si sa voix avait mué, elle m’était toujours familière.
J’avais oublié de reprendre mon souffle et le moment où je le repris amena le regard de Devon vers moi. Ses grands yeux bruns s’arrondirent, me toisèrent un long moment de la tête au pied.
« Math … Math, c’est toi ?! » s’écria-t-il
Quelque chose d’indicible me restait en travers de la gorge et j’éprouvais tout le mal du monde à hocher la tête. Un large sourire s’étira sur ses lèvres.
« Je suis heureux que tu sois venu ! Bon sang, je ne m’y attendais pas ! Quand j’ai parlé à Éric la semaine dernière, j’étais sûr que tu refuserais de venir.
- P … pourquoi ? bégayais-je
- Le temps a passé et je ne pensais pas que tu ferais un si long trajet pour quelqu’un à qui tu n’as pas parlé depuis si longtemps. Tu as une vie bien à toi maintenant et sûrement peu de temps à
accorder à un ex petit ami.
- Oui … mais j’y tenais. Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vus et je … je voulais savoir ce que tu devenais.
- Tu l’aurais su si tu avais gardé contact avec moi, me dit-il en me souriant à nouveau.
- C’est un reproche ?
- Non, bien sûr que non. Tu as ta vie et moi la mienne. C’était inéluctable qu’on s’éloigne, mais je suis bien heureux qu’on ait la chance de se revoir aujourd’hui. Tu as beaucoup changé,
Math.
- Toi aussi, Devon …
- Approche-toi. Je me lèverais bien pour qu’on aille faire un tour ensemble, mais j’ai encore du mal à bouger, tu vois. »
Je m’installais donc au chevet de Devon, sur la chaise à côté de son lit.
« Ça a dû être dur tout ça, dis-je en voyant plus distinctement son visage et la coupure près de son sourcil gauche.
- L’accident ? Oui et non. Je m’inquiète plus particulièrement pour un de mes amis qui est encore dans le coma.
- Laurent, c’est ça ?
- Comment tu sais ? Éric t’en a parlé ?
- Non, non … J’ai croisé Brooke en me rendant chez toi. C’est elle qui m’a accompagné jusqu’ici et elle m’en a parlé. D’ailleurs, j’ai un sac rempli de tes affaires qu’elle voulait que je te
remette. Je ne pensais pas que tu étais encore à l’hôpital.
- Je suis pas tout à fait guéri, mais ça va aller. Tu as rencontré Brooke alors ? Cette fille est formidable. Depuis que je suis arrivé, on est inséparables.
- J’ai une amie un peu comme ça.
- Tracy, c’est ça ?
- Non. Ça fait longtemps qu’elle ne traîne plus avec nous. Éric et elle se sont séparés le même été où tu es parti. C’est Tiffany qui est toujours avec moi.
- Tiffany Holland ? Celle qui te courait après à notre première année de collège ? C’est étrange tout de même ce qui se passe avec le temps …
- On s’est plus connus au camp de réorientation où mes parents m’ont envoyé à l’été de mes treize ans. Elle est lesbienne et en couple avec une fille depuis assez longtemps. Ça enlève toute
ambigüité à notre relation, dis-je en me rappelant des paroles qu’elle avait prononcées un peu plus tôt.
- Oui, j’imagine que vous avez beaucoup en commun, en effet. C’est bien de trouver des gens comme ça. Mais tu as sûrement eu des relations plus intéressantes depuis, me dit-il avec un sourire en
coin.
- Côté cœur tu veux dire ? »
Il hocha la tête. Je ravalais ma salive. Je ne me sentais pas de lui mentir. Devon me scrutait de ses grands yeux et
attendait une réponse sincère de ma part. Je ne pouvais me résoudre à inventer une quelconque histoire.
« Rien de sérieux, répondis-je, seulement des aventures sans lendemain. »
Il sembla surpris par ma réponse puisqu’il mit un certain temps à répondre.
« Ah … Je ne croyais pas que c’était ton genre.
- Ça te déçoit ?
- Bien sûr que non. Seulement, ça me surprend. Je croyais qu’après ce qu’on a vécu, tu chercherais plutôt une histoire sérieuse.
- Ça n’a aucun lien. Contrairement à toi, je n’ai pas eu la chance de trouver quelqu’un qui en vaille la peine, voilà tout.
- Ça m’étonne beaucoup, Math … Tu n’es pas le genre de gars que je vois rester célibataire longtemps ou le genre qui peine à trouver l’amour.
- Je suis peut-être difficile dans ce cas.
- Peut-être …
- Et toi côté cœur ? demandais-je plus pour changer de sujet que par réel intérêt.
- Moi ? J’ai été avec Laurent pendant quelques mois, mais ça n’a pas collé parce qu’il se rendait compte qu’il préférait les filles. Ensuite, il y a eu Trevor. On a été très longtemps ensemble,
mais il m’a plaqué il y a quelques jours.
- Ça doit pas être facile non plus …
- Oui et non. Notre relation battait de l’aile depuis quelques temps, alors je m’y attendais un peu. »
Devon ne s’était pas résolu à quitter son sourire malgré ce dont il me parlait et j’en venais à me demander s’il ne s’agissait pas tout simplement d’une arme pour combattre sa douleur. Un sourire
et un air détaché … Un peu comme Tiffany lorsqu’elle m’avait parlé de Claudia la nuit dernière. Seulement, je me rendais compte que je ne connaissais plus Devon et qu’il m’était impossible de
tirer une telle conclusion.
Soudainement, il ravala un peu son sourire puis tendit la main vers sa table de chevet. Il y prit une feuille lignée, pliée en quatre.
« Tu te rappelles de ça ? » me demanda-t-il en me tendant le papier.
Je l’attrapais de ma main moite, frissonnant un tantinet au contact de sa peau. Je dépliais la feuille et reconnus immédiatement mon écriture malhabile. La lettre que j’avais écrite à Devon le
jour où il était parti.
« Je … ne pensais pas que … qu’on en reparlerait » lui dis-je en lui rendant la lettre, mal à l’aise.
Devon la déplia à son tour puis la regarda un moment, l’air songeur.
- Qu’on reparlerait de cette lettre ? me demanda-t-il
- Non, de nous. »
Il la replia soigneusement et la reposa sur la table de chevet.
« Pourtant … c’était évident, non ? Tu sais, si je voulais te revoir Mathéo … C’était pour retrouver un peu de nous.
- Tu attends quoi de moi ?
- Rien, je te rassure. Je ne suis pas là pour te demander de me reprendre. On a changé depuis le temps, n’est-ce pas ? On est plus les gamins qui s’aimaient éperdument ?
- C’est une question à rhétorique ?
- Non …
- Alors je ne sais pas. Je n’ai pas de réponse à ta question. Si tu as changé, je n’en sais rien. Je ne sais plus grand-chose de toi. Et à savoir si j’ai changé, je ne le sais pas non plus.
- Tu as l’air tendu.
- Je suis désolé.
- Je ne voulais pas te mettre à l’aise en parlant de tout ça.
- Non, c’est pas ça. Seulement, je me sens perdu depuis que je suis ici, Devon. »
Il hocha la tête et le silence nous enroba tous les deux. J’avais conscience du fait que mon ton pouvait être désagréable et j’avais du mal à le changer. J’étais sur la défensive. Tout se
précipitait et la vitesse à laquelle notre dialogue évoluait me faisait peur. Oui, j’avais peur. Je me rendais compte que cette histoire que je n’avais jamais terminée, cette plaie qui ne s’était
jamais refermée, je n’étais pas prêt à l’exposer et à décortiquer avec lui.
Devon avait détourné son regard du mien et regardait pensivement vers la fenêtre. La pluie s’abattait violemment contre
les carreaux et je me rendis compte que je n’avais pas remarqué ce bruit tant j’avais été absorbé par la conversation depuis le début.
« Tu m’avais dit que ta ville était toujours ensoleillée. » lui dis-je pour faire disparaître la tension qui s’était installée entre nous.
Ses yeux trouvèrent à nouveau les miens et il me sourit.
« Oh mais c’est le cas ! s’exclama-t-il. Tu as eu la malchance d’arriver pendant une des seules journées où il pleut. Si tu restes un peu plus longtemps, tu tomberas amoureux de cet endroit, tu
verras.
- Je n’ai nulle part où dormir …
- Tu iras dormir chez moi alors. Je te passerai les clés et tu pourras dormir dans ma chambre.
- Sans façon, merci, j’ai peur de mourir asphyxier, plaisantais-je.
- Bon d’accord, c’est un peu le bordel … mais il y a toujours le canapé.
- Et toi … Tu rentres quand ?
- Je ne peux pas encore rentrer, Math …
- Pourtant tu as l’air bien et tu n’as pas de blessures majeures.
- Ils vont m’opérer demain matin.
- Pourquoi ?!
- Oh, rien de bien grave. Il faut qu’ils arrangent quelques trucs.
- Tu ne veux pas m’en parler, c’est ça ?
- Gotcha.
- Mais … ce n’est rien de grave, tu es sûr ?
- Ne t’en fais pas. Après ça, je pourrais te montrer ma ville. Je te ferai faire le tour de la plage et des rues commerçantes. On ira même boire un coup au bar de ma mère si ça te plaît. »
J’hochais la tête sans grande conviction, peut-être bien car il en mettait très peu dans ses paroles. Le silence s’imposa à nouveau, mais je ne cherchais pas à le briser. Il ne m’était pas
inconfortable à ce moment. Devon me toisait d’un regard interrogé, comme s’il se demandait ce qui se déroulait dans ma tête à cet instant, mais je ne pris pas la peine de répondre à cette
question silencieuse.
Quelques minutes s’écoulèrent tandis que mes pensées traçaient leur chemin dans mon esprit. Je n’étais pas là à cet
instant pour garder le silence. J’étais venu pour trouver des réponses et j’avais l’impression que la confusion était d’autant plus dense depuis que j’étais entré dans cette pièce. J’avais peur
de ce que j’allais entendre, peur de ce qui allait ressortir de nos esprits si on évoquait le passé. Mais j’étais venu pour cela et il me fallait l’affronter.
« Quand tu disais que … tu voulais retrouver un peu de nous, qu’est-ce que tu voulais dire ? » demandais-je à voix basse.
Devon eut l’air surpris que j’évoque à nouveau ce sujet, mais ses lèvres s’étirèrent finalement en un mince sourire.
« Je savais que ta curiosité allait l’emporter.
- Tu avoueras que c’est étrange comme … formulation. »
Il hocha lentement la tête.
« Je me répète, mais je ne voulais pas te mettre mal à l’aise en parlant de cela. On n’est pas obligés d’en parler, tu sais …
- Peut-être, mais je suis venu pour ça en premier lieu. »
Je n’arrivais pas à le regarder tout en formulant mes pensées. Je me reculais au fond de ma chaise, croisais les bras puis détournais mon regard du sien. Je crois que même en cet instant, j’avais
du mal à réaliser ce qui se déroulait. J’étais face à Devon, prêt à mettre mes cartes sur table et cela s’était passé à une vitesse qui me dépassait. Cependant, je n’arrivais plus à jouer la
comédie, à parler de la pluie et du beau temps alors que tout en moi bouillonnait. Ce qui allait sortir de ma bouche à cet instant n’avait peut-être pas grande importance, mais il fallait que je
le formule, en partie pour m’en débarrasser et en partie pour le comprendre. Je me devais d’être honnête. Plus pour moi-même que pour lui en fait.
« En fait … Je suis venu ici pour faire le point avec moi-même parce que depuis toutes ses années, je n’ai pas l’impression d’avoir pu tourner la page sur notre histoire. Certains disent que je
me crée des obstacles par peur d’aller de l’avant, d’autres que j’idéalise ce qui s’est passé entre nous. Mais moi, je ne sais pas. Je voudrais avoir des réponses … parce que je veux reprendre ma
vie en mains. J’ai l’impression d’être prisonnier du passé, Devon. Je n’arrive pas à aller de l’avant, mais j’en ai marre de vivre ainsi. Je voudrais comprendre ce qui se passe et je ne peux pas
le faire sans toi, tu comprends ? »
Mon monologue terminé, je retrouvais le courage de le regarder en face. Il semblait perplexe et chercha un moment les mots qu’il fallait.
« Je voudrais te mentir, Math … Te dire que je n’ai pas pu aller de l’avant non plus, mais ce ne serait pas honnête. Quand je suis arrivé ici, j’ai quitté tout ce qui était rattaché à toi. Ta
maison, ton collège, tes amis … C’est peut-être pour cela que je me suis plus rapidement remis de notre séparation. Cependant, il me restait ta lettre et je ne pouvais m’empêcher de penser à ce
que tu avais écrit : «
Seulement, j’espère de tout cœur que le jour où on sera en droit de décider tous nos actes, on pourra se retrouver ».
On s’aimait vraiment à l’époque … et je me suis toujours demandé si on finirait vraiment par se retrouver ou si, comme tu le dis, on idéalisait une amourette de jeunesse. Au risque de te
décevoir, je n’ai toujours pas de réponse, Math. Je ne peux pas te cacher que j’ai encore des sentiments très forts pour toi … mais je ne sais pas si ça nous mènera quelque part aujourd’hui.
»
On était là, tous deux à étaler notre confusion quant à notre passé et notre présent. Je crois qu’à cet instant, j’étais déjà convaincu que mes sentiments pour lui étaient forts et n’avaient pas
perdu de leur intensité depuis les dernières années. Seulement, il n’y avait que ça. Que des sentiments. Ce n’était pas suffisant pour bâtir une relation ou pour prétendre aimer. Je ne le
connaissais plus. Je ne faisais plus partie de sa vie. Nos univers étaient à des kilomètres l’un de l’autre, autant au sens figuré qu’au sens propre. J’étais très attaché à Devon et j’aurais pu
aisément l’aimer follement à nouveau. Mais ce n’était pas souhaitable, autant pour lui que pour moi.
« Ça ne nous mènerait à rien, dis-je finalement.
- Non, c’est vrai. Mais tu y arriverais toi, à tirer un trait sur ce qu’on a vécu ?
- Ce n’est pas tirer un trait sur ce qu’on a vécu, c’est tirer un trait sur les projets d’avenir qu’on avait.
- Qu’on avait ou qu’on a ?
- À toi de me le dire.
- Je n’en sais rien, je te l’ai dit.
- On ne pourra pas se retrouver, Devon. C’est plus comme avant.
- Évidemment que ce n’est plus comme avant. On a évolué depuis, Math. Mais depuis que tu es entré dans cette pièce, tu n’as pas envisagé une seule fois de te remettre avec moi ?
- Peut-être un peu.
- Moi aussi, un peu. Tu as raison, ça ne fonctionnerait pas, mais j’y ai songé quand même. On pourrait encore s’attendre, Math.
- Vivre dans l’attente ? Pour combien de temps encore ? Jusqu’à ce que nos vies se rejoignent à nouveau ? J’ai l’impression d’avoir gaspillé mes dernières années, Devon.
- Sors avec tes amis, poursuis tes études, tombe amoureux ! Ça ne sert à rien de se reposer sur le passé. Je suis convaincu qu’on va se retrouver, Math. Peut-être que ce n’est pas encore le bon
moment, mais je sais que ça va arriver tôt ou tard, pas toi ?
- Si. C’est pour cette raison que ma vie sentimentale est au point mort depuis trois ans. J’ai besoin d’aller de l’avant, Devon. Je n’y arriverai pas si tu me sors de tels discours. Tu peux
tomber amoureux d’un autre en sachant que tu vas me retrouver à la fin ? Pas moi.
- On n’est pas dans le même monde, voilà tout. En étant loin de toi, je ne peux que te considérer comme un rêve. En attendant, je me contente de ma réalité. J’ai aimé Laurent et j’ai aimé Trevor,
crois-moi. Mais si tu avais été dans le décor, je n’aurais pas pu.
- Justement, tu crois vraiment qu’on sera à nouveau dans le même décor un jour ? Parce que moi non. Tu l’as dit toi-même : tu as ta vie et moi la mienne. On n’a plus rien en commun et ça me
rendrait dingue de vivre dans l’attente jusqu’à ce qu’un miracle se produise et que nos vies se croisent à nouveau.
- Je te trouve incroyablement pessimiste.
- Mais tu voudrais que je te dise quoi bon sang ?! Moi, je ne crois pas au destin. Je ne crois pas qu’une quelconque force de la nature finira par nous réunir, donc je ne vivrais pas dans
l’attente qu’elle se manifeste. Pour bâtir quelque chose, on a que les ruines de notre passé et c’est loin d’être suffisant, Devon. Tu es incroyablement trop optimiste.
- Tu es la personne la plus torturée que je connaisse. Je comprends mieux que tu sois incapable de vivre dans le présent. Tu songes constamment au passé et à l’avenir. Ça suffit. Là, maintenant,
à l’instant présent, j’ai envie que tu me racontes ce que j’ai manqué de toi, j’ai envie de te rencontrer à nouveau et d’être avec toi. Après, on se souciera de l’avenir. Mais pendant que tu es
là, je veux profiter de ta présence.
- C’est ça ton plan ? On s’aime pendant la durée de mon séjour et on se quitte comme si de rien n’était ? Désolé, c’est au-delà de mes forces.
- Pourquoi ? Parce que tu songes au moment où on va se séparer ? Es-tu vraiment incapable à ce point de profiter du moment présent ? Je t’offre qu’on se retrouve le temps de quelques jours et tu
craches dessus parce que tu ne supportes pas l’idée ça se termine ?
- Ça ne nous mènerait à rien !
- Et pourquoi ça devrait forcément nous mener quelque part ?!
- Parce que je n’ai aucune envie de souffrir ! Ça t’ait facile de recommencer à vivre après ça, mais pas pour moi. Je m’étais dit qu’en venant ici, j’arriverai à tourner la page sur nous en voyant
à quel point on avait changé l’un et l’autre. Je pensais que je pourrais trouver la fin de notre histoire ! Mais ce que tu me donnes aujourd’hui, c’est un nouveau début … et je ne suis pas sûr de
le vouloir.
- Tu ne veux pas encore attendre … c’est ça ?
- Non.
- Tu as envie d’être avec moi ?
- Je ne sais pas …
- Si … on habitait dans la même ville et qu’on vivait dans le même … univers, est-ce que tu voudrais être avec moi ?
- Oui, évidemment, mais …
- On a beaucoup de choses à apprendre l’un de l’autre, beaucoup de temps à rattraper … mais c’est encore possible, non ? Ne me dis pas que je suis trop optimiste s’il te plaît. C’est vrai que c’est
soudain et que ça doit te surprendre, mais je voudrais qu’on reprenne ce qu’on a laissé en plan. On pourrait faire des compromis, non ?
- Comme quoi ?
- Ce n’est pas impossible une relation à longue distance. Je pourrais faire le voyage jusqu’à chez toi une fin de semaine sur deux. Tu ferais le voyage jusqu’à chez moi l’autre fin de semaine.
- Tu es vraiment en train de me proposer qu’on reforme un couple ? Alors qu’on vient à peine de se revoir, après trois ans ?
- Je te demande pardon … Je ne voulais pas te brusquer. J’hésitais moi aussi, mais je t’ai regardé, je t’ai parlé et j’ai compris. On s’aime encore, non ?
- Je crois …
- C’est peut-être fou … mais je sais que si je ne te le propose pas, je vais le regretter alors …
- Laisse-moi y penser, d’accord ? »
Il hocha la tête et je détournais mon regard du sien, perturbé par les paroles qu’il avait prononcées. Il n’y avait au monde que Devon pour prendre d’aussi grandes décisions en si peu de temps. Il
ne vivait que dans l’instant présent, sans se soucier du passé ou de l’avenir. Il s’agissait de notre plus grande différence. Dans le passé, il m’était arrivé trop souvent d’agir sur un coup de
tête et de le regretter par la suite …
« Je vais revenir plus tard » dis-je en quittant la pièce.
Je me mis à parcourir les couloirs du grand hôpital sans autre motif que celui de songer à ce qui m’arrivait. Quelques minutes plus tôt, j’avais eu peur d’être déçu par nos retrouvailles, de
constater que la distance avait eu raison de notre attachement et qu’il nous était impossible d’entretenir une conversation. Maintenant, j’avais peur de l’inverse. Je l’aimais encore, mais
n’était-ce pas précipité et irréfléchi que de redevenir un couple aujourd’hui ? Je ne pouvais pas le nier, je mourrais d’envie de retenter l’expérience. Cependant, je ne me voilais pas la face.
C’était probablement voué à l’échec.
Voyant que mes réflexions ne m’amenaient pas de réelles solutions, je décidais de sortir de l’hôpital et d’appeler Tiffany. Le toit me protégeait de la pluie qui tombait toujours avec la même
ardeur à l’extérieur. J’espérais que le bruit ne gênerait pas ma conversation.
« Mathéo ?
- Oui, c’est moi.
- Alors tout se passe bien ?
- Je sais pas trop. J’ai besoin de te parler.
- Qu’est-ce qui se passe ? Tu as vu Devon ?
- Oui … Ça s’est bien passé, mais … enfin, je l’aime toujours, Tiffa.
- Je suis désolée, Math … Je croyais sincèrement que tu réussirais à l’oublier en le revoyant après tout ce temps.
- Il dit … qu’il m’aime aussi.
- …
- Il voudrait qu’on se remette ensemble.
- Tu ne trouves pas ça un peu précipité, Math ? Je veux bien croire que vous avez toujours des sentiments l’un pour l’autre, mais …
- Je sais, je sais … Tout va terriblement trop vite à mon goût aussi. En même temps, c’est Devon, c’est son style de lancer des trucs pareils. Je dois prendre une décision maintenant.
- Tu sais très bien ce que j’en pense, Math … Les relations à longue distance n’ont que rarement des fins heureuses. Ça risque de vous faire souffrir tous les deux.
- On se verrait tous les week-ends … Ce n’est pas si terrible.
- Math, enfin … Vous n’allez pas faire ça toute votre vie ! Comment allez-vous concilier ça avec vos études et votre vie sociale ?
- Je suis persuadé que c’est faisable.
- Alors ne me demande pas mon avis. En m’appelant, tu savais sûrement déjà ce que tu voulais faire. Tu souhaitais seulement que je te conforte dans ta décision.
- …
- Tu sais pertinemment que peu importe le choix que tu prendras, je t’encouragerai, mais je souhaite aussi te faire voir les choses en face. Ça a peu de chance de fonctionner, Math.
- Je sais, mais si je n’essaye pas …
- Tu risques de le regretter, je sais. Tu risques aussi de regretter de t’embarquer dans une relation comme celle-ci.
- C’est toujours préférable au fait de mener ma vie comme je l’ai fait dernièrement. En retrouvant Devon, j’ai l’impression que la vie reprend son cours …
- Si vraiment c’est ce que tu crois … Je ne condamne pas ta décision, Math. Si ça te rend heureux, alors je t’encourage de tout cœur, mais … fais
attention à toi, d’accord ? Je n’ai pas envie que tu sois malheureux.
- Merci Tiffany … Ça vaut pour toi aussi, tu sais ? Est-ce que ça va mieux avec Claudia ?
- … On en parlera à ton retour. Ça n’a pas vraiment d’importance pour le moment. Profite du temps que tu as avec Devon, d’accord ?
- D’accord. Passe une bonne soirée, Tiffa. Je te rappelle plus tard.
- À plus tard, Math. »
Mon portable reprit sa place dans la poche de mon pantalon et je me dirigeais rapidement vers la chambre qu’occupait Devon. Je voulais qu’on reprenne ce qu’on avait laissé en plan, j’en étais
convaincu à présent … Parce que c’était bon d’être près de lui, que je m’y sentais à ma place et que tout devenait facile. Parce que la part de moi apeurée par l’avenir devenait minime lorsqu’il me
rassurait. Parce que sa seule présence me rendait heureux, me donnait l’impression d’exister. Parce que je l’aimais, tout simplement, et que ça, c’était quelque chose de précieux, quelque chose qui
méritait toute ma force et mon attention.
« Math ? Déjà de retour ? »
Je ne prie pas le temps de répondre à sa question. Je me précipitais contre lui, allongeant mon corps contre le sien et le serrant avec force. Surpris par mon geste, il sembla hésiter un moment
avant de répondre à mon étreinte.
« Désolé … Ça m’avait manqué, lui dis-je à voix basse.
- À moi aussi … Ça veut dire que tu acceptes d’être avec moi ?!
- Oui. »
Je sentis un sourire se former sur ses lèvres et ses bras me serrèrent plus fortement contre lui. Je souris à mon tour … parce qu’il n’y avait probablement aucun autre endroit où je pouvais
ressentir une telle plénitude, parce que même le temps qui passait ne pouvait m’enlever cette sensation et parce que je pouvais enfin entamer un nouveau chapitre de mon histoire avec lui
…