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Bienvenue


Bienvenue dans mon p'tit univers,

Je n'ai pas la prétention de dire que mes écrits sont réalistes, j'écris pour faire rêver et pour sortir de mon quotidien. Mon seul but est d'amener le lecteur faire un p'tit tout dans mon imaginaire très très gay.. 


Mes histoires :

 

May Angels Lead You In : 13 ans, une relation ambiguë avec le fils de l'employée de maison, une homosexualité refoulée, une famille chiante et une sensibilité de fille ... Mais que dire ? Ma vie n'est
pas conventionnelle et ne le sera probablement jamais, autant me faire à l'idée [Terminé]

Dark Waltz : 16 ans, une famille fantôme, un ex petit ami qui ne s'est pas résolu à sortir de mon coeur, une meilleure amie lesbienne et une relation d'amour/haine avec un danseur à la sensualité débordante . Aux dernières nouvelles, ma vie n'est toujours pas conventionnelle. [Prologue en cours d'écriture] [Suite de May Angels Lead You In]

Cap ou pas cap ? : Guillaume est un chirurgien réputé dont personne ne connait les faiblesses. Marié depuis longtemps avec Amandine, il ne peut la quitter maintenant qu'elle se déplace en fauteuil roulant. Mais quand Djamel vient briser sa carapace, tout change ... [2ième chapitre en ligne]

Tentation : Naoaki Torres, métis dans une société complètement nippone et issu d'une famille d'obsédés sexuels, s'amourache de Haru Sekisawa, père célibataire de dix-huit ans; arrogant et taciturne. Comme s'il n'était pas déjà assez en marge de la société ... [1er chapitre en ligne]


Projets / En cours d'écriture :


Légende Urbaine  : Lui ? Le Roméo de ces dames, le tombeur (malgré lui) par excellence. Un simple pari avec des amis chamboule son quotidien. Il doit faire craquer Isaiah, le grand taciturne que les rumeurs disent homosexuel. Mais Roméo se prend les pieds dans son propre piège et la situation tourne d’une drôle de manière … [1er chapitre écrit]


Au-delà Des Montagnes : Le village de Kahan recueille un jeune garçon dont on confie l’éducation à Yohan, combattant prometteur de sa génération. Le plus jeune s’amourache de son aîné pour qui il voue une admiration sans bornes mais bientôt, l’élève dépasse le maître et la séparation est imminente … [2ième chapitre en cours d'écriture]


Fics en arrêt :

Forbidden Love : Le plan d’un élève, Faye Lind, qui tente d’avoir des relations sexuelles avec son professeur de français, Derek Eyston, afin de pouvoir l’accuser de viol et de détournement de mineur pour toucher l’argent du procès. [1er chapitre disponible]

Atteindre une étoile : Alexis est susceptible, colérique et taciturne. Benjamin est enjoué, souriant et créatif. Malgré leurs différences, ils forment un couple depuis plus de deux ans. Lorsque le talent d’acteur de Benjamin est repéré et qu’il est admis dans une école de théâtre à l’autre bout du pays, Alexis comprend qu’il sera dur de garder son petit ami... [1er chapitre disponible

 

 

Les mises à jour seront faites ... au gré de mes humeurs XD
Plus sérieusement, je vais essayer de pas accumuler les retards quand même mais il y a toujours une fic sur laquelle je travaille plus que sur les autres.

 

Bises à tous et bonne lecture.

 

Miyuki Lee

 

Samedi 30 mai 2009

Tentation
- Chapitre 1 : Différent -


Si des défauts tels que la maladresse et la procrastination vous rendent la vie difficile, mettez-vous dans la tête que le temps vous fera mûrir et que si vous le souhaitez, vous pourrez toujours corriger ces quelques lacunes avec de la volonté. Par contre, si vous avez la peau bien mâte dans un univers où tous ont la peau aussi pâle que neige et si vous vous appelez Torres dans ce même monde où tous s’appellent Yamada ou Takahashi, vous êtes mal barrés.


Et moi, j’étais mal barré. Oh, rien de bien extraordinaire en fait. Ma mère s’était tapé un Mexicain, un jour comme ça, sans raison particulière. Une envie de changement, je suppose. Elle était tombée enceinte et ne sachant pas exactement de qui elle était enceinte (Précision : elle était mariée depuis près de cinq ans et avait eu un bon nombre d’amants depuis), elle joua la bonne épouse et sa grossesse se déroula sans complication … C’est l’accouchement qui fut plus difficile. M’enfin, c’est vrai, quoi … Son mari, il n’était pas bête au point de penser qu’il avait mis au monde un enfant à la peau si mâte et il comprit immédiatement la supercherie. Le divorce ne se fit pas prier. Par la suite, ma mère retrouva le mexicain en question et l’épousa (encore aujourd’hui, je ne suis pas persuadé que ce mexicain-là soit mon véritable géniteur mais bon), nous donnant à elle et à moi le nom de Torres.


Malgré l’exquis mélange de cultures que j’étais, je fus plutôt traité comme un phénomène de foire au début. Non seulement parce que j’étais différent mais aussi parce que ma famille l’était. Le divorce était mal vu à l'époque et les jeunes, calqués sur le modèle de leurs parents si fermés d’esprit, ne se gênaient pas pour me faire comprendre que je n’étais pas des leurs. Mais peu importe, ça, c’était l’enfance. L’adolescence fut moins rude envers mes origines, même si cette sorte de discrimination ne s’était pas complètement dissipée du comportement de mes camarades. Et puis avec le temps, je m’étais moi-même assumé tel que j’étais, forçant les autres à faire de même. Mon passé n’était pas une longue suite de persécutions et de violences à en faire sortir les violons, juste l’histoire banale d’un gamin qui découvre que les regards des autres changent sur lui à mesure que son propre regard change sur lui-même.


M’enfin … la culture et le physique, c’était certes assez gênant (surtout que j’avais aucun moyen de passer inaperçu et que j’étais scruté par la population d’une manière … déroutante … comme si j’étais une espèce rare de guépard sous-marin ou de baleine des sables). Mais le pire, c’est que comme si je n’étais pas déjà assez marginal, j’avais aussi hérité de ce penchant troublant pour les garçons. D’accord, dans les mangas fleurs bleues que les filles adoraient, c’était tout à fait possible que deux garçons en viennent à s’aimer passionnément pour ensuite finir par révéler leur amour au grand jour sous les applaudissements de leurs amis et de leur famille. Dans la réalité, c’était simplement comme le fait d’arpenter les rues du centre-ville sans tomber toutes les cinq secondes sur un McDonald. Impossible. De toute façon, les homosexuels se cachaient tant et si bien qu’on ne les voyait jamais et que l’on n’en entendait jamais parler. Cinquante pourcent d’entre eux s’étaient suicidés à l’adolescence, quarante-neuf pourcent avaient refoulé ce côté de leur personne pour se marier et le un pourcent restant, c’étaient les gens comme moi qui le savait et qui ne savaient pas quoi en faire. L’homosexualité, c’était un tabou. Personne n’en parlait, personne n’osait aborder le sujet. Alors forcément, trouver quelqu’un de semblable à soi-même dans cette grande métropole, c’était chercher une aiguille dans une botte de foin.


Toujours est-il que je ne m’en souciais pas trop à ce moment-là. J’avais atteint mes vingt-trois ans la semaine dernière et mon seul souci était mes futures études littéraires. J’avais repassé près de quatre fois les examens d’entrée avant de les réussir. Ma rentrée scolaire dans la plus prestigieuse université de Tokyo était prévue pour le lendemain et je ne tenais plus en place. J’avais passé les trois dernières années à prendre des cours du soir et à collectionner les petits boulots dans les fast food puis dans les librairies. Aujourd’hui, je vivais toujours chez mes parents mais j’avais acquis l’argent nécessaire pour voler de mes propres ailes … pour quelques temps, du moins.

Ce soir-là, ma mère et le Mexicain (Je n’avais jamais pu me résoudre à l’appeler papa malgré le fait que nous étions très proches. Le truc, c’est que ma mère l’avait toujours appelé le Mexicain devant moi alors forcément, c’était resté) avaient préparé un repas très copieux et avaient décoré la salle à manger afin de fêter mon entrée à l’université. Les jumelles (mes deux sœurs, Miki et Isaki, âgées de onze ans) étaient venues me porter quelques cadeaux qu’elles avaient elles-mêmes confectionné (des porte-clés et des bracelets). Nous étions autour de la table en train de nous disputer les nombreux plats concoctés avec ce merveilleux talent de cuisine … que ma mère et le Mexicain ne possédaient pas.


« Dis, Nao, tu vas te marier bientôt ? » demanda Miki en sautillant sur sa chaise.


Le regard de ma mère s’illumina à cette seule remarque. La question devait la tarauder elle aussi depuis le temps. Quant à mes deux jeunes sœurs, elles étaient tout simplement très enthousiastes à l’idée d’assister à une telle cérémonie où nos parents se verraient dans l’obligation de leur acheter des tenues adéquates.


« Pas pour le moment, dis-je en souriant.


- Elle est mignonne la petite Telika, dit le Mexicain en m’adressant un sourire espiègle.


- Mais elle n’est pas pour moi, marmonnais-je, on est juste amis.


- Je l’ai vu dans son regard, dit ma mère, elle ferait une très bonne amante !


- T’es incorrigible, soufflais-je sans pouvoir m’empêcher de sourire, mais bon, je ne veux pas me marier. Pas ici en tout cas.


- Toujours ce projet de partir en Angleterre ? demande le Mexicain.


- Évidemment ! m’exclamais-je. Je suis pas comme vous, moi ça m’énerve qu’on nous regarde comme un troupeau d’extraterrestres quand on marche dans la rue. »


Faux. Je m’en foutais comme de la température au Nebraska. Mais les gens avaient une ouverture d’esprit là-bas qu’on ne retrouvait pas dans l’état où je me trouvais. J’avais même entendu dire qu’ils avaient légalisé le mariage entre deux personnes de même sexe. Quand mes amis rêvaient de liberté, ils parlaient de partir aux États-Unis. Et voulant sortir du lot (comme j’avais l’habitude de le faire en toutes circonstances), j’avais parlé de l’Angleterre. À la différence que moi, je ne faisais pas qu’en rêver, je le projetais.


« Tu vas épouser une Anglaise alors ? demanda Isaki.


- Bah … sûrement, répondis-je.


- C’est fou comme les filles ont l’air de t’attirer ! » ironisa le Mexicain en riant.


Je me contentais de sourire à cette remarque. Que pouvais-je faire de plus ? Leur mentir ? Je n’en avais même pas la capacité. Lorsque je mentais, toutes mes expressions faciales le disaient. Ma famille me connaissait trop bien pour que je tente un quelconque mensonge.


Voyant que je ne répondais pas, le Mexicain et ma mère se regardèrent un long moment sans parler, comme s’ils communiquaient par ce seul contact. Leur regard était sévère et je fus pris de sueurs froides. Avaient-ils deviné ? S’apprêtaient-ils à me poser LA question à laquelle je ne pourrais mentir et qui me conduirait à la perte de ma famille qui payait justement mes études ? Au bout d’un moment, ils brisèrent tout de même le silence qui s’était installé.


« Je n’ai pas été clair, soupira le Mexicain.


- C’était quand même assez voyant comme perche. » marmonna ma mère.


Ils prirent une grande inspiration et se tournèrent à nouveau vers moi.


« Naoaki, aimes-tu les hommes ? demanda ma mère d’un ton calme.


- Bah … comme tout le monde, répondis-je de manière évasive.


- Mais sentimentalement … et surtout sexuellement, aimes-tu les hommes ? me
demanda le Mexicain.


- Euh … bah … j’ai jamais essayé, marmonnais-je.


- Es-tu homosexuel ? questionna ma mère.


- … Je ne m’abaisserai pas à répondre à une telle question, répondis-je en détournant le regard.


- Alors ça ne te dérange pas si on arrange un miaï (rencontre en vue d'un mariage)entre toi et Telika ? demanda le Mexicain


- … Hum oui … mais … c’est parce que je vais en Angleterre après et … Telika … ne parle pas anglais … et elle aime le Japon alors …


- Et si on te payait une prostituée pour ton entrée à l’université ? dit ma mère d’un ton enjoué. Après tout, à ton âge, on devrait connaître ce genre de plaisir !


- Maman ! m’exclamais-je, outré.


- Je suis tout à fait d’accord avec l’idée de ta mère ! dit le Mexicain en souriant.


- Papa, c’est quoi une prostituée ? demanda Isaki.


- Ok, c’est bon, vous avez gagné, soupirais-je, je suis gay. »

Le Mexicain et ma mère se lancèrent un regard victorieux puis élevèrent leur main pour la frapper l’une dans l’autre. Miki soupira puis donna la pièce qu’elle avait dans la main à sa sœur, comme elles faisaient lorsqu’elles pariaient sur quelque chose. Je les regardais, interloqué.


« Et le sermon ? Le reniement ? Le dégoût ? Les larmes ? Les crises de colère ? demandais-je.


- Mais chéri, c’est très bien que tu sois ainsi ! me rassura ma mère. En plus, tu sais ce qu’on dit ! Les homosexuels ont plus de plaisir sexuel que les hétéros car étant du même sexe, ils savent comment faire ...


- Pitié maman, la coupais-je en me prenant la tête entre les mains, pas devant les petites !


- Ça veut dire que tu as déjà couché avec des femmes ? demanda le Mexicain à ma mère.


- NON ! STOP ! m’écriais-je. Ne réponds même pas à cette question ! Je ne veux pas savoir !


- Oh, voyons Nao. Tu sais que notre famille est très ouverte d’esprit sur le plan sexuel. D’ailleurs, as-tu déjà eu des expériences sexuelles avec des hommes ?


- Non maman, soupirais-je.


- Même pas avec le petit Kiyoshi quand tu avais quinze ans ?! s’exclama le Mexicain.


- Bien sûr que non ! répondis-je.


- Vous dormiez dans le même lit et vous avez rien fait ?! s’exclama Isaki.


- Hey, t’as onze ans ! répliquais-je. À ton âge, on ne devrait pas penser à ça ! Et je te rappelle que tu dors dans le même lit que ton amie Rina quand elle vient à la maison, ce n’est pas pour autant que vous faites des cochonneries !

- Moi je suis pas homosexuelle et j’ai pas encore de désir sexuel ! répliqua-t-elle en me tirant la langue.


- Vous vous rendez compte de ce que vous apprenez à vos gamines ? soupirais-je en lançant un regard désapprobateur à mes parents.


- Nous ne devons pas leur mentir, répondit le Mexicain, elles doivent savoir que les bébés ne poussent pas dans les choux et qu’ils ne sont pas apportés par la cigogne. Le sexe n’est pas un sujet tabou dans notre famille. »

Les gamines hochèrent la tête avec le sourire. J’étais vraiment venu au monde dans une famille de marginaux. Si un Japonais normal était venu manger chez nous un soir, il en serait sorti complètement sidéré et aurait sûrement prévenu l’asile le plus proche pour nous faire tous enfermer. Mais bon, pour être complètement franc envers moi-même, il me fallait avouer que j’aimais ma famille comme elle était. Je l’adorais même. Mes parents étaient complètement délurés, pas très matures et jamais dans les normes. Quant à mes jeunes sœurs, elles en étaient des copies miniatures. Mais ils étaient ouverts d’esprits à un point que j’avais sous-estimé avant ce soir. Ça me faisait les aimer davantage, je dois dire …


« Mais pourquoi tu l’as pas dit plus tôt que t’étais homo ? demanda Isaki.


- Les parents n’arrêtaient pas de te tendre des perches ! soupira Miki. On s’en doutait depuis longtemps, on voulait juste que tu l’avoues ! T’étais trop bête pour comprendre ?


- Bah … peut-être bien, soupirais-je, j’ai pas pensé qu’ils accepteraient ça …


- PARDON ?! s’écria ma mère. Ne t’avons-nous pas élevé dans la tolérance et l’ouverture d’esprit ? Un monde sans tabou ?!


- Oui mais vous avez jamais parlé d’homosexualité, le Mexicain et toi.


- Si, si, répondit le Mexicain, je t’ai parlé de ton oncle Antonio qui vivait avec un homme.


- Bah ouais … mais quand t’as dit qu’il vivait avec un homme, j’ai pas pensé qu’il était homo, moi … »


Ma famille soupira en cœur, affligée devant ma stupidité.


« Vous auriez pu faire mieux quand même. Du genre dire que vous étiez pas
homophobes et que vous compreniez pas les gens qui l’étaient. Un truc comme ça …


- Et puis quoi encore ? Afficher le drapeau gay dans le salon ? Oh, Dios mio ! Qui m’a donné un fils aussi con ? soupira le Mexicain.


- Tu épouseras un bel Anglais pour moi ! roucoula ma mère. Pas un Japonais ! Ils font de mauvais maris !


- Et c’est pour quand le mariage ? demanda Miki.


- C’est pas encore d’actualité, répondis-je.


- Pas de petit ami ? demanda ma mère.


- Non … jamais.


- Pff, soupira le Mexicain, qu’as-tu fais de ta jeunesse ?


- Bah essayez de trouver un homo ici, vous ! S’ils le sont, ils le crient pas sur tous les toits quand même !


- Tu pouvais toujours les convertir, soupira ma mère, tu es trop beau pour rester seul, Nao. »


Je lui adressais un sourire plein de tendresse. C’était fou comme mon appréhension de leur réaction avait été démesurée. Je m’étais fait des scénarios abominables dans ma tête. Voilà pourquoi j’avais projeté leur annoncer ce fait après m’être installé en Angleterre, quand je serai trop loin pour subir leurs reproches et leur déception.


- Gracias, murmurais-je.


- Inutile de me remercier pour ça ! s’exclama ma mère. C’est la pure vérité.


- Non, pas pour ça. C’est juste que je pensais pas pouvoir vous l’avouer un jour. Je suis content de votre réaction à tous …


- C’est rien, Nao ! dit le Mexicain en se levant de table. Bon Buenas Noches à tous. Je vais me coucher !


- Il est que dix-neuf heures ! s’exclamèrent les petites d’une même voix.


- Oui mais votre maman et moi, on a passé la nuit passée à faire l’amour hier et je suis épuisé, répondit-il en s’éloignant vers sa chambre.


- Sympa de partager ! soupirais-je.


Ma mère et mes deux sœurs se contentèrent de sourire à ma remarque.

Par Miyuki Lee - Publié dans : Tentation
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Samedi 30 mai 2009

Dark Waltz

- Chapitre 1 : Rancœur -

« Joyeux anniversaire, Math. »

Le ton était mi-hésitant, mi-chaleureux. Une sorte d’affection un peu camouflée par le manque d’enthousiasme qu’elle suscitait. Ma mère se pencha à mes côtés pour poser ses lèvres sur ma joue en un baiser prompt. Elle déposa par la suite un gâteau à l’arôme de chocolat particulièrement alléchant devant mes yeux. À mes côtés, Tiffany m’esquissait un sourire de compassion. Elle savait que la situation me rendait mal à l’aise et que ce simple dîner d’anniversaire menaçait de se changer en une dispute générale d’un moment à l’autre. L’ambiance était tendue de la rancœur palpable que j’éprouvais pour ma mère et de l’embarras manifeste que ressentait celle-ci. D’un côté, je m’en voulais de faire subir une telle situation à Tiffany et d’un autre côté, je savais que sans sa présence apaisante, le tout aurait depuis longtemps dégénéré. Ma mère alluma les seize bougies semées sur mon gâteau puis je les soufflais sous les applaudissements de Tiffany. Par la suite, je découpais trois parts du gâteau et les servis à mes invitées.

« C’est très bon, madame Estbury. » dit Tiffany en affichant un sourire timide.

Ma mère, ravie de l’amabilité qu’on lui accordait pour la première fois ce soir, tenta de sympathiser davantage avec Tiffany.

« Contente que ça te plaise, répondit-elle en lui rendant un sourire similaire. Mathéo et toi vous connaissez depuis longtemps ?

- Environ trois ans. » dit-elle en me lançant un regard complice.

Tiffany parlait toujours de manière volubile. Elle aimait parler plus que quiconque dans mon entourage, elle aimait étaler son quotidien et ses souvenirs, elle aimait conter. Néanmoins, cette faculté l’empêchait parfois de réfléchir simultanément. Animée par le sujet, là voilà qui continuait sur sa lancée sans songer aux conséquences qu’elle pourrait engendrer.

« Au début, on ne s’entendait pas très bien puis on s’est retrouvés au camp ensemble. Ça nous a beaucoup rapprochés. Aujourd’hui, notre lien est presque fusionnel. Je considère Mathéo comme un frère. »

Elle qui avait espéré me toucher d’un tel discours, elle n’avait pas remarqué l’expression qui s’était installée sur mon visage ainsi que sur celui de ma mère lorsqu’elle avait prononcé le mot camp. Ma mère s’était contentée d’hocher la tête en détournant le regard, ce même regard qui portait tous les regrets du monde. Elle ressemblait à un enfant ayant commis une bêtise et attendant sa sentence. Malgré le ressentiment ardent que je ressentais, je restais calme en apparence. Je ne devais pas m’énerver contre ma mère, pas aujourd’hui.

« Donc vous aussi, vous êtes … dit ma mère sans oser terminer sa phrase.

- Oui, homosexuelle, compléta Tiffany »

Une fois de plus, ma mère hocha la tête, détourna le regard de peur de s’aventurer sur un sujet sensible de déclencher une énième dispute entre elle et moi. Chaque fois que nous devions passer du temps ensemble, nous avions le sentiment de marcher sur un terrain miné, un seul mot de travers était susceptible de provoquer une explosion. Je mangeais mon gâteau sans oser lever les yeux vers qui que ce soit.  

Le silence nous enroba, contribuant à la croissance du malaise qui infectait l’ambiance générale. Je sentais la main de mon amie s’agripper à la mienne sous la table. Elle tentait de m’apaiser du mieux qu’elle le pouvait malgré le fait qu’elle savait que rien ne m’irritait plus que la présence de ma mère. Je voulais partir. Me lever et partir. Rester loin de ma mère à jamais. Rien n’était plus difficile que d’haïr quelqu’un pour qui l’on avait un attachement aussi profond. Rien n’était plus difficile que d’être incapable de pardonner à sa propre mère. J’avais l’intime conviction que plus les années passaient, plus la rancœur que j’éprouvais à son égard me taraudait, creusait son chemin jusqu’à mon cœur dans le but de s’y ancrer définitivement. Je la haïssais, ce qu’elle avait fait me paraissait impardonnable. En même temps, je ne pouvais nier que je l’aimais. Et ce sentiment mitigé m’anéantissait. En ce moment même et chaque fois que je devais être près d’elle.

La soirée se déroula tout de même sans embûche, sans accrochage. Nous évitions avec justesse les mots qui auraient pu engendrer une quelconque dispute et accumulions les banalités. Ma mère me remit un présent de sa part, de celle de mon père et de mon frère. Il s’agissait d’une enveloppe contenant quelques billets. Je n’eus pas l’envie de les compter tant ce cadeau si impersonnel me déplaisait. Je mis le tout dans mon portefeuilles et présentais des remerciements plats à ma mère. Celle-ci remonta chez elle après m’avoir serré dans ses bras, espérant une longue étreinte que j’écourtais à son plus grand malheur.

 

Notre entente ne s’était jamais vraiment rétablie. J’avais pris beaucoup de recul par rapport à ma famille depuis que j’avais déménagé dans le sous-sol de notre demeure. Je ne mettais plus vraiment les pieds à l’étage puisque le sous-sol en question avait fait office d’appartement à plusieurs reprises pour les nombreuses femmes de ménage que mes parents avaient employées. De plus, après les nombreux incidents de mes treize ans, mes relations avec ma mère, mon père et mon frère s’étaient grandement dégradées au point que nous agissions comme de formidables étrangers l’un envers l’autre. L’été de mes treize ans, mes parents m’avaient envoyé dans un camp de réorientation sexuelle. Mon homosexualité les avait troublé plus qu’elle m’avait troublée alors. Ils ne pouvaient envisager mon avenir et le leur avec un tel ‘’handicap’’ comme ils l’avaient appelé eux-mêmes. Mais voilà, ce camp n’avait fait que redoubler mon angoisse face à mon propre avenir et avait retardé ce cheminement presque terminé jusqu’à mon acceptation. Je leur en voulais d’avoir commis une telle erreur. Je leur en voulais encore maintenant de tout mon cœur, plus encore qu’il n’était possible de l’imaginer. Ils m’avaient présenté de plates excuses après quoi, l’histoire avait été enterrée. Enfin … ils l’avaient enterrée, je n’avais pu m’y résoudre. Je m’étais éloigné d’eux de toutes les manières possibles, à commencer par l’endroit où je vivais. Lorsque mon père m’avait proposé d’emménager au sous-sol (sa manière de s’excuser, je crois), j’avais accepté sur le champ, sans me poser de question. Les premiers temps, je m’étais contenté d’y dormir et passais tout de même le plus clair de mon temps à l’étage, mais plus les mois passaient, moins je me sentais à ma place au sein de cette famille. Je m’étais donc exclu peu à peu, trouvant un boulot d’étudiant me permettant de payer ma propre nourriture et le mobilier nécessaire à un individu vivant seul en appartement. J’étais devenu indépendant et ma famille ne s’y était opposé d’aucune manière.

Tiffany devait dormir chez moi ce soir. Elle le faisait bien souvent d’ailleurs. Elle était ma plus tendre amie. Nous partagions un lien que peu de gens possédaient, une amitié bien plus forte qu’une quelconque fraternité. S’il y avait bien eu un avantage à mon séjour au camp de réorientation, cela avait été sa rencontre. Bien sûr, je l’avais connu auparavant mais d’une manière différente. Elle avait été la préadolescente amoureuse de moi qui me suivais comme une véritable sangsue puis le coup de cœur d’un bon ami. Puis je l’avais connu sous son vrai jour : une jeune fille magnifique, attentive, douce et troublée par son attirance grandissante pour la gente féminine. Son acceptation avait tout de même été moins longue que la mienne. Elle s’assumait et s’affirmait. Depuis près d’un an, elle était en couple avec Claudia : une sud-américaine de deux ans son aînée qui travaillait dans la soudure. Elles formaient un beau couple, solide et complice. Moi qui ne cessais de projeter ma seule véritable relation amoureuse sur toutes celles que j’entretenais à présent, je n’avançais pas et enviais leur bonheur. Je pense que jamais je n’avais pu passer par-dessus Devon qui avait été, disons-le franchement, l’amour le plus marquant de mon existence et pas seulement car il avait été le premier. J’étais toujours amoureux et je ne pouvais le nier. Nous communiquions toujours par le biais de courriels mais notre complicité et notre amour s’étaient estompés de manière considérable. Peut-être à cause de ma jalousie grandissante. Il avait aussi eu quelques relations amoureuses depuis notre séparation mais plus sérieuses et durables. D’une certaine manière, je lui en voulais d’avoir pu se remettre de cette relation aussi facilement après tout ce que nous avions traversé ensemble. De ces faits, je m’éloignais, échangeais quelques banalités avec lui sans faire de confidences. Je le perdais au fil du temps et j’en étais conscient. Néanmoins, nous vivions à des kilomètres l’un de l’autre et n’avions plus rien en commun. 

Ce soir-là avait eu quelques inconvénients tels que le dîner avec ma mère mais il me marqua pour d’autres raisons plus importantes. Je préparais le canapé pour que Tiffany y passe la nuit lorsque celle-ci sortit de la salle de bain accoutrée d’une robe noire très près du corps qui mettait en valeur sa silhouette svelte. Elle était maquillée et perchée sur ses talons hauts, magnifique. Je lui lançais un regard interrogateur.

« Tu sors ? demandais-je en fronçant les sourcils.

- On sort, rectifia-t-elle avec un sourire malicieux.

- Ah bon ?

- C’est ton anniversaire, Math et cette journée était merdique. Ce soir, je t’emmène dans un de mes endroits préférés.

- Pas un resto j’espère ? Je pourrais plus rien avaler là …

- Mais non, pas un resto ! Allez, tu vas voir ! Vas te mettre sur ton 31, Claudia vient nous chercher dans dix minutes, dès qu’elle termine de travailler.

- Déjà ?! m’exclamais-je, peu enclin à sortir à une heure aussi tardive.

- Oui ! Allez, dépêche-toi ! Mets ton t-shirt noir avec un jeans noir … et ahem … une chemise blanche par-dessus … et tes Converses ! Ça te fera un look décontracté et classe à la fois.

- Oui maman …

- J’espère que tu me portes plus dans ton cœur que ta véritable mère, dit-elle d’un ton taquin.

- Mouais. » marmonnais-je tout en me rendant dans ma chambre pour changer mes vêtements.

Tiffany avait une énergie constante et ne semblais jamais vouloir succomber au sommeil à moins d’y être contrainte par son horaire (les jours où elle devait aller au collège le lendemain, par exemple). Elle aimait sortir, rencontrer des gens et connaissait tous les coins branchés que notre banlieue possédait (j’avais d’ailleurs été persuadé qu’il n’y en avait pas tant notre coin était paumé). Néanmoins, je n’avais pas ce point en commun avec elle. J’étais quelqu’un de relativement solitaire et je préférais rester dans mon coin de temps à autre. Moi qui avais prévu une soirée tranquille devant un DVD, j’étais légèrement déconcerté, mais pas suffisamment pour lui refuser cette sortie qui semblait l’emballer plus que moi (à noter que ce devait être pour me faire plaisir avant tout). Le temps de m’habiller et de m’asperger d’un peu de parfum, je rejoignis mon amie devant la porte d’entrée où elle attendait patiemment sa dulcinée. Celle-ci ne tarda pas et en moins de deux, Tiffany m’entraînait à l’extérieur, me laissant à peine le temps de fermer à clé pour que nous montions dans le véhicule noir de Claudia. Nous roulions sur les paysages d’été que je connaissais par cœur pour les avoir parcouru un milliers de fois avec elles. Les fenêtres étaient ouvertes et emplissais mes narines de l’odeur de l’extérieur, mélange de chaleur et de nature. La route était tranquille, paisible. Il aurait été aisé de m’endormir mais bien vite, nous gagnâmes les rues animées du quartier gay de notre ville. Il semblait que ce coin ne connaissait pas la nuit. Tout était sans cesse en mouvement, allumé de couleurs vives et de gens à la bonne humeur constante. On parlait et riait fort, on s’embrassait et on s’aimait à tous les coins. Vu de là, la vie dans la peau d’un individu homosexuel semblait fabuleuse, plus agréable que toute autre. J’aimais me promener dans ce quartier. J’aimais la plénitude qui animait tous les gens qui se trouvaient en ces lieux. J’aimais admirer la beauté de cet amour qui ne faisait pas office de tabou dans ce monde. Claudia gara sa voiture puis nous sortîmes arpenter les rues du quartier. Mes deux amies ne manquaient aucune occasion pour s’embrasser goulûment, pour s’étreindre et se glisser des mots doux. Elles paraissaient libres, elles étaient belles l’une avec l’autre. Je ne me sentais pas exclu malgré leur proximité amoureuse. Je me sentais presque privilège de pouvoir épier si librement leur intimité. Finalement, je ne regrettais pas de les avoir suivies. Je me sentais bien ce soir-là et j’étais empli d’un sentiment étrange, comme si j’étais à ma place.

 

Nous nous rendîmes jusqu’à un bâtiment moins coloré ou nous dûmes monter quelques escalier pour accéder à l’endroit tant prisé par Tiffany. Celle-ci paya les frais d’entrée et nous arrivâmes dans un lounge au décor très glamour. La lumière était tamisée, le plancher en céramique d’un noir corbeau et les murs d’une teinte similaire. Seul le mobilier coloré de blanc et de rouge contrastait étrangement bien avec le tout. Il y avait un bar, une scène et beaucoup de gens installés aux différentes tables ou aux canapés. Un serveur nous installa sur un canapé blanc fort confortable et nous apporta des menus. Tiffany, satisfaite par mon expression faciale plutôt enthousiaste, m’adressa un large sourire :

« Tu ne regrettes pas d’être venu, hein ? s’exclama t’elle

- Pas du tout, lui avouais-je, c’est génial, Tiffa.

- C’est la deuxième fois qu’on vient ici, dit Claudia en détaillant l’endroit des yeux. Tu vas voir, il y a des danseurs fascinants ici.

- Des danseurs ? demandais-je, intrigué.

- Pas de strip-tease, marmonna Tiffany.

- C’est bon, je sais … Je veux seulement savoir quel genre de danse ils présentent …

- Un peu de tout, avoua Claudia, ça va de la danse sociale au hip hop.

- Tiens, justement, s’exclama Tiffany, je suis persuadée que tu n’as jamais vu deux danseuses de salsa comme elles ! »

Je tournais mon visage vers la scène où deux femmes, l’une habillée d’une courte robe rouge et l’autre d’un costard, entamaient une salsa sur une musique latine particulièrement rythmée. Elles étaient en effet fascinantes. Le fait de voir deux personnes de même sexe faire de la danse sociale était certes étonnant mais ce n’était pas ce qui faisait le charme de ce numéro. Elles avaient une grâce et une précision ahurissantes. J’avais dû mal à décoller mes yeux de la scène et une fois leur danse terminée, je me rendis compte qu’elles avaient plongé la salle dans une ambiance torride.

« On pourrait danser comme elles ? demanda Tiffany à sa compagne.

- Désolée mon amour, on n’est pas assez souples pour ça …

- On pourrait prendre des cours !

- Manque de temps … et d’argent, répondit Claudia en affichant un air contrit.

- Bon, pas grave, on se contentera de notre danse à l’horizontal !

- Épargnez-moi cette image, dis-je en riant malgré moi.  

- Désolée d’affliger ton pauvre petit esprit d’homosexuel. » ironisa Tiffany.

Mais je ne pus répondre quoi que ce soit bien que mon esprit soit gorgé de répliques cinglantes que je partageais chaque jour avec ma tendre amie. Je ne le pus car mon esprit fut complètement captivé par le nouvel individu qui s’était approprié la scène. Je n’y avais pas trop prêté attention au commencement mais maintenant qu’une lumière crue découpait sa silhouette finement sculptée à travers l’obscurité de la scène, mes yeux étaient détenus par sa beauté. Il effectuait une danse contemporaine sur une musique lente, émouvante. Son corps se pliait, s’allongeait, se courbait. Il était souple, sublime. Sa peau était basanée de ce teint propre aux gens de l’Inde. Il avait des yeux d’un noir envoûtant et les cheveux de même couleur qu’il portait relativement courts. J’étais fasciné et un désir ardent comparable à la chaleur du désert s’était emparé de mon corps. Je brûlais d’envie comme cela m’était rarement arrivé auparavant. J’avais le souffle coupé, les mains moites. Je le voulais.

Tiffany et Claudia devaient s’amuser de mon envoûtement mais je n’y prêtais pas attention, je me délectais de ce numéro jusqu’à la disparition de son artiste qui m’apparut presque comme un supplice. Je tentais vainement de me rafraîchir les idées.

« Deux limonades et un verre d’eau triple glaçons pour mon ami, il en a grand besoin, dit Tiffany au serveur qui s’était arrêté à notre table et que je n’avais pas remarqué.

- Je me suis laissé emporter, m’excusai-je d’un ton distant.

- La tension sexuelle était palpable, souffla Claudia.

- ‘Faudrait être deux pour qu’il y ait une tension sexuelle, murmurais-je.

- Il t’a regardé à quelques reprises, dit Tiffany, quand il n’était pas en train d’effectuer ses pirouettes. Tu devrais aller le voir.

- Où ?! demandai-je.

- Bah à la table là-bas. Il s’y est installé il y a quelques secondes mais t’avais encore les yeux bloqués sur scène. » se moqua Claudia.

Sans plus attendre, je me levais de ma place pour gagner la sienne. J’avais rarement fait preuve d’autant d’audace. Ce n’était tout simplement pas mon style de draguer les autres. Je me laissais aborder la plupart du temps. Mais cette fois-ci, j’avais l’impression que le désir ardent que je ressentais agissait à ma place. Je me plaçais devant le danseur et plantais mes yeux dans les siens.

« Tu permets ? » dis-je en empoignant doucement le dossier de la chaise qui était face à la sienne.

Il hocha la tête d’un mouvement déconcerté et détailla rapidement mon visage qu’il avait sans doute mal vu de la scène où il avait brillamment dansé (si seulement il m’avait regardé). Je m’assis et lui adressais un bref sourire, un peu crispé. Je gardais mes mains croisées l’une dans l’autre de peur qu’il aperçoive les tremblements de celles-ci.

« Je m’appelle Mathéo Estbury, lui dis-je à voix basse afin qu’il approche son visage pour m’entendre, ce qu’il fît.

- Eddie Malik, répondit-il d’une voix un peu hésitante.

- Diminutif d’Edward ? demandais-je.

- Oui mais ça ne va qu’aux vampires, répondit-il en riant brièvement.

- Ce prénom te va à ravir, murmurais-je, incertain de ma technique de drague. »

Le regard sombre d’Edward se planta dans le mien, captivant et intimidant à la fois. J’avais à la fois l’envie de fuir ce regard et l’envie de m’y noyer. C’était étrange comme sensation, mais grisant.

« Tu n’es pas habitué, hein ? me dit-il sur le ton d’une affirmation.

- Habitué à quoi ? demandais-je, un peu déconcerté.

- À aborder un mec et à la draguer … À mon avis, tu as pigé tes techniques dans la dernière production hollywoodienne à la sauce hétéro. »

Ma fierté en ayant pris un sacré coup, je m’apprêtais à me lever et à réintégrer le canapé où mes deux amies étaient installées mais la main du danseur se plaqua sur les miennes, m’imposant d’un geste peu autoritaire de rester à ma place.

« Je ne voulais pas te vexer, s’excusa-t-il en affichant un air contrit. Pour être franc, je trouve cela attendrissant.

- …

- Ne sois pas intimidé maintenant, tu avais tout de même une belle assurance.

- J’ai l’impression de m’être pris un râteau monumental, marmonnais-je.

- Ce n’est pas le cas. Recommence si tu veux.

- D’accord, soufflais-je avec plus de détermination. Je m’appelle Mathéo Estbury.

- Eddie Malik.

- Diminutif d’Edward ?

- Oui mais ça ne va qu’aux vampires, répondit-il en riant à nouveau mais plutôt à cause de la répétition de la scène.  

- C’est franchement moche comme prénom. »

Edward éclata de rire devant le peu de conviction affiché dans mes paroles. Je devais être mauvais acteur. Cependant, cela avait l’avantage de l’amuser, ce qui n’était pas pour me déplaire. J’avais l’impression d’avancer un peu dans ma séduction, avec un rôle de maladroit touchant.

« Tu ne le penses pas, hein ? dit-il en riant encore malgré lui.

- Pas vraiment … J’adore ce prénom et non, je ne suis pas influencé par ce foutu phénomène Twilight. Tu portes mieux ce prénom que le vampire aux cheveux gras.

- C’est plus flatteur que ta technique de drague précédente. Montre-toi tel que tu es vraiment, ça fait toute la différence.

- Je n’ai jamais prétendu être un expert … Je drague pas en général.

- Et qu’est-ce qui fait que ce soir tu te déroges à cette règle ?

- Je ne sais pas trop, mentis-je habilement, une envie de me dépasser et une certaine envie de te connaître.

- Tu ne m’as jamais vu avant ? me demanda-t-il comme si le contraire aurait été évident.

- Non … c’est impossible, je me serais rappelé de toi. »

Il me fixa un long moment comme pour peser la sincérité de mes dires puis sans que je ne m’y attende, sa main sa faufila sur ma cuisse, la caressa lentement sans que son regard ne me quitte. Il était rapide, c’était le moins qu’on puisse dire mais je ne m’en plaignais pas. Seul le désir m’avait mené à cette table et c’est encore celui-ci qui propageait en moi une si grande chaleur. Je retenais mon souffle puis tentais de ne pas avoir l’air déconcerté par un tel mouvement.

« C’est le stade deux, me murmura Edward, c’est le moment où je te confirme que je ressens pour toi la même attirance et où je te demande me parler de toi.

- De … de moi ? dis-je en bégayant malgré moi.

- Oui, de toi.

- J’ai tout juste seize ans … je suis calé en mathématiques … je suis vraiment nul côté social … j’ai pas énormément d’expérience … Je m’assume complètement en tant qu’homo … ma meilleure amie est lesbienne … et j’adore te voir danser.

- Moi j’ai dix-sept ans, je suis calé en langues étrangères, j’ai un certain talent avec le côté social, je veux étudier la psycho plus tard. Je ne m’assume pas vraiment en tant qu’homo, à part quand je suis dans ce quartier. J’aime la danse avant tout … et j’ai très envie de toi. »

Son désir devait être aussi ardent que le mien vu la lueur qui brûlait ses yeux. La cadence et la pression de sa main sur ma cuisse se firent plus fortes. J’avais envie d’agir, de faire de même, mais je n’y arrivais pas. Quelque chose me bloquait, me nouait la gorge et me paralysait. C’était indicible. J’attendis qu’il me guide, qu’il s’empare de ma main et qu’il m’entraîne. Je ne sais trop où d’ailleurs. Mon cœur battait à la chamade et mon sang semblait bouillir dans mes veines. Je pense qu’on se retrouva dans sa loge. Une fois la porte fermée derrière nous, nous laissâmes libre cours à notre désir réciproque. Je m’emparais avec avidité de ses lèvres et serrait son corps au mien. Il nous fit basculer sur le canapé et on se déshabilla avec ardeur, dépensant jusqu’à la plus petite once d’énergie contenue dans nos corps pour se faire l’amour. Ce fût l’un des ébats les plus brûlants et les plus éreintants que je connus …

Par Miyuki Lee - Publié dans : Dark Waltz
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