Merci énormément pour tous vos commentaires =D ! Ça fait vraiment plaisir d'en recevoir et ça m'encourage à poursuivre mon histoire ;) ! Je devrais
avoir + de temps libre pour écrire maintenant que je suis en vacances ... bien que je sois en cours d'été -____-'' ... Enfin bref ...
Bonnes vacances à tous et surtout, bonne lecture :P
Les fêtes de Noël me parurent bien déprimantes
cette année-là. Ma famille revint le soir même. Mon oncle et ma tante préparèrent une fête grandiose, nous firent manger des mets exquis et nous offrirent des présents fabuleux. Mais rien ne
m’enchanta vraiment. J’avais le moral à zéro … et encore, zéro, c’est encore bien trop haut. J’avais le moral à – 100, à – 500 peut-être. Je feignais de m’amuser, de trouver la soirée belle, mais
je pense que je ne trompais personne. Personne ne m’en parla, pour ne pas gâcher les festivités. Ils acceptaient sans peine ma fausse bonne humeur, le temps d’une soirée du moins. Vers deux
heures du matin, tout le monde alla se coucher. J’étais loin d’être fatigué. Je sentais même la nuit blanche arriver, mais je ne m’en formalisais pas. J’avais seulement envie de disparaître. Je
m’allongeais donc dans la chambre que l’on m’avait prêtée pour le temps des fêtes et je regardais fixement le plafond. Je ne sais même pas combien de temps s’écoula jusqu’à ce que ma mère vienne
frapper à ma porte quelques coups. Elle attendit une réponse qui ne vint pas puis ouvrit la porte et vint s’asseoir près de moi. Je ne bougeais pas d’un millimètre. Elle posa sa main sur mon
front puis la retira en soupirant.
« C’est bien ce que je me disais, tu n’es pas malade, me dit-elle d’une voix calme.
- Qui t’a dit ça ?
- Ton cousin. Un sacré bon acteur. Nul doute qu’on le verra bientôt dans les grands films d’Hollywood.
- …
- Mathéo… qu’est-ce qui ne va pas ce soir ?
- Rien … des embrouilles. » marmonnais-je.
J’avais Devon dans la tête, dans le cœur. Ce qu’il m’avait dit cet après-midi me bouleversait complètement. J’étais un grand sentimental beaucoup trop sensible. Ce côté de ma personne m’énervait
au plus haut point. J’avais encore les larmes aux yeux et j’avais peur qu’elles finissent par glisser sur mes joues. Je les retenais du mieux que je le pouvais, mais ma mère n’était pas dupe.
Elle lisait en moi comme dans un livre ouvert, savait pertinemment qu’il suffisait d’un rien pour que je craque. Elle m’amena donc vers elle et me serra tout contre son cœur. Je pleurais à
nouveau, comme je me l’étais interdit de le faire … et j’en avais tellement honte. Je chassais les larmes de mon visage de coups de mains furieux. Ma mère retint mes poignets d’une main puis
plongea son regard dans le mien.
« Qu’est-ce qui ne va pas ? répéta-t-elle d’un ton calme.
- Tout, dis-je en essuyant rageusement mes joues.
- Mathéo …
- M’man… je suis pas prêt du tout à parler de ça…
- De quoi s’agit-il ? »
J’avais songé un instant dire à ma mère : ‘’je suis homosexuel, fou amoureux d’un garçon.’’ Mais je n’en avais pas la force. Je ne souhaitais pas affronter sa réaction … Ça me faisait mal de
songer à la manière dont elle allait agir avec moi par la suite. Je préférais me taire.
Ma mère me regardait de ce regard triste qui cherchait à comprendre, à trouver ce qui me causait tant de chagrin. Elle relâcha mes poignets et poussa un soupir silencieux.
« Mathéo, je …
- Je suis amoureux. » finis-je par dire à voix basse.
Elle me regarda droit dans les yeux sans sembler surprise. Son regard devenait sévère, triste, confus … Je ne sais plus trop. Je baissais la tête. J’avais l’impression d’en avoir trop dit.
J’avais peur des questions qui allaient suivre. Elle allait me demander de qui, elle allait me demander des informations. Et j’allais craquer. Elle allait changer d’attitude envers moi … Tout
allait changer. Elle n’avait pas à savoir que j’aimais Devon. Elle n’avait pas à savoir que j’étais …
« Je sais. » répondit-elle simplement.
Mon cœur cessa de battre. Un long frisson parcourut mon échine. J’avais cessé de bouger, de respirer. J’étais sûrement blême, mon teint devait même rivaliser avec le blanc immaculé des dernières
couches de neige. Ma mère se contenta de me serrer dans ses bras, de poser un baiser sur mon front et de partir de ma chambre. Je restais immobile dans l’obscurité. Incapable de faire le moindre
geste. Elle avait dit : ‘’je sais’’. Et je ne savais pas comment l’interpréter. Elle savait quoi ? Que j’étais homo ? Que j’aimais Devon ? Ou tout simplement que j’aimais quelqu’un ? C’était
si visible que ça ? Que devais-je comprendre ? J’étais pris de sueurs froides. Je sentais tous mes membres trembler.
Au bout de quelques temps, je me glissais sous mes couvertures en ramenant mes genoux contre
mon torse, en tentant de trouver le sommeil malgré toute la peur qui s’était installée en moi.
*
Je passais les jours suivants en compagnie d’Alexis. Nous avions un point en commun :
nos idées noires. Ce mec était malheureux. Ça ne se voyait pas au premier coup d’œil mais je l’entendais parler et je comprenais. Benjamin allait partir pour cinq mois à l’autre bout du pays. Il
allait passer cinq mois sans lui, sans le voir, ou peut-être seulement de temps en temps. Alexis disait qu’il s’en foutait, que ça ne lui faisait rien, qu’il n’en avait rien à battre. Mais tout
sonnait tellement faux …
Je le regardais fumer cigarette sur cigarette. Je le regardais tenter différentes drogues. Et ma curiosité me dictait fortement d’essayer. Juste une fois. Juste comme ça. Mais durant les premiers
temps, je ne fis rien. Absolument rien. J’observais, voilà tout.
Et puis au bout de quelques jours, Alexis me demanda si je voulais tenter quelque chose. Un joint. Tout simple. Ça ne me ferait aucun mal, assura Alexis. Il me dit que j’allais simplement oublier
mes soucis, que j’allais me sentir bien. Et ceci réussit à me convaincre.
J’en fumais un. Et ce n’était rien. Un petit vertige de rien du tout. Vraiment pas de quoi me
faire planer. Je n’avais pas mal au cœur, pas mal à la tête. Je me sentais comme tout à l’heure. Mes soucis étaient toujours là. J’avais toujours le cœur serré et la gorge nouée. Alors Alexis
m’en donna un deuxième … un plus gros, disait-il, de meilleure qualité … Et je commençais à planer. Lui aussi d’ailleurs puisqu’il fumait au même rythme que moi.
Tout devint vague, plus facile. Ma première expérience avec la drogue ne fût pas désastreuse.
Ce n’était pas le genre d’événement qui allait me marquer ou que j’allais m’empresser de raconter à Éric dès que je reviendrais. J’appréciais seulement le moment de tout mon être. Je
m’abandonnais volontairement à l’état étrange dans lequel je me trouvais, savourant chaque seconde de la plénitude qui grandissait en moi de manière étonnante. Je regardais tout ce qui
m’entourait avec des yeux nouveaux. C’était l’hiver, la température était glaciale mais dans l’état où j’étais, je ne le réalisais pas. J’avais ôté mon manteau et j’avais continué de fumer. Je ne
savais plus trop quoi d’ailleurs. Drogue … cigarette … tout se mélangeait dans ma tête. Je n’y faisais plus trop attention. Je me sentais trop bien. Je me sentais libéré du poids qui était
habituellement d’une lourdeur inégalable sur mes épaules. Et puis … Je regardais Alexis … Je le dévorais des yeux. Il était si beau. Il était sublime. Maintenant plus que jamais. J’arrivais
presque à voir les traits de Devon sur son visage. J’arrivais presque à voir les cheveux blonds de Devon … Les cheveux d’Alexis étaient d’un blond terne … Ceux de Devon avaient la couleur
étincelante d’un champ de blé au soleil. Et quand Alexis parlait, bien que je ne sache pas vraiment quels mots il prononçait, j’entendais presque l’accent américain de Devon. Tout me ramenait à
lui. À Devon Skye. À mon cœur qui ne battait que pour lui. Je fermais les yeux et je le voyais si clairement … Je le voyais sortir de la piscine lors des cours de natation. Je voyais son corps
ruisselant de gouttelettes d’eau, ses cheveux qu’il secouait vivement dans tous les sens et son sourire triomphant car personne ne lui arrivait à la cheville dans cette discipline. Je le voyais
passer sa main dans ses cheveux lorsqu’il se concentrait sur un examen. Je le voyais … et je le désirais de tout mon être. Et ce désir-là était fort, peut-être intensifié par tout ce que j’avais
pris … mais fort … à un point que je ne pourrais décrire.
Et je ne sais plus trop comment je me retrouvais à embrasser Alexis avec passion, avec
fougue, avec le souvenir du goût des lèvres de Devon. Il ne me repoussa pas, bien au contraire. Et ce moment sembla durer une éternité bien qu’il n’ait peut-être duré que quelques secondes.
Comment pourrais-je le savoir ? J’avais perdu à la fois l’esprit et la notion du temps. C’était à peine si je faisais la différence entre Alexis et Devon. Et si un mal de cœur ne m’avait pas
violemment pris la poitrine à ce moment-là, je crois que nous serions allés beaucoup trop loin. Mais bon, peu importe ce qui se serait passé puisque ce n’est pas arrivé. Tout est vague ensuite.
Je me rappelle avoir vomi, la tête au dessus de la cuvette des toilettes. Je me rappelle de la main tremblante d’Alexis sur mon épaule, de la voix aiguë de Maeve qui demandait ce qui s’était
passé, ce qui n’allait pas. Mais ensuite, tout devint noir …
Je me réveillais dans mon lit après quelques temps. En fait, peut-être que je n’avais même pas dormi. Peut-être avais-je simplement repris conscience. J’étais dans un état étrange, comateux …
nauséeux. Je me blottissais dans mes couvertures. Ma tête était bien lourde et j’avais beaucoup de mal à la supporter. Mon corps tout entier tremblait, comme si tout le froid que je n’avais pas
ressenti précédemment, me rattrapait. Je me sentais comme atteint d’une grippe subite. Et mon corps trop faible avait dû mal à combattre tout ce qui se produisait en lui. Cet état ne dura qu’un
temps, jusqu’à ce que je m’endorme à nouveau. Quand je me réveillais quelques heures plus tard, je me sentais beaucoup mieux. Je sortis de ma chambre et gagnais le grand salon où Maeve regardait
la télévision avec sa mère. Quand elle me vit, elle se précipita vers moi afin de me prendre dans ses bras puis de me relâcher pour me fixer de ses yeux paniqués.
« Bon sang, Math ! Tu vas mieux ? Tu m’as fait une de ces peurs ! » Dit-elle en
soupirant.
J’avais le teint pâle et mon cerveau prit un temps interminable pour analyser ses propos et pour justifier mon état abominable sans trahir Alexis qui avait crut bien faire.
« Pardonne-moi de t’avoir fait si peur, m’excusais-je en la regardant d’un air penaud, je ne suis pas habitué au froid … et je suis resté dehors trop longtemps. Ça ne m’a pas réussi …
- Tu aurais dû te couvrir davantage, me sermonna-t-elle, ce n’était pas bien malin de ta part de sortir en t-shirt !
- Désolé … »
Maeve me considéra d’un œil sévère un instant jusqu’à ce que sa mère intervienne. Elle se
leva du canapé et vint près de moi, posa sa main sur mon front puis m’adressa un sourire crispé.
« Je vais demander à une domestique de te faire couler un bain, histoire de faire baisser la fièvre. Ensuite, tu boiras un thé au citron et tu essayeras de dormir. Évitons d’inquiéter tes
parents. Ils sont en ville avec Benjamin. J’espère que tout ira mieux d’ici leur retour.
- Je vais déjà très bien, je ne fais pas de fièvre. Je suis juste un peu abruti par tout ça …
Mais ça va passer rapidement. »
Et je ne mentais pas. Ce n’était pas la grande forme mais je pouvais encore me tenir debout sans chanceler. Je sentais que tout mon corps était faible mais ça allait
bien … plutôt bien.