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Bienvenue


Bienvenue dans mon p'tit univers,

Je n'ai pas la prétention de dire que mes écrits sont réalistes, j'écris pour faire rêver et pour sortir de mon quotidien. Mon seul but est d'amener le lecteur faire un p'tit tout dans mon imaginaire très très gay.. 


Mes histoires :

 

May Angels Lead You In : 13 ans, une relation ambiguë avec le fils de l'employée de maison, une homosexualité refoulée, une famille chiante et une sensibilité de fille ... Mais que dire ? Ma vie n'est
pas conventionnelle et ne le sera probablement jamais, autant me faire à l'idée [Terminé]

Dark Waltz : 16 ans, une famille fantôme, un ex petit ami qui ne s'est pas résolu à sortir de mon coeur, une meilleure amie lesbienne et une relation d'amour/haine avec un danseur à la sensualité débordante . Aux dernières nouvelles, ma vie n'est toujours pas conventionnelle. [Prologue en cours d'écriture] [Suite de May Angels Lead You In]

Cap ou pas cap ? : Guillaume est un chirurgien réputé dont personne ne connait les faiblesses. Marié depuis longtemps avec Amandine, il ne peut la quitter maintenant qu'elle se déplace en fauteuil roulant. Mais quand Djamel vient briser sa carapace, tout change ... [2ième chapitre en ligne]

Tentation : Naoaki Torres, métis dans une société complètement nippone et issu d'une famille d'obsédés sexuels, s'amourache de Haru Sekisawa, père célibataire de dix-huit ans; arrogant et taciturne. Comme s'il n'était pas déjà assez en marge de la société ... [1er chapitre en ligne]


Projets / En cours d'écriture :


Légende Urbaine  : Lui ? Le Roméo de ces dames, le tombeur (malgré lui) par excellence. Un simple pari avec des amis chamboule son quotidien. Il doit faire craquer Isaiah, le grand taciturne que les rumeurs disent homosexuel. Mais Roméo se prend les pieds dans son propre piège et la situation tourne d’une drôle de manière … [1er chapitre écrit]


Au-delà Des Montagnes : Le village de Kahan recueille un jeune garçon dont on confie l’éducation à Yohan, combattant prometteur de sa génération. Le plus jeune s’amourache de son aîné pour qui il voue une admiration sans bornes mais bientôt, l’élève dépasse le maître et la séparation est imminente … [2ième chapitre en cours d'écriture]


Fics en arrêt :

Forbidden Love : Le plan d’un élève, Faye Lind, qui tente d’avoir des relations sexuelles avec son professeur de français, Derek Eyston, afin de pouvoir l’accuser de viol et de détournement de mineur pour toucher l’argent du procès. [1er chapitre disponible]

Atteindre une étoile : Alexis est susceptible, colérique et taciturne. Benjamin est enjoué, souriant et créatif. Malgré leurs différences, ils forment un couple depuis plus de deux ans. Lorsque le talent d’acteur de Benjamin est repéré et qu’il est admis dans une école de théâtre à l’autre bout du pays, Alexis comprend qu’il sera dur de garder son petit ami... [1er chapitre disponible

 

 

Les mises à jour seront faites ... au gré de mes humeurs XD
Plus sérieusement, je vais essayer de pas accumuler les retards quand même mais il y a toujours une fic sur laquelle je travaille plus que sur les autres.

 

Bises à tous et bonne lecture.

 

Miyuki Lee

 

Dimanche 31 août 2008

Je me sens terriblement sadique avec Mathéo dans ce chapitre XD ...
Mais bon, c'est toujours comme ça, les personnages que j'aime bien, ils ont pas le choix de souffrir un max pendant mon histoire. Enfin, vous verrez bien ;)
Encore désolée pour le retard, disons que j'ai été pas mal chargée pendant les vacances et que j'ai eu pas mal de problèmes personnels ... Enfin, bref, je ne vous abandonne pas et voilà mon chapitre 9 !
Merci énormément pour vos commentaires, vos encouragements, c'est ce qui m'aide à continuer et à me donner du mal pour vous créer une suite ;) !
Bonne lecture ^_^ !

Depuis ma plus tendre enfance, j’avais eu une vie de rêve. J’avais tout ce que je voulais quand je le voulais, j’avais une famille idéale et une maison où l’on se sentait toujours en sécurité. Je suppose que toute bonne chose a une fin … Mais je ne voyais pas venir la fin de ces choses-là avant bien longtemps. J’étais un enfant gâté, j’avais été choyé et protégé, bien plus que mon propre frère. J’étais en quelque sorte le chouchou de la famille puisque j’étais le petit dernier. Et ça m’aurait plu que tout reste ainsi. Mais le temps … et surtout les circonstances ont fait que ce ne fut pas le cas. J’avais tout juste treize ans même si j’étais plus grand que la moyenne et que selon beaucoup, je faisais facilement dix-sept. Je n’étais peut-être pas bien mature pour mon âge et surtout beaucoup trop sensible et pleurnichard … Et étrangement, je m’étais toujours dit que je n’étais pas fait pour ma propre vie, qu’il y avait eu une erreur lors de ma naissance, que mon éducation ne concordait pas avec les épreuves qu’on avait mis sur ma route. Bien sûr, je ne blâmais nullement les gens qui m’avaient éduqué. Seulement, mon éducation ne m’avait pas préparée à affronter ce qui arriva par la suite …

 

J’entendais les pas de Benjamin s’éloigner petit à petit. J’étais assis contre le mur, je tentais de reprendre une respiration calme et surtout de comprendre ce qui s’était passé. Alexis n’avait sûrement pas parlé de ça à Benjamin … C’était impossible …  

 

Je me relevais tant bien que mal et mis mon sac à dos sur mon épaule. Mon cœur battait à une vitesse folle dans ma poitrine. J’avais l’impression de le sentir battre dans tout mon corps. Je marchais lentement vers les escaliers. Au bout du couloir, je vis mon frère qui me regardait d’un air dédaigneux.

 

« T’as fait des trucs avec le petit ami de Benjamin ? me demanda-t-il avec dégout.

- Non, répondis-je en soupirant.

- Alors pourquoi Ben te crie dessus en disant de plus jamais toucher à son mec ?

- C’est n’importe quoi ! m’emportais-je, tu penses vraiment que j’aurais fait des trucs pareils ?!

- Ce serait pas la première fois, répliqua-t-il, la voisine t’a vu en train d’embrasser Devon à pleine bouche devant la maison !

- Et tu crois à des conneries pareilles ?!

- Oui ! Pourquoi mentirait-elle à ce sujet ? Bordel Mathéo, t’es gay ou quoi ?! C’est dégueulasse de faire des trucs comme ça !

- C’est complètement faux ! Comment tu peux croire à ça ?! Je sors avec Nathalie Suyin !

- Je la plains d’être en couple avec une tapette qui se tape le voisin et le petit ami de son cousin !

- Vas te faire foutre ! Avec tout ce que tu te tapes par semaine, ça ne m’étonnerait pas que t’aies attrapé toutes les MTS du coin ! 

- Des MTS ?! Toi t’es déjà atteint du SIDA avec toutes les cochonneries homos que t’as faites !

- Quelles cochonneries homos ?! T’es encore assez con pour croire que le SIDA s’attrape avec un baiser ?!

- T’avoues que t’as embrassé des mecs, alors ! C’est dégueu …

- J’avoue rien du tout ! C’est toi qui m’accuses des pires conneries du monde depuis tout à l’heure ! Mais tu sais quoi ? J’en ai rien à foutre de ce que tu penses ! Les parents sont pas assez cons pour avaler tes mensonges ! 

 

- Et pourquoi penses-tu que les parents t’ont à peine parlé de tout le voyage ? Pourquoi penses-tu qu’ils t’évitent comme la peste depuis quelques temps ?

- C’est n’importe quoi, ils n’agissent pas du tout ainsi …

- Tu le sais aussi bien que moi ! Depuis qu’ils savent que t’as embrassé Devon, ils ne savent plus quoi croire et comment agir avec toi !

- Vas te faire foutre, Ian … Vas te faire foutre …

- Le seul qui va se faire foutre pour le reste dans son existence, c’est toi Math, pas moi. »

J’en avais trop entendu. Je serrais mon poing et l’envoyais en pleine mâchoire à Ian. L’intérieur de sa joue s’était bien écorché contre ses dents. Du sang jaillit de la commissure de ses lèvres. Je le regardais sans l’once d’un regret pour mon geste.

« Ferme ta gueule » Marmonnais-je en m’éloignant.

Ian ne chercha pas à me frapper à son tour, peut-être trop sonné par le dernier coup que je lui avais assené. Nous ne nous étions jamais battus. Notre entente n’avait jamais été parfaite puisqu’on ne se parlait presque pas … mais je n’avais jamais pensé qu’on en serait rendu là un jour. On aurait dit qu’aujourd’hui, rien n’allait bien … Mon cousin me méprisait, mon frère me méprisait … et mes parents … je ne savais plus trop bien. J’étais confus, perdu, terriblement énervé.

 

Je descendis rapidement les marches du grand escalier puis me dirigeais vers le hall pour mettre mon manteau et mes bottes. Je ne voulais voir personne. Ni Maeve, ni Alexis, ni mon oncle, ni ma tante, ni mes parents. Personne. Je voulais partir, regagner mon chez moi et que tout redevienne comme avant, que cette histoire soit enterrée à jamais et que je présente Nathalie à mes parents. Nathalie … ma Nathalie … ma copine … Elle était si gentille, si attentionnée … Je ne pouvais que l’aimer, non ? Ça ne pouvait pas être désagréable de l’embrasser ou de lui prendre la main !

 

Je sortis de la demeure de mon oncle et de ma tante, sans un au revoir. De toute façon, je devais aller à la gare et ils le savaient. Ce n’était pas si loin et ça se faisait très bien à pieds. Peu importe le froid, je le sentais à peine tellement j’étais fâché … fâché que Ian ait su tout cela, fâché que ce côté de ma vie ait été exposé de la sorte. Il fallait enterrer ce côté, l’enterrer bien loin pour ne plus jamais le ressortir. Plus d’homosexualité. Plus de baiser avec Alexis. Plus de … Plus de Devon, c’était terminé. Adieu toutes les résolutions que j’avais prises quant à ma relation avec lui. Je devais l’oublier. L’oublier définitivement. Ne plus le regarder. Ne plus lui parler. Ne plus l’aimer. Ça faisait tellement de problèmes et … non, non … je ne voulais pas d’une vie comme ça. Je voulais une vie paisible, sans problèmes, sans soucis, sans regrets. Avec des parents qui m’aiment et un frère qui me respecte.

Je marchais depuis près de vingt minutes. Je ne sentais pas encore le froid, ni la neige. J’avais envie de pleurer et je me sentais minable d’avoir envie de pleurer. C’était trop facile en ce moment. Chaque fois que ça n’allait pas, il fallait que je me mette à chialer comme un môme, comme une fillette, comme une tapette. Et non, je ne voulais plus avoir l’air de ça ! J’en avais marre d’avoir cette image de mec sensible. Il fallait que je change d’image. Que je sois le mec dur, qui n’a peur de rien, qui se fout de tout et qui ne deviens pas sentimental. Je voyais une nouvelle image de moi pour le retour en classe. Il ne fallait plus traîner avec Devon, ça faisait trop gay. Il fallait rester avec Josh et Éric, s’arranger pour qu’ils oublient leurs différents. Il fallait que je m’affiche avec Nathalie. Il fallait que je change et que je ne revienne plus sur ce côté de ma personne. Tout se plaçait tellement vite dans ma tête. Tant de stupidités pour un rien …

 

J’arrivais à la gare, allais sur le quai, attendais Devon. Je savais ce qu’il fallait que je fasse. Il fallait que je sois complètement indifférent, que j’agisse en parfait connard et que je me foute carrément de lui. Comme ça, il n’allait plus me coller, il allait décrocher de moi et adieu, plus de Devon, plus de problèmes. J’étais bien préparé mentalement. Je m’imaginais Devon arriver, se montrer gentil et poli avec moi; et moi ne lui répondre que par monosyllabes et soupirer lorsqu’il parlerait trop longuement.

 

Et pourtant … Pourtant, lorsque je sentis sa main se poser sur mon épaule, que je me retournais, que je plongeais mon regard dans le sien … tout fondit, comme glaçon sous un soleil de plomb. Ses yeux bruns, son regard perçant … et plus rien ne comptait. Ma nouvelle image, mes résolutions, mon couple avec Nathalie … Ça ne comptait plus, ça n’existait pas, ça n’avait jamais existé. Je n’étais même plus sûr d’être en colère, d’être triste ou déçu. Tout cela s’évaporait et tout ce que mon cœur taisait depuis mon départ de la demeure de ma famille, m’explosait en plein visage : Non, tu n’abandonneras pas ton homosexualité. Non, tu ne laisseras pas Devon. Non, tu ne te donneras pas de nouvelle image. Mon cœur était plus fort que ma conscience, que mon esprit, que ma raison. Et le reste n’importait plus quand j’étais près de Devon. Et ça ne devait plus être autrement. Peut-être bien que je gâchais ma vie, que je n’étais pas conscient de ce que je faisais, que je faisais une grosse erreur. Mais je m’en foutais, je m’en foutais plus que n’importe quoi dans ce bas monde. Je voulais avoir Devon, point. La famille, je m’en foutais, ils pouvaient tous allé se faire foutre. J’allais l’assumer ma foutue homosexualité ! J’allais serrer Devon dans mes bras autant que je le voulais !

 

Mais je ne pouvais m’empêcher de me demander … si mes résolutions précédentes allaient à nouveau changer aussi facilement lorsque j’allais me retrouver face à ma famille … Et puis avec la conversation que j’avais eue avec Devon la dernière fois, j’avais peur de ne pas trouver le courage de tout avouer … Pourquoi mes élans de courage s’en allaient ou changeaient toujours aussi vite ?

 

Je pris mon sac à dos d’une main et en sortit une des copies de notre chanson. Je la tendis à Devon qui la prit entre ses mains tremblantes de froid.

« Joyeux Noël. » lui dis-je en lui faisant un faible sourire.

Devon inspecta le boîtier du CD dans tous ses angles puis fronça les sourcils.

« C’est quoi au juste ?

- La version finale de notre chanson.

- Tu déconnes là, hein ?

- Je te jure que non. Ma cousine, c’est la ‘’fameuse’’ Maeve. Je te l’avais dit, non ?

- Oui … mais je ne pensais pas que … Tu veux dire quoi là en fait ?

- Bah que grâce à elle, j’ai rencontré un compositeur. On a enregistré la chanson en studio et tu as entre les mains la version finale.

- Attends mais merde … c’est toi qui devais composer la musique, Math.

- J’ai l’air d’avoir des talents de compositeurs ?

- Non mais on est pas du tout éligibles pour le concours si t’as pas composé ta putain de musique.

- Mais on s’en fout, le mec a dit que c’était pas sa meilleure composition et qu’il se foutait de cette chanson comme de la température au Nebraska ! Il en a rien à battre que je prenne ses ‘’droits d’auteur’’ pour un petit concours de notre niveau !

- T’es vraiment trop con,  Math. Pas capable de faire les choses par toi-même, il faut toujours que t’agisses en gosse de riches, pourri gâté, qui demande aux autres de tout faire à sa place.

- C’est quoi ton problème, Devon ? T’as la meilleure musique que t’aurais pu obtenir et tu trouves encore à te plaindre ? Sympa la reconnaissance !

- Quelle reconnaissance ? T’as rien foutu, Math, rien du tout ! T’as triché et j’ai aucune foutue reconnaissance pour ça ! Aucune !

- Oh ferme ta gueule, tu me soules ! Si t’es pas content, compose ta musique tout seul.

- J’abandonne le concours, tu me fais chier.

- Fais ce que tu veux, j’en ai rien à foutre. »

Envolées les belles résolutions, définitivement envolées. Et c’était tellement facile avec Devon de passer de l’amitié à la colère. On n’était pas faits pour être ensemble. C’était la preuve irréfutable que mes premières résolutions étaient les bonnes, que je devais changer mon image, oublier ce mec et me concentrer sur ma relation avec Nathalie.

« Désolé … j’aurais pas dû m’emporter … »

Eh merde, voilà qu’il s’excusait maintenant ! Je n’arrêtais pas de changer d’avis, j’en avais marre … C’était quoi la solution logique dans cette histoire ? Y’en avait-il seulement une ? Je l’aimais … Devon, je l’aimais, j’en étais persuadé. Mais est-ce que ça valait vraiment la peine de gâcher toute ma vie pour lui ? Après tout, on avait juste treize ans, notre relation n’allait sûrement pas dépasser les six mois.  Mais en même temps, si on ne la vivait pas, on restait bloqués dessus … ou plutôt, je restais bloqué dessus.

« Pas grave. » marmonnais-je.

Il fallait peser le pour et le contre et il fallait que je cesse de changer d’avis de la sorte selon les événements qui se produisaient, ça n’avait aucun sens. Qu’est-ce que je voulais vraiment ? Qu’est-ce qui comptais le plus à mes yeux ? J’étais incapable de le dire. Même là, tout près de Devon. Oui, je le voulais à mes côtés et oui, je l’aimais. Mais je n’étais pas persuadé d’être heureux ainsi. Si mes propres parents venaient à me mépriser après cela et mes amis … qu’allaient-ils en penser ? Je ne voulais pas perdre les gens que j’aimais, je ne voulais pas qu’ils cessent de m’apprécier pour cela.

« D’accord, Math. J’ai été trop loin. Ne fais pas cette tête-là, s’il te plaît. » soupira Devon en fixant le sol d’un air contrit.

Je secouais aussitôt la tête de droite à gauche.

« Non, ce n’est pas ça du tout …

- C’est quoi alors ?

- Pas important. De toute façon, le train arrive. »

 

Par Miyuki Lee - Publié dans : May Angels Lead You In
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Mercredi 25 juin 2008

À ce moment, Alexis arriva. Il me toisa d’un regard qui se voulait indifférent puis s’approcha lentement de moi sans dire un mot.

 

« La semaine s’achève, dis-je en soupirant, moi aussi j’aimerais aller visiter le coin un peu avant de partir …

 

- Mais..., commença ma tante d’un ton inquiet.

- Je vais l’accompagner, la coupa Alexis, comme ça il ne risquera rien.

- Bon … comme tu veux, soupira t’elle, mais prends la voiture de Benjamin. Il n’est pas très prudent de le laisser prendre le froid pour le moment.

- D’accord … » répondit-il

 

Alexis se dirigea vers l’entrée. Je le suivis du pas le plus rapide que mes jambes engourdies pouvaient fournir. Nous mîmes nos manteaux et nos bottes puis nous nous rendîmes à la voiture de Benjamin. Il s’assit à la place du conducteur, je m’assis à ses côtés puis il démarra la voiture.

Il y’eut quelques minutes de silence où j’admirais à nouveau le paysage enneigé du village jusqu’à ce qu’Alexis attire mon attention en se raclant la gorge. Je me tournais vers lui, supposant que quelques explications devaient s’imposer.

 

« As-tu des regrets ? me demanda-t-il sans quitter la route des yeux.

- … Un peu, dis-je en soupirant, j’aurais voulu en prendre moins … pour ne pas me rendre malade … et je n’aurais pas dû te … bref. »

Je cherchais sa réaction mais il n’en eût aucune. Comme si le fait que je l’ai embrassé langoureusement ne le dérangeait nullement alors qu'il était en couple avec Benjamin … et que ce dernier aurait été vert de jalousie en apprenant cela. Je soupirais derechef et reposais mon regard sur la route.

 

« As-tu des sentiments pour moi ? » me demanda Alexis au bout d’un instant de silence.
Je secouais vivement la tête.

- Non ! Pas du tout ! Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça … J’ai eu l’image de Devon dans la tête et je … je ne sais pas. Je n’étais même pas en état de réfléchir. Je suis désolé. »

Il se gara brusquement dans l’immense parking d’un magasin du village et soupira longuement. Je voyais ses mains crispés puis tremblantes sur le volant ainsi que son visage qui retenait difficilement une grimace de douleur, de tristesse. Je m’inquiétais immédiatement mais je ne savais pas trop comment réagir, comment interpréter ce que je voyais.

« Tu vois, murmura t’il sans me regarder, moi, mon seul regret, c’est que Benjamin ne nous ait pas vu.

- Qu’est-ce que tu veux dire par là ? Pourquoi ? demandais-je

- Il part dans peu de temps dans une école de théâtre à l'autre bout du pays ... pour cinq mois … Cinq mois bordel … C’est énorme, c’est trop ! Oui, c’est une chance énorme pour lui … et oui, je suis content pour lui. Mais ça me détruit à un point que tu ne peux même pas imaginer. Lui, il a tout un avenir devant lui, toute une carrière. Moi … j’ai … lui. Seulement lui. Alors j’ai terriblement peur de le perdre et de me retrouver sans aucune perspective d’avenir. Mais il ne comprend pas ça. Il s’en fout. J’ai tout fait pour qu’il réagisse … Tout … mais il ne comprend pas que je suis en train de sombrer, que sans lui, je ne suis rien du tout … »

Des larmes silencieuses coulaient sur son visage sans qu’il ne chercha à les camoufler ou les chasser. Il ferma les yeux un moment, prit une grande inspiration.

Je ne pensais pas qu’il se confierait à moi de la sorte. Je ne pensais pas que tout ce qu’il avait fait jusque-là était dans l’unique but d’attirer l’attention de Benjamin.

 

« Tu penses vraiment que si j’avais eu toute ma tête, j’aurais fait fumer le petit cousin de Benjamin ? Que je l’aurais laissé m’embrasser ? Que je l’aurais laissé se droguer au point d’en être malade ? Tu peux m’en vouloir tant que tu voudras … Je me suis vraiment servi de toi dans cette histoire. Mais je suis persuadé que tu aurais fait de même dans ma situation. Je suis fou de ce mec, j’en perds la tête … » dit-il d’une voix faible.

Il appuya sa tête contre le volant et ses cheveux blonds camouflèrent son visage, m’empêchant de constater s’il pleurait encore. Je ne savais pas comment réagir. Je ne savais ni quoi dire, ni quoi faire. Je n’osais pas avoir de geste tendre pour le réconforter et les mots restaient coincés dans ma gorge. Comment conseiller son histoire d’amour alors que je ne pouvais pas gérer la mienne ? Je me contentais de garder le silence sans m’impatienter, de lui laisser le temps d’aller mieux.

Cela dura cinq minutes, peut-être moins avant qu’il s’excuse de s’être montré si faible devant moi et qu’il reprenne la route. Il m’emmena ensuite dans un restaurant et me paya à manger (sa manière de se faire pardonner sûrement) avant qu’on ne revienne à la demeure de famille. Tout se passa dans le plus grand silence.

 

Par la suite, j’allais m’asseoir à la fenêtre de la chambre que l’on m’avait prêtée. Je pris le cahier de chansons de Devon entre mes mains et tournais lentement les pages, cherchant un peu de Devon à travers ses écrits. Je me sentais si mal pour Alexis que mon cœur s’en serrait … alors que je n’étais pas du tout impliqué dans cette histoire. J’avais un grand cœur, disait ma mère … mais dans mon esprit, j’avais tout simplement un cœur de fille … un cœur de tapette ... et ça me frustrait.

 

Je soupirais longuement puis pris la page de la chanson que nous devions composer pour le concours. Je récitais plusieurs fois les paroles et leur traduction dans ma tête. Que pouvais-je composer là-dessus, moi qui n’avais strictement aucun talent en composition ?

 

Je descendis rapidement au salon à la recherche de ma cousine Maeve. Je la trouvais devant la télévision, en train de regarder une série américaine qui ne l’intéressait que très peu vu son air ennuyé. Je vins m’asseoir à ses côtés, sur l’immense canapé rouge sur lequel elle était confortablement assise.

« Maeve, il faut que je te montre quelque chose … » dis-je en lui tendant le cahier de Devon.

Elle le prit de ses mains délicates et lut les paroles écrites par Devon. Une fois sa lecture terminée, elle se tourna vers moi avec des yeux écarquillés.

« C’est toi qui … ? demanda t’elle d’un ton ahuri.

- Non, non, répondis-je immédiatement, c’est Devon. On fait une chanson pour un concours et … ce sont les paroles qu’il a composées. Malheureusement, je suis vraiment nul pour composer de la musique par-dessus … je me demandais si tu pouvais me donner un coup de main … »

Maeve hocha vivement la tête puis s’empara de son téléphone portable. Elle chercha rapidement quelqu’un dans répertoire puis appela finalement un de ses contacts. Au bout d’un moment, la personne en question décrocha :

« Salut Mike, dit-elle, … Oui et toi ? … Non pas vraiment … Écoute, j’ai une chanson vraiment géniale entre les mains … Non, pas pour le nouvel album … Je voulais te demander un service … Oui, t’en fais pas … Une mélodie, juste ça … Quinze minutes ? D’acc … Je t’attends. À plus. »

 

Elle remit son portable dans sa poche et me regarda avec un sourire rayonnant.

« Mike est un de mes bons amis. Il compose depuis près de vingt ans maintenant. Il a composé la majeure partie des musiques sur mon dernier album et c’est un travail de pur génie qu’il produit. » m’assura t’elle avec un grand sourire.

Mike arriva quelques instants plus tard, sans une seule minute de retard. C’était un homme d’une trentaine d’années avec une stature plutôt imposante. Il avait une barbe brune naissante au menton et les cheveux teints en blond platine. Cela faisait un étrange contraste.


Maeve nous conduit au sous-sol où était emménagé un studio et où une foule d’instruments étaient entreposés. Mike semblait plutôt bien connaître les lieux. Il s’installa dans le studio et lut rapidement les paroles de Devon. Il fit quelques commentaires désobligeants sur les écrits qu’il considérait trop faciles, pas assez réfléchis. Maeve n’osa pas protester malgré le fait qu’elle était loin de partager son opinion. Elle me lançait plusieurs regards exaspérés quand Mike critiquait le texte.

 

Le compositeur étudia longuement le texte, fredonna les idées qui lui venaient en tête puis s’installa au piano pour faire des essais. Maeve et moi le regardions faire en silence. Il essaya un rythme à la batterie, tenta quelques accords à la guitare puis écrit quelques notes sur une feuille. Au bout d’une heure, il nous pria de le laisser seul car nous nuisions à sa concentration.

 

Je passais le reste de l’après-midi avec ma cousine, à regarder quelques téléromans débiles à la télévision, à parler de tout et de rien. Elle me parla de sa carrière, de son succès, de son bonheur, de sa famille. Bref, près de cinq heures s’écoulèrent avant que Mike ne remonte à l’étage pour nous dire que la musique était terminée. Je fus surpris de la rapidité du travail et refusais de croire que cela soit fini en si peu de temps sans être bâclé. Mais Mike nous présenta un travail tout à fait remarquable … Une mélodie accrocheuse, calme. Une ballade simple et pourtant magnifique. Il chanta les paroles pour nous montrer comment l’interprète devrait procéder.

« En fait, si nous pouvions enregistrer dès maintenant un démo, ce serait pas mal, marmonna t’il.

- Je peux servir d’interprète ! S’empressa de dire Maeve.

- Non, t’as pas la voix pour ça, chérie. Et toi, le gamin, tu sais chanter ? me demanda-t-il.

- Non, je chante comme un pied, répondis-je.

- Je peux demander à Alexis, soupira Maeve, il se débrouille.

- Un mec ? demanda Mike.

- Oui …

- Une voix grave ?

- Oui …

- Je suppose que ça fera l’affaire, marmonna Mike, vas le chercher. »

Maeve alla chercher Alexis qui accepta sans histoire de faire l’interprète de la chanson de Devon (peut-être encore une fois pour se faire pardonner). On passa encore qutare heures et demi en studio. Même que je servis de choriste malgré le peu de talent que je possédais.

Alexis chantait juste. Ni bien, ni mal. Mais son timbre de voix collait parfaitement avec la mélodie, avec les paroles.

Mike m’avoua que le travail avait été fait rapidement et que si nous avions créé cette chanson de manière professionnelle, cela aurait pris beaucoup plus de temps. Des jours, voire des semaines. Mais puisque cette chanson n’avait aucune valeur et qu’elle n’allait certainement pas servir à l’album d’un artiste connu, il avait fait un travail correct mais bien rapide. Même si je trouvais que la chanson était sublime …

Le résultat final m’impressionna au plu haut point. J’étais ému de voir que les paroles de Devon et la musique de Mike donnaient un résultat aussi magnifique. J’en avais le souffle coupé. Les autres semblèrent moins éblouis que moi bien que Maeve partagea ma joie quant au résultat. Mike me donna deux copies de la chanson sur CD et me souhaita bonne chance pour le concours.

J’étais fier de moi … bien que je n’ai pas accompli grand-chose. Mais je savais que de ramener cette chanson à Devon était certainement un des plus beaux cadeaux que je pouvais lui faire. J’aurais fait n’importe quoi pour voir un sourire s’étirer sur ses lèvres après tout le chagrin que je lui avais causé précédemment. Je l’aimais énormément … je m’en voulais de lui avoir fait de la peine et je comptais bien me racheter sur ce coup-là, même si je ne pouvais pas vraiment lui donner ce qu’il voulait pour le moment. Je savais que Devon savait que je l’aimais et que j’avais joué le con avec Nathalie. Je savais aussi qu’il espérait que je rattrape mes bêtises en lui révélant mes sentiments. Mais je n’étais pas tout à fait prêt à ça. Il fallait que je règle des choses avec moi-même avant tout …

 

*

 

Le temps avait passé assez vite et ma semaine de congés chez mon oncle et ma tante se termina plutôt rapidement. Le matin, je fis mes bagages. Il était convenu que je reparte à la gare avec Benjamin pour rejoindre Devon. Là-bas, nous reprendrions le train dans la direction inverse de celle que nous avions prise la dernière fois jusqu’à la gare de notre ville.

 

J’étais impatient de revoir Devon, de voir l’état dans lequel il se trouvait, de lui donner la chanson, de voir sa réaction. Il me manquait … Je m’ennuyais de lui.

Je traversais le long couloir du second étage avec mon sac à dos à la main. Mes parents et mon frère étaient déjà en bas avec le reste de ma famille. Je les entendais parler jusqu’ici.

C’est à peu près là que tout dérapa …

Benjamin arriva dans la direction inverse de la mienne. Il marchait d’un pas décidé vers moi. Il me regardait droit dans les yeux avec un air étrange, un air que je ne lui reconnaissais pas, lui qui était toujours de bonne humeur et qui avait toujours une expression calme. Il s’avança rapidement vers moi puis poussa son avant-bras à la base de mon cou pour me plaquer au mur. Ma tête l’heurta de plein fouet mais la douleur fut vive. J’étais avant tout surpris d’être victime de tant de violence de la part de mon cousin. Je n’osais pas faire un geste. Il me toisa d’un regard qui ne semblait vouloir dire que : ‘’j’aurai ta peau’’.

« Qu’est-ce qui te prend ?!?! dis-je d’une voix étouffé par son avant-bras qui se pressait contre ma gorge.

- Tu touches encore à mon mec et t’es mort, Math, t’entends ?! Je veux plus que tu l’approches, que tu le touches ou même que tu le regardes ! T’es qu’un p’tit emmerdeur, Mathéo ! Faire ton petit numéro de pitié pour essayer de voler mon mec, c’est lamentable ! Je te jure que si t’oses encore le toucher, je te tue ! »

 

Il me plaqua à nouveau contre le mur puis me relâcha pour me laisser respirer. Benjamin partit d’un pas furieux …

Par Miyuki Lee - Publié dans : May Angels Lead You In
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