Je me sens terriblement sadique avec Mathéo dans ce chapitre XD ...
Mais bon, c'est toujours comme ça, les personnages que j'aime bien, ils ont pas le choix de souffrir un max pendant mon histoire. Enfin, vous verrez bien ;)
Encore désolée pour le retard, disons que j'ai été pas mal chargée pendant les vacances et que j'ai eu pas mal de problèmes personnels ... Enfin, bref, je ne vous abandonne pas et voilà mon
chapitre 9 !
Merci énormément pour vos commentaires, vos encouragements, c'est ce qui m'aide à continuer et à me donner du mal pour vous créer une suite ;) !
Bonne lecture ^_^ !
Depuis ma plus tendre enfance, j’avais eu une vie de rêve.
J’avais tout ce que je voulais quand je le voulais, j’avais une famille idéale et une maison où l’on se sentait toujours en sécurité. Je suppose que toute bonne chose a une fin … Mais je ne
voyais pas venir la fin de ces choses-là avant bien longtemps. J’étais un enfant gâté, j’avais été choyé et protégé, bien plus que mon propre frère. J’étais en quelque sorte le chouchou de la
famille puisque j’étais le petit dernier. Et ça m’aurait plu que tout reste ainsi. Mais le temps … et surtout les circonstances ont fait que ce ne fut pas le cas. J’avais tout juste treize ans
même si j’étais plus grand que la moyenne et que selon beaucoup, je faisais facilement dix-sept. Je n’étais peut-être pas bien mature pour mon âge et surtout beaucoup trop sensible et
pleurnichard … Et étrangement, je m’étais toujours dit que je n’étais pas fait pour ma propre vie, qu’il y avait eu une erreur lors de ma naissance, que mon éducation ne concordait pas avec les
épreuves qu’on avait mis sur ma route. Bien sûr, je ne blâmais nullement les gens qui m’avaient éduqué. Seulement, mon éducation ne m’avait pas préparée à affronter ce qui arriva par la suite
…
J’entendais les pas de Benjamin s’éloigner petit à petit. J’étais assis contre le mur, je tentais de reprendre une
respiration calme et surtout de comprendre ce qui s’était passé. Alexis n’avait sûrement pas parlé de ça à Benjamin … C’était impossible …
Je me relevais tant bien que mal et mis mon sac à dos sur mon épaule. Mon cœur battait à une vitesse folle dans ma
poitrine. J’avais l’impression de le sentir battre dans tout mon corps. Je marchais lentement vers les escaliers. Au bout du couloir, je vis mon frère qui me regardait d’un air dédaigneux.
« T’as fait des trucs avec le petit ami de Benjamin ? me demanda-t-il avec dégout.
- Non, répondis-je en soupirant.
- Alors pourquoi Ben te crie dessus en disant de plus jamais toucher à son mec ?
- C’est n’importe quoi ! m’emportais-je, tu penses vraiment que j’aurais fait des trucs pareils ?!
- Ce serait pas la première fois, répliqua-t-il, la voisine t’a vu en train d’embrasser Devon à pleine bouche devant la maison !
- Et tu crois à des conneries pareilles ?!
- Oui ! Pourquoi mentirait-elle à ce sujet ? Bordel Mathéo, t’es gay ou quoi ?! C’est dégueulasse de faire des trucs comme ça !
- C’est complètement faux ! Comment tu peux croire à ça ?! Je sors avec Nathalie Suyin !
- Je la plains d’être en couple avec une tapette qui se tape le voisin et le petit ami de son cousin !
- Vas te faire foutre ! Avec tout ce que tu te tapes par semaine, ça ne m’étonnerait pas que t’aies attrapé toutes les MTS du coin !
- Des MTS ?! Toi t’es déjà atteint du SIDA avec toutes les cochonneries homos que t’as faites !
- Quelles cochonneries homos ?! T’es encore assez con pour croire que le SIDA s’attrape avec un baiser ?!
- T’avoues que t’as embrassé des mecs, alors ! C’est dégueu …
- J’avoue rien du tout ! C’est toi qui m’accuses des pires conneries du monde depuis tout à l’heure ! Mais tu sais quoi ? J’en ai rien à foutre de ce que tu penses ! Les parents sont pas assez
cons pour avaler tes mensonges !
- Et pourquoi penses-tu que les parents t’ont à peine parlé de tout le voyage ? Pourquoi penses-tu qu’ils t’évitent comme
la peste depuis quelques temps ?
- C’est n’importe quoi, ils n’agissent pas du tout ainsi …
- Tu le sais aussi bien que moi ! Depuis qu’ils savent que t’as embrassé Devon, ils ne savent plus quoi croire et comment agir avec toi !
- Vas te faire foutre, Ian … Vas te faire foutre …
- Le seul qui va se faire foutre pour le reste dans son existence, c’est toi Math, pas moi. »
J’en avais trop entendu. Je serrais mon poing et l’envoyais en pleine mâchoire à Ian. L’intérieur de sa joue s’était bien écorché contre ses dents. Du sang jaillit de la commissure de ses lèvres.
Je le regardais sans l’once d’un regret pour mon geste.
« Ferme ta gueule » Marmonnais-je en m’éloignant.
Ian ne chercha pas à me frapper à son tour, peut-être trop sonné par le dernier coup que je lui avais assené. Nous ne nous étions jamais battus. Notre entente n’avait jamais été parfaite
puisqu’on ne se parlait presque pas … mais je n’avais jamais pensé qu’on en serait rendu là un jour. On aurait dit qu’aujourd’hui, rien n’allait bien … Mon cousin me méprisait, mon frère me
méprisait … et mes parents … je ne savais plus trop bien. J’étais confus, perdu, terriblement énervé.
Je descendis rapidement les marches du grand escalier puis me dirigeais vers le hall pour mettre mon manteau et mes bottes.
Je ne voulais voir personne. Ni Maeve, ni Alexis, ni mon oncle, ni ma tante, ni mes parents. Personne. Je voulais partir, regagner mon chez moi et que tout redevienne comme avant, que cette
histoire soit enterrée à jamais et que je présente Nathalie à mes parents. Nathalie … ma Nathalie … ma copine … Elle était si gentille, si attentionnée … Je ne pouvais que l’aimer, non ? Ça ne
pouvait pas être désagréable de l’embrasser ou de lui prendre la main !
Je sortis de la demeure de mon oncle et de ma tante, sans un au revoir. De toute façon, je devais aller à la gare et ils le
savaient. Ce n’était pas si loin et ça se faisait très bien à pieds. Peu importe le froid, je le sentais à peine tellement j’étais fâché … fâché que Ian ait su tout cela, fâché que ce côté de ma
vie ait été exposé de la sorte. Il fallait enterrer ce côté, l’enterrer bien loin pour ne plus jamais le ressortir. Plus d’homosexualité. Plus de baiser avec Alexis. Plus de … Plus de Devon,
c’était terminé. Adieu toutes les résolutions que j’avais prises quant à ma relation avec lui. Je devais l’oublier. L’oublier définitivement. Ne plus le regarder. Ne plus lui parler. Ne plus
l’aimer. Ça faisait tellement de problèmes et … non, non … je ne voulais pas d’une vie comme ça. Je voulais une vie paisible, sans problèmes, sans soucis, sans regrets. Avec des parents qui
m’aiment et un frère qui me respecte.
Je marchais depuis près de vingt minutes. Je ne sentais pas encore le froid, ni la neige. J’avais envie de pleurer et je me sentais minable d’avoir envie de pleurer. C’était trop facile en ce
moment. Chaque fois que ça n’allait pas, il fallait que je me mette à chialer comme un môme, comme une fillette, comme une tapette. Et non, je ne voulais plus avoir l’air de ça ! J’en avais marre
d’avoir cette image de mec sensible. Il fallait que je change d’image. Que je sois le mec dur, qui n’a peur de rien, qui se fout de tout et qui ne deviens pas sentimental. Je voyais une nouvelle
image de moi pour le retour en classe. Il ne fallait plus traîner avec Devon, ça faisait trop gay. Il fallait rester avec Josh et Éric, s’arranger pour qu’ils oublient leurs différents. Il
fallait que je m’affiche avec Nathalie. Il fallait que je change et que je ne revienne plus sur ce côté de ma personne. Tout se plaçait tellement vite dans ma tête. Tant de stupidités pour un
rien …
J’arrivais à la gare, allais sur le quai, attendais Devon. Je savais ce qu’il fallait que je fasse. Il fallait que je sois
complètement indifférent, que j’agisse en parfait connard et que je me foute carrément de lui. Comme ça, il n’allait plus me coller, il allait décrocher de moi et adieu, plus de Devon, plus de
problèmes. J’étais bien préparé mentalement. Je m’imaginais Devon arriver, se montrer gentil et poli avec moi; et moi ne lui répondre que par monosyllabes et soupirer lorsqu’il parlerait trop
longuement.
Et pourtant … Pourtant, lorsque je sentis sa main se poser sur mon épaule, que je me retournais, que je plongeais mon
regard dans le sien … tout fondit, comme glaçon sous un soleil de plomb. Ses yeux bruns, son regard perçant … et plus rien ne comptait. Ma nouvelle image, mes résolutions, mon couple avec
Nathalie … Ça ne comptait plus, ça n’existait pas, ça n’avait jamais existé. Je n’étais même plus sûr d’être en colère, d’être triste ou déçu. Tout cela s’évaporait et tout ce que mon cœur
taisait depuis mon départ de la demeure de ma famille, m’explosait en plein visage : Non, tu n’abandonneras pas ton homosexualité. Non, tu ne laisseras pas Devon. Non, tu ne te donneras pas
de nouvelle image. Mon cœur était plus fort que ma conscience, que mon esprit, que ma raison. Et le reste n’importait plus quand j’étais près de Devon. Et ça ne devait plus être autrement.
Peut-être bien que je gâchais ma vie, que je n’étais pas conscient de ce que je faisais, que je faisais une grosse erreur. Mais je m’en foutais, je m’en foutais plus que n’importe quoi dans ce
bas monde. Je voulais avoir Devon, point. La famille, je m’en foutais, ils pouvaient tous allé se faire foutre. J’allais l’assumer ma foutue homosexualité ! J’allais serrer Devon dans mes bras
autant que je le voulais !
Mais je ne pouvais m’empêcher de me demander … si mes résolutions précédentes allaient à nouveau changer aussi facilement
lorsque j’allais me retrouver face à ma famille … Et puis avec la conversation que j’avais eue avec Devon la dernière fois, j’avais peur de ne pas trouver le courage de tout avouer … Pourquoi mes
élans de courage s’en allaient ou changeaient toujours aussi vite ?
Je pris mon sac à dos d’une main et en sortit une des copies de notre chanson. Je la tendis à Devon qui la prit entre ses mains tremblantes de froid.
« Joyeux Noël. » lui dis-je en lui faisant un faible sourire.
Devon inspecta le boîtier du CD dans tous ses angles puis fronça les sourcils.
« C’est quoi au juste ?
- La version finale de notre chanson.
- Tu déconnes là, hein ?
- Je te jure que non. Ma cousine, c’est la ‘’fameuse’’ Maeve. Je te l’avais dit, non ?
- Oui … mais je ne pensais pas que … Tu veux dire quoi là en fait ?
- Bah que grâce à elle, j’ai rencontré un compositeur. On a enregistré la chanson en studio et tu as entre les mains la version finale.
- Attends mais merde … c’est toi qui devais composer la musique, Math.
- J’ai l’air d’avoir des talents de compositeurs ?
- Non mais on est pas du tout éligibles pour le concours si t’as pas composé ta putain de musique.
- Mais on s’en fout, le mec a dit que c’était pas sa meilleure composition et qu’il se foutait de cette chanson comme de la température au Nebraska ! Il en a rien à battre que je prenne ses
‘’droits d’auteur’’ pour un petit concours de notre niveau !
- T’es vraiment trop con, Math. Pas capable de faire les choses par toi-même, il faut toujours que t’agisses en gosse de riches, pourri gâté, qui
demande aux autres de tout faire à sa place.
- C’est quoi ton problème, Devon ? T’as la meilleure musique que t’aurais pu obtenir et tu trouves encore à te plaindre ? Sympa la reconnaissance !
- Quelle reconnaissance ? T’as rien foutu, Math, rien du tout ! T’as triché et j’ai aucune foutue reconnaissance pour ça ! Aucune !
- Oh ferme ta gueule, tu me soules ! Si t’es pas content, compose ta musique tout seul.
- J’abandonne le concours, tu me fais chier.
- Fais ce que tu veux, j’en ai rien à foutre. »
Envolées les belles résolutions, définitivement envolées. Et c’était tellement facile avec Devon de passer de l’amitié à la colère. On n’était pas faits pour être ensemble. C’était la preuve
irréfutable que mes premières résolutions étaient les bonnes, que je devais changer mon image, oublier ce mec et me concentrer sur ma relation avec Nathalie.
« Désolé … j’aurais pas dû m’emporter … »
Eh merde, voilà qu’il s’excusait maintenant ! Je n’arrêtais pas de changer d’avis, j’en avais marre … C’était quoi la solution logique dans cette histoire ? Y’en avait-il seulement une ? Je
l’aimais … Devon, je l’aimais, j’en étais persuadé. Mais est-ce que ça valait vraiment la peine de gâcher toute ma vie pour lui ? Après tout, on avait juste treize ans, notre relation n’allait
sûrement pas dépasser les six mois. Mais en même temps, si on ne la vivait pas, on restait bloqués dessus … ou plutôt, je restais bloqué dessus.
« Pas grave. » marmonnais-je.
Il fallait peser le pour et le contre et il fallait que je cesse de changer d’avis de la sorte selon les événements qui se produisaient, ça n’avait aucun sens. Qu’est-ce que je voulais vraiment ?
Qu’est-ce qui comptais le plus à mes yeux ? J’étais incapable de le dire. Même là, tout près de Devon. Oui, je le voulais à mes côtés et oui, je l’aimais. Mais je n’étais pas persuadé d’être
heureux ainsi. Si mes propres parents venaient à me mépriser après cela et mes amis … qu’allaient-ils en penser ? Je ne voulais pas perdre les gens que j’aimais, je ne voulais pas qu’ils cessent
de m’apprécier pour cela.
« D’accord, Math. J’ai été trop loin. Ne fais pas cette tête-là, s’il te plaît. » soupira Devon en fixant le sol d’un air contrit.
Je secouais aussitôt la tête de droite à gauche.
« Non, ce n’est pas ça du tout …
- C’est quoi alors ?
- Pas important. De toute façon, le train arrive. »