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Bienvenue


Bienvenue dans mon p'tit univers,

Je n'ai pas la prétention de dire que mes écrits sont réalistes, j'écris pour faire rêver et pour sortir de mon quotidien. Mon seul but est d'amener le lecteur faire un p'tit tout dans mon imaginaire très très gay.. 


Mes histoires :

 

May Angels Lead You In : 13 ans, une relation ambiguë avec le fils de l'employée de maison, une homosexualité refoulée, une famille chiante et une sensibilité de fille ... Mais que dire ? Ma vie n'est
pas conventionnelle et ne le sera probablement jamais, autant me faire à l'idée [Terminé]

Dark Waltz : 16 ans, une famille fantôme, un ex petit ami qui ne s'est pas résolu à sortir de mon coeur, une meilleure amie lesbienne et une relation d'amour/haine avec un danseur à la sensualité débordante . Aux dernières nouvelles, ma vie n'est toujours pas conventionnelle. [Prologue en cours d'écriture] [Suite de May Angels Lead You In]

Cap ou pas cap ? : Guillaume est un chirurgien réputé dont personne ne connait les faiblesses. Marié depuis longtemps avec Amandine, il ne peut la quitter maintenant qu'elle se déplace en fauteuil roulant. Mais quand Djamel vient briser sa carapace, tout change ... [2ième chapitre en ligne]

Tentation : Naoaki Torres, métis dans une société complètement nippone et issu d'une famille d'obsédés sexuels, s'amourache de Haru Sekisawa, père célibataire de dix-huit ans; arrogant et taciturne. Comme s'il n'était pas déjà assez en marge de la société ... [1er chapitre en ligne]


Projets / En cours d'écriture :


Légende Urbaine  : Lui ? Le Roméo de ces dames, le tombeur (malgré lui) par excellence. Un simple pari avec des amis chamboule son quotidien. Il doit faire craquer Isaiah, le grand taciturne que les rumeurs disent homosexuel. Mais Roméo se prend les pieds dans son propre piège et la situation tourne d’une drôle de manière … [1er chapitre écrit]


Au-delà Des Montagnes : Le village de Kahan recueille un jeune garçon dont on confie l’éducation à Yohan, combattant prometteur de sa génération. Le plus jeune s’amourache de son aîné pour qui il voue une admiration sans bornes mais bientôt, l’élève dépasse le maître et la séparation est imminente … [2ième chapitre en cours d'écriture]


Fics en arrêt :

Forbidden Love : Le plan d’un élève, Faye Lind, qui tente d’avoir des relations sexuelles avec son professeur de français, Derek Eyston, afin de pouvoir l’accuser de viol et de détournement de mineur pour toucher l’argent du procès. [1er chapitre disponible]

Atteindre une étoile : Alexis est susceptible, colérique et taciturne. Benjamin est enjoué, souriant et créatif. Malgré leurs différences, ils forment un couple depuis plus de deux ans. Lorsque le talent d’acteur de Benjamin est repéré et qu’il est admis dans une école de théâtre à l’autre bout du pays, Alexis comprend qu’il sera dur de garder son petit ami... [1er chapitre disponible

 

 

Les mises à jour seront faites ... au gré de mes humeurs XD
Plus sérieusement, je vais essayer de pas accumuler les retards quand même mais il y a toujours une fic sur laquelle je travaille plus que sur les autres.

 

Bises à tous et bonne lecture.

 

Miyuki Lee

 

Lundi 29 décembre 2008

Et voilà, terminé ... Dernière ligne droite avant la fin de ma fic.
J'ai commencé à écrire à 22h et ... Wow, il est 6h48
XD
D'accord, je faisais des miliers de trucs en même temps et ça aurait pas pris autant de temps si j'avais pas hésité autant sur le fin.
D'ailleurs, ne vous étonnez pas de voir un petit changement dans le prologue. J'ai décidé de l'intégrer à mon épilogue (compliqué comme concept, je vous l'accorde).
Parce qu'au début, je voulais étendre la relation de Devon et Mathéo sur cinq ans ... mais je me suis dit que ça serait chiant pour le lecteur de devoir les endurer dans leur relation ''je t'aime, moi non plus'' aussi longtemps. Il faut que Mathéo avance de son bord, sans Devon. Alors oui, il y aura une suite que je travaille déjà un peu ... mais Devon sera beaucoup moins présent, sans complètement disparaître tout de même.
Bon, assez de blablabla, je vous laisse profiter de mon dernier chapitre et de mon épilogue.

Bisous à tous et bonne lecutre -x0x-

Cette nuit-là, je ne dormis pas et la présence de Devon n’y changea rien. En moi, quelque chose s’était brisé et je ne saurais expliquer exactement ce que c’était … Je n’arrivais pas à serrer Devon contre moi, comme j’en avais l’habitude. Étrangement, sa présence me dérangeait, comme s’il n’avait déjà plus sa place auprès de moi. Il ne fallait pas oublier que j’avais tout juste treize ans et que l’avis de mes parents m’influençait encore énormément. Je les aimais … et eux n’aimaient pas cette partie de moi qui aimait Devon. J’avais toujours été un enfant facile et depuis tout ce qui s’était passé durant le temps des fêtes, tout avait changé entre mes parents et moi. Tout. Ils avaient perçu un côté de moi qu’ils ne connaissaient pas et qui les effrayaient. Je savais ce qu’ils ressentaient … Un mélange de peur et de dégout. Et c’était tellement palpable pour moi que ça en devenait insupportable. Ils m’avaient aimé, élevé, nourri … C’était un peu comme s’ils avaient un droit sur moi, dans ma tête du moins. Et je ne pouvais me résoudre à assumer le fait qu’ils allaient se détacher de moi. Ils allaient être là tout au long de mon existence, comme les remparts solides de mon existence auxquels j’allais pouvoir m’accrocher. Si ma vie avait été un livre, ils en auraient occupé la plupart des pages. Devon n’était qu’un chapitre sur le point de s’achever.

J’avais un don inné pour agir sur des coups de tête, pour prendre des décisions idiotes qui avaient des répercussions abominables sur le reste de ma vie. Cette fois-ci n’échappa pas à la règle. Ce soir-là, mes émotions eurent le dessus sur moi et la honte que j’avais de moi-même m’enveloppait tant et tellement que je tentais de la repousser … en d’autres mots, de repousser ce qui provoquait en moi ce dégoût que j’avais de ma personne … de repousser Devon.

J’avais posé ma main sur l’épaule de Devon, sur sa peau toujours chaude, cette peau que je connaissais par cœur pour l’avoir parcourue des nuits entières. Il s’était retourné vers moi, m’enrobant de son regard tendre et de son demi-sourire sur lequel je lisais toujours un certain désir. Il devait s’attendre à ce que j’oublie ma crainte des commentaires de mon frère pour me laisser aller à une nouvelle nuit de folies. Ce que je ne fis pas. D’ailleurs ses propres traits devinrent plus sérieux lorsqu’il vit mon air plus dur qu’à l’ordinaire.

« Devon, ‘faut qu’on parle. » dis-je d’un ton qui se voulait calme.

À ce moment-là, il comprit. Je n’aurai pas eu besoin de tenir tout un discours, je n’aurais pas eu besoin d’un seul mot. Son regard était déjà voilé de tristesse. Il ne pleurait pas … Devon n’était pas comme moi … Il lui en fallait une sacré dose pour se mettre à pleurer réellement. Je l’admirais sur ce point-là d’ailleurs.

« Nous deux, commençais-je en détournant le regard, ce n’est pas … pas ce que tu crois … je ne savais pas où j’en étais mais … mais je pense pas que c’est ce que je veux. Ça me gêne notre … relation. »

Il garda le silence tandis que ses yeux scrutaient les miens à la recherche d’un mensonge, d’une défaillance, de quoi que ce soit qui puisse lui prouver que je me trompais, que je disais n’importe quoi. Mais il ne trouva rien.

« … Tu ne m’as jamais aimé ? me demanda-t-il bien que son ton était plus celui d’une affirmation.

- Je ne pense pas, répondis-je sans oser le regarder.

- … Je le savais, répondit-il d’un ton qui affirmait le contraire, je m’en doutais … je m’y attendais. T’en fais pas, pour moi, c’était juste physique. Y avait rien d’autre entre nous … je veux dire, c’est pas une relation. Alors on peut toujours …

- Non, le coupais-je, sachant pertinemment où il voulait en venir, je ne veux pas qu’on continue. Je veux qu’on arrête, Devon. Je me sens pas de ce bord-là. »

Il tentait d’avoir l’air fort, en vain. Je le voyais bien dans son regard, dans la manière dont il mordait sa lèvre inférieure. Mais même cela ne m’atteignait pas. Je ne pouvais pas retourner en arrière. Pas maintenant.

Il ne savait pas comment réagir et ça se voyait. Il ne pouvait croire ce qu’il entendait peu importe qu’il l’ait anticipé par le passé. De mon bord, je ne pouvais pas réagir non plus. Que pouvais-je faire de plus de toute façon ? Prononcer d’autres paroles, ça l’aurait détruit, bien plus qu’il ne l’était déjà.

Devon se rapprocha de moi, sans que je ne m’y attende réellement. Il posa ses lèvres sur les miennes et m’imposa un baiser qui me prit tant au dépourvu que je ne pus réagir comme il le fallait. Son corps s’appuya sur le mien et il tenta en des gestes désespérés de me retrouver, de retrouver celui que j’avais été il y a si peu de temps. Mais j’étais déjà loin, tellement loin. J’étais un danger pour moi-même, je pensais tant, que mes pensées s’entrechoquaient entre elles et cela aboutissait à des actions et des états d’esprit tellement dévastateurs que cela avait des conséquences affreuses sur le reste de mon existence. J’étais jeune et inexpérimenté. Ce qui m’arrivait … je n’étais pas prêt à l’affronter. Je ne savais pas ce qui était bien et ce qui était mal. Ce n’est pas que j’agissais sans réfléchir, bien au contraire … seulement, je me laissais mener par mes émotions du moment, sans prendre en compte celles du passé et celles que j’aurai dans le futur. C’était un peu compliqué à expliquer.

Je n’arrivais pas à repousser Devon, j’en étais incapable. Mon esprit voulait le repousser, ne supportait pas d’imaginer la suite. Mon corps n’avait qu’envie de répondre à chacun de ses baisers et chacune de ses caresses. Quant à mon cœur, je n’arrivais même plus à l’entendre …
Il me fallut réunir toutes les forces que j’avais encore pour poser mes mains sur les épaules de Devon et l’éloigner de moi. Son visage était peint d’une tristesse nouvelle, il ne cherchait plus à la cacher. Il était désemparé.

« Qui ne tente rien, n’a rien, hein ? … » murmura-t-il.

Je le toisais d’un regard impassible, tentant de lui démontrer que son désarroi ne m’affectait nullement. Mes mains n’osaient pas se détacher de ses épaules, créant une sorte de barrière entre nous. Nous n’osions plus bouger, appréhendant chacun des gestes que nous ferions alors que tout était déjà perdu, terminé. Je le sentais trembler sous mes doigts. Sa tête se baissa comme si elle avait pesé une tonne, il n’arrivait plus à me regarder. Ce fut un long moment de silence où mes propres mains commencèrent à trembler et je n’aurai su dire si c’était à cause de ce que je ressentais ou à cause du poids que je devais supporter …

« Je t’aime Mathéo. »  

Il l’avait dit d’une voix claire, sans l’once d’une hésitation et n’obtenant aucune réponse de ma part, il était parti, comme il partait d’habitude, refermant lentement la porte derrière lui  pour ne pas indiquer sa présence par trop de bruits. J’étais resté immobile, bouche bée.

Et tout d’un coup, j’avais eu froid, terriblement froid …

 

*

 

Les mois passèrent par la suite sans que je parle à nouveau à Devon. J’avais su par mes parents qu’il déménagerait au sud du pays, si loin de moi qu’il y aurait peu de chance pour que le revoie un jour. J’éprouvais un mélange de soulagement et de chagrin. Je me disais qu’en ne le revoyant plus, je n’éprouverais plus ses sentiments contradictoires qui avaient bouleversé mon existence, que j’aurais le temps de me replacer et de me faire une raison. En même temps, m’imaginer ne plus jamais le revoir créait des vertiges dans tout mon corps, me serrait le cœur si fort, tellement fort …

Le mois de juin arriva plus rapidement que je ne l’aurai cru. Il devait s’être écoulé près de deux ou trois mois depuis que Devon me l’avait dit … et depuis, cette phrase se répétait sans cesse dans ma tête avec le ton exacte. C’est encore aujourd’hui un de mes souvenirs les plus précis. Un de ces souvenirs tellement ancré dans ma tête que je ne peux l’extraire.

Éric, Tracy et Rayen étaient constamment avec moi. Notre groupe se retrouvait tellement petit depuis le départ de Josh, Nathalie et Devon que nous étions devenus plus proches les uns des autres. Rayen était là pour donner des conseils et pour percevoir lorsque l’un de nous n’allait pas bien. Éric et Tracy étaient là pour consoler et soutenir. Et moi … moi, je devais être la raison principale des conseils et du soutien en question. Ils ne savaient pas pourquoi je n’allais pas bien et ils tentaient de me remonter le moral du mieux qu’ils le pouvaient. Enfin … je pense que Rayen devait s’en doutait alors qu’Éric et Tracy se contentaient d’associer cela à ma rupture avec Nathalie. D’ailleurs celle-ci ne m’avait plus jamais adressé la parole. Elle s’était fait de nouveaux amis et avait fait une croix sur moi. Ce n’était pas plus mal ainsi. 

Pour la fin de l’année, un bal avait été organisé par le comité étudiant pour les plus jeunes, pour souligner la fin de notre première année. Éric et Tracy étaient très emballés par tout cela. Rayen et moi n’y participions que par obligation.

Depuis peu de temps, un nouveau couple s’était formé dans la classe. Il s’agissait de Zoé et Josh. Cela avait surpris tout le monde. Le violent et impassible Josh avec la délicate et bavarde Zoé. Personne ne comprenait vraiment ce qu’ils avaient trouvé l’un en l’autre, toujours est-il que leur amour, bien qu’étrange, semblait réel et fort. Cela avait eu une répercussion directe sur la vie amoureuse de Rayen qui était resté seul jusque là. L’arrivée de Josh dans le groupe d’amies de Zoé en avait fait partir plusieurs, Tiffany la première. Et celle-ci avait commencé à se rapprocher de Rayen progressivement. Elle venait même manger à notre table quelques midis et bien qu’avant elle m’avait sincèrement agacé, maintenant qu’elle ne m’aimait plus, je la trouvais vraiment sympa. D’ailleurs, personne n’était vraiment indifférent à Tiffany. Elle embellissait avec le temps malgré la couleur verte qu’elle s’entêtait à garder sur ses cheveux. Elle n’était pas la plus belle mais quelque chose dans sa personnalité attirait chaque personne qui la connaissait un peu. Rayen était littéralement tombé sous son charme et bien qu’il s’évertuait à le cacher, je l’avais bien vu. Je lui en avais parlé une fois, après les cours, alors que nous étions tous deux installés à une table de la cafétéria.

« Tu l’aimes bien Tiffany, hein ? lui avais-je dit.

- … Oui, vraiment.

- Tu devrais lui demander d’aller au bal avec toi.

- C’est déjà fait.

- Et qu’est-ce qu’elle t’a répondu ?

- Elle y va avec moi.

- Et tu nous l’as pas dit ?! m’exclamais-je.

- Y a pas de quoi s’en vanter … Elle veut qu’on y aille en tant qu’amis.

- Ah … d’accord … désolé.

- Ce n’est rien. Je m’y attendais … même que je savais que c’était ce qu’elle allait me dire.

- Tu le savais … et tu lui as demandé quand même ?

- Je voulais me tromper …

- Tu ne te trompes jamais. »


Rayen détourna le regard, quelque peu irrité par ma remarque bien que je ne sache pas exactement pourquoi. En fait, à bien y réfléchir, ça devait être ennuyant pour Rayen par moment. Il devinait tout. Rien n’était imprévisible pour lui. Et pourtant … je m’étais toujours dit qu’il devait être facile pour Rayen d’entretenir des rapports humains, amoureux ou amicaux. Cependant, ce n’est pas parce qu’on comprend les autres qu’on peut aisément s’approcher d’eux. La relation que j’avais eue avec Devon en avait été la preuve. Rayen était un éternel taciturne, cela ne changerait pas.

« Je me suis trompé sur Devon et toi, dit-il en replongeant son regard dans le mien.

- Tu pensais quoi ? Qu’on allait se balader main dans la main à la parade gay peut-être ? ironisais-je

- Je pensais qu’il allait être un peu moins aveugle, voilà tout. Mais toi et lui vous êtes tellement stupides par moment, ça me sidère.

- C’est pas facile, m’emportais-je, un mec comme toi peut pas juger ça.

- Un mec comme moi ? Tu veux dire un mec hétéro ?

- C’est pas ce que je voulais dire ! Seulement, c’est tellement facile pour toi les sentiments … Tu les gères bien mieux que le reste de la population. Moi, j’ai fait une erreur avec Devon et j’aurais pas dû m’aventurer de ce côté-là, ça ne me ressemble pas. Ce n’est pas moi.

- Au contraire, moi j’ai bien l’impression que c’est tout à fait toi. On dirait qu’il n’y a que Devon et toi pour ne pas comprendre que vous êtes fous l’un de l’autre. Même Tiffany l’a compris.

- Tiffany ? T’es allé tout lui répéter en plus ?

- Je n’ai pas eu besoin de le faire. Elle le savait déjà. Même Éric n’est pas dupe. Vous passez votre temps à vous regarder en cours, et avant que vous ne cessiez complètement tout contact ces trois derniers mois, vous passiez votre temps à chercher des excuses bidon pour vous parler. Juste à la manière que vous aviez de vous sourire et de vous regarder avec insistance, tout le monde avait compris. Nathalie la première. Tu penses que personne ne s’en rend compte, Math … mais faudrait être aveugle pour ne pas comprendre ça.

- Tu te trompes sur toute la ligne, Rayen. Ok, je peux pas nier qu’il y a eu quelque chose entre Devon et moi mais c’était absolument rien. »

Le silence se fit. Rayen me fixait de ses grands yeux qui n’affichaient toujours aucune expression. Je ne savais pas s’il restait dubitatif face à mes propos ou s’il attendait que je finisse ce que je disais. Toujours est-il que je continuais sur ma lancée.

« Je ne l’ai jamais aimé. Jamais. Je ne sais pas ce que les autres pensent ni ce que je donne l’air de penser mais y aura plus rien entre Devon et moi. Mes hormones devaient être déréglées, quelque chose comme ça.

- Qui est-ce que t’essayes de convaincre ? Moi ou toi ?

- Toi, évidemment ! Moi, j’ai compris depuis bien longtemps. De toute façon, si j’avais dû aller vers un mec, ça n’aurait certainement pas été vers Devon.

- Tu t’enfonces, Math. Arrête, soupira Rayen en posant son front contre sa main d’un air affligé.

- Je me demande juste ce que les gens ont dans la tête. J’étais avec Nathalie pendant plusieurs mois quand même. Et elle, elle m’attirait vraiment ! Quand je regarde Devon maintenant, je me dis que je devais être aveugle !

- Arrête, Math, reprit Rayen en secouant la tête, c’est ridicule. »

Je savais que j’étais ridicule, si pathétique que s’en était risible. Néanmoins, je ne cédais pas. Rayen n’avait aucun droit de remettre en question tout ce pour quoi je m’étais battu ces derniers temps. J’avais abandonné Devon, je l’avais largué, je l’avais rejeté. Aujourd’hui, je ne pouvais qu’assumer ce choix jusqu’au bout, peu importe ce que lui, si sage et sensé, en disait.

« Devon est imbu de lui-même, terriblement égoïste et trop immature. Il se retrouvait bien avec Faye sur ce point au moins. J’ai vraiment perdu mon temps avec cette histoire, continuais-je.

- Math… » commença Rayen


Par Miyuki Lee - Publié dans : May Angels Lead You In
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Lundi 22 décembre 2008

Nous marchâmes rapidement jusqu’à chez nous. Devon m’amena pour la première fois au sous-sol, dans sa chambre. Je n’y avais jamais vraiment été auparavant. Devon venait tout le temps dans ma chambre, il trouvait que c’était moins risqué, qu’on avait moins de chance de se faire surprendre. Cependant, cette fois-là, il fit exception. Dès qu’il eut refermé la porte de la pièce, il se tourna vers moi avec un sourire un peu embarrassé et il s’avança maladroitement jusqu’à moi pour me serrer contre lui. Voyant que je répondais à son étreinte, il me serra d’autant plus fort.

« Nathalie et moi, c’est terminé, dis-je à voix basse.

- Je suis désolé …

- Non, je m’en fous de Nathalie. Sincèrement, ça me fait rien que ce soit terminé.

- Alors qu’est-ce qui te met dans cet état-là ?

- … Je sais pas.

- Tu l’aimais, hein ?

- Non … c’est pas ça.

- C’est quoi alors ?

-  Je sais pas, j’te dis. »

 

Il avait ôté son manteau; ses vêtements ainsi que ses cheveux étaient secs. Je suppose que le fait que je sois complètement trempé devait l’incommoder mais il n’en fit rien. Il  glissa ses doigts jusqu’à ma nuque, provoquant un frisson qui rampa lentement le long de ma colonne vertébrale, puis passa sa main dans mes cheveux mouillés d’un geste affectueux.

« T’as l’air fatigué, me murmura t’il.

- Pas toi ?

- Non … pas vraiment. Je m’épuise jamais, tu me connais bien, ricana-t-il.

- Moi, je suis épuisé …

 

- Je sais, je t’ai vu somnoler en cours. T’arrivais pas à garder les yeux ouverts.

- Surtout en anglais, soupirais-je, je pense que je me suis endormi une dizaine de minutes.

- Tu peux dormir dans ma chambre si tu veux. Je vais te réveiller un peu avant que tes parents arrivent.

- Merci.

- Un truc avant … »

Il déposa ses mains sur mes hanches puis les glissa sous mon chandail. Le contact me sembla brûlant vu la froideur de ma peau et la chaleur de la sienne. Je posais mes mains sur les siennes pour l’arrêter et esquissais un mince sourire.

« Pas maintenant, Devon. J’suis mort.

- T’es bête, Math ! soupira-t-il. Je voulais pas que tu te couches dans mon lit avec tes vêtements trempés, c’est tout.

- Je suis persuadé que t’avais des idées derrière la tête, dis-je.

- J’ai toujours des idées derrière la tête, mais je sais quand les mettre en œuvre et quand me retenir.

- Ah bon ? Et quand j’étais avec ma copine au téléphone, je suppose que c’était le bon moment pour me …

- Ex copine, me coupa-t-il.

- Ex copine. » repris-je à mon tour.

Je soupirais puis laissais Devon m’ôter mes vêtements. Pas la suite, je m’allongeais sur son lit, le laissant me border. J’avais fermé les yeux, tenté d’oublier le vide qui s’était formé en moi. Je sentis Devon s’étendre à mes côtés, son souffle chaud s’était retrouvé contre ma nuque et mon corps trouva refuge entre ses bras. Il me serra contre lui.

« Tu peux me le dire, tu sais …

- Quoi ?

- Que tu l’aimais … ou que tu l’aimes.

- Je n’aimais pas Nathalie et je ne l’aime toujours pas.

 

- Alors pourquoi t’es dans cet état, Math ?

- Je sais pas … »

Le silence nous enroba tout entier et malgré la fatigue qui tentait agréablement de me pousser vers ce sommeil réparateur qui aurait remonté peu à peu l’énergie dont je manquais, je ne succombais pas. Je m’accrochais à Devon comme un capitaine s’accroche à son bateau alors que celui-ci périt au fond de l’eau. Devon était ce qui me faisait sombrer, il était aussi celui avec qui je voulais sombrer. Je ne savais pas où cette relation nous menait, ni même si nous pouvions la qualifier de relation. Cependant, j’étais accro à la magie qui s’était instaurée entre nous, à ce désir que j’éprouvais et à cet attachement sans précédent que je ressentais à son égard. J’étais mort de peur à l’idée de le perdre, mort de peur à l’idée de tout gâcher.

Les mains de Devon s’aventuraient lentement sur mon torse, en traçait les contours dans de douces caresses. Il devait penser que je dormais, autrement il ne se serait pas montrer si affectueux. En temps normal, il me maternait seulement lorsque les choses étaient plus torrides entre nous deux, lorsqu’il voulait que je le touche. J’augmentais volontairement le volume de ma respiration, espérant que de ce fait, il soit convaincu de mon sommeil. Devant mon changement d’attitude, Devon cessa ses caresses un instant puis les continua plus doucement. Je réprimais plusieurs frissons. Il finit par me serrer derechef contre lui et approcha lentement son visage de mon oreille.

« Math ? » murmura-t-il

Je simulais le sommeil, me retenant presque pour me mettre à ronfler. Devon garda le silence un moment, attendant peut-être une réponse de ma part.

« … Je me sens débile, soupira-t-il, comme dans les bons vieux films américains où le héro parle à son amant qu’il croit endormi … mais en fait, le type, il dort pas et le héro a l’air con parce qu’il lui a confié des trucs hyper importants. Tu dors, hein ? Promis ? Parce que sinon, je te jure que je vais avoir l’air con … T’es tellement beau … et on dirait que tu t’en rends pas compte. Moi, y a tout un tas de gens pour me trouver moche … dur à croire, hein ? Je te jure pourtant … et toi, y’aura jamais personne pour te trouver laid. T’es parfait, Math … mais tu vois, j’pense pas que ça collerait si on était un vrai couple … T’es trop orgueilleux et moi trop têtu, on finirait par s’entretuer, j’en suis persuadé. Quoi que physiquement, c’est le pied … j’ai jamais autant eu envie de quelqu’un de toute ma foutue vie … et puis je suis jamais rassasié, c’est trop bon. C’est peut-être ça quand t’aimes vraiment quelqu’un … Avec Faye, c’était bien, sans plus. Et toi avec Nathalie ? M’enfin … c’était une fille, je sais … Tu devais préférer ça. À  côté, ce qu’on fait, ça doit être des enfantillages pour toi. J’pense pas que tu sois gay … mais t’es un ado qui découvre le sexe alors forcément, tu vas pas dire non si je me jette sur toi. À moins que tu sois bisexuel … Mais bon, à cet âge-là, on n’est jamais sûr de rien. Moi, tu vois, je suis né et je l’ai su tout de suite que j’aimais les mecs et que j’aimais pas du tout les filles. Mais c’est pas pareil pour tout le monde, je le sais. T’es peut-être en expérimentation … mais t’as dû comprendre que t’étais aux filles avec toute la peine que ça t’a fait de perdre Nathalie. Me crois pas aveugle, j’ai bien vu à quel point t’étais mal depuis que vous vous êtes éloignés. Bah … tu peux toujours essayer de la récupérer. T’es parfait Math … apprends un peu à séduire et n’importe qui sur cette planète te tombe dans les bras. Et puis t’en fais pas pour moi, je suis content d’avoir un peu d’importance pour toi, c’est mieux que rien. Je t’en demanderai jamais plus, promis. Dis, est-ce que tu dors vraiment, Math … ? J’espère … ce serait chiant sinon, je te le pardonnerai pas. Mais bon … à te parler comme ça, ce serait pas étonnant que tu finisses par te réveiller … Je me tais … »

Il posa un baiser contre ma nuque puis ne prononça plus un mot. Je devais empêcher mon cœur de battre à la chamade, empêcher mon corps de trembler, empêcher mon souffle d’être irrégulier, empêcher mon envie de me retourner pour l’embrasser, le serrer contre moi. Réprimer tout cela demandait une force que je ne possédais pas … Je succombais donc au sommeil pour m’empêcher de me trahir.

 

*

 

Je me réveillais une heure plus tard, le corps engourdi de mon sommeil précédent et ma tête encore à moitié dans le monde des rêves. Devon n’était plus à mes côtés, je l’entendais discuter énergiquement avec sa mère dans la pièce voisine mais j’étais encore trop ensommeillé pour suivre le cours de la conversation. Savait-elle que j’étais là, à moitié nu, dans la chambre de son fils ? Hum … mieux valait qu’elle l’ignore. Pour la forme, je me levais, allais remettre mes vêtements toujours trempés et revint m’asseoir sur le lit de Devon. Quelques minutes plus tard, Devon entra dans sa chambre et referma rapidement la porte derrière lui. Il se jeta littéralement sur moi, me poussant à la renverse sur son lit. Un sourire rayonnant éclairait son visage. Il pencha son visage vers le mien.

« T’aurais pas dû te rhabiller, on a quelque chose à fêter ! s’exclama t’il.

- Quoi donc ? »

Il étira son bras jusqu’à sa table de chevet et alluma la radio de son réveille-matin. J’entendais le son grésillant d’une mélodie familière, d’une voix familière … Devon guettait ma réaction. Je restais bouche bée … C’était … c’était notre chanson … May angels lead you in … La voix d’Alexis … Les paroles de Devon … Bon sang, comment était-ce possible ? Je n’avais pas soumis notre chanson au concours suite à toute la pagaille que cela avait engendré. Le sourire de Devon redoubla devant mon ahurissement.

« Je pensais pas qu’on allait gagner … mais j’ai tenté le coup quand même … J’ai pas voulu te le dire … trop d’orgueil pour t’avouer que j’étais vraiment content de tout ça malgré la crise que je t’ai piqué. Mais voilà … on a gagné, Math. »

Je le regardais sans oser y croire, n’arrivait ni à penser ni à parler correctement. Fallait-il que je le remercie, que je me mette à crier et à sauter partout ? Je n’en revenais pas … j’avais oublié jusqu’à l’existence de cette chanson et voilà qu’elle revenait dans ma vie … J’en avais le souffle coupé. Mon premier reflexe fut finalement de me jeter au cou de Devon pour l’embrasser avec véhémence, empressement. Il répondit à mon baiser un instant avant de s’éloigner de moi de quelques millimètres.

« Ça t’as remis de ta rupture ? Tu va mieux maintenant ? me demanda-t-il en souriant.

- Ça va, dis-je, merci.

- Pas besoin de me remercier pour ça … ça fait plaisir. Et surtout, je crois pas que ce soit utile que tu pleures Nathalie. Elle t’aime, ça se voit. Vous allez sûrement finir par vous rabibocher toi et elle.

- C’est pas ce que je veux.

- Tu dis ça par orgueil.

- Non, pas du tout.

- C’est elle qui t’a plaqué, hein ?

- Plus ou moins.

- Tu peux la reconquérir, tu sais ?

- J’en ai pas l’intention. »

Je nouais mes bras autour de Devon, l’embrassais avec la même ardeur. Je ne souhaitais pas parler de Nathalie. Ce n’était pas que le sujet me faisait mal. Cependant, j’étais encore trop confus dans mes propres émotions pour les aborder. Après ce que Devon m’avait dit, je me demandais si je devais lui avouer que je l’aimais. C’était un dilemme assez particulier en fait. J’appréhendais un peu moins sa réaction, cependant, je gardais un doute quant à ses sentiments envers moi. C’était stupide, j’en étais conscient mais je ne pouvais m’empêcher d’avoir peur … Ce stade de notre relation m’était confortable à présent. Il me semblait pouvoir durer éternellement. Prendre le risque de lui avouer mon amour … c’était une alternative assez tentante, je dois dire. Mais je n’étais pas vraiment prêt. Je ne savais pas ce que je voulais. Il y a des jours où cela me démangeait de lui avouer, d’autres où je me disais qu’il était plus sage de m’en tenir à cela car je n’étais pas prêt à assumer pleinement et ouvertement les sentiments que j’éprouvais.
Nous continuâmes à nous embrasser avec ferveur, notre propre chanson en fond musical. Peut-être qu’à ce moment, j’aurais pu lui dire … peut-être que ça aurait changé la tournure des événements suivants … Mais même aujourd’hui, je sais que de l’avoir gardé pour moi fut une sage décision …

*

 

Je rentrais chez moi par la suite, sortant en douce du sous-sol. J’avais hâte d’annoncer à ma famille que j’avais gagné le concours. Je me rendis à l’escalier menant au second étage, gravis lentement les marches pour ne pas faire de bruits lorsque je surpris une conversation entre mes parents et Rosabelle. Je les voyais par-dessus la rampe de l’escalier, dans la salle à manger. Ils parlaient à voix basse, d’un ton sévère. Je m’arrêtais et tendis l’oreille, curieux de connaître le sujet de leur conversation.

« … Comprenez que nous prenons cette décision à contrecœur, disait mon père, vous êtes de loin l’une des meilleures employées que nous avons eues mais cette situation est invivable.

- Devon est sûrement un garçon très bien, continua ma mère, mais il a une très mauvaise influence sur notre fils. Il s’est passé des choses assez troublantes durant la période des fêtes … que je préfère oublier d’ailleurs. Nous savons que notre fils n’est pas ce genre de personne.

- Ian nous a rapporté que votre fils avait embrassé le nôtre récemment. Et le cousin de Mathéo nous a rapporté que notre fils était confus quant à son orientation depuis qu’il a rencontré Devon, dit mon père d’un ton grave.

- Je pense qu’il est mieux pour l’épanouissement de Mathéo que Devon ne fasse plus partie de sa vie. Je suis désolée, Rosabelle. Mais je ne veux pas que mon fils choisisse cette voie.

- Ce n’est pas un choix, soupira Rosabelle, si vraiment Mathéo est homosexuel, vous devrez l’accepter tôt ou tard. Je ne pense pas que le départ de Devon changera quoi que ce soit à ce fait.

- Mathéo n’est pas comme ça, dit ma mère, c’est seulement l’influence de Devon. Il a une copine présentement et je suis persuadé qu’il a des sentiments pour elle.

- Devon a déjà eu une copine lui aussi, l’an passé. Mais ce n’était qu’une passade … il a fini par comprendre qu’il préférait les garçons. Et je l’accepte pleinement. Je supporte mon fils et l’aime pour ce qu’il est. Je ne souhaite que son bonheur. Si vous êtes incapables de faire de même pour le vôtre …

- Nous ne souhaitons que le bonheur de Mathéo, la coupa mon père, voilà pourquoi nous souhaitons que vous partiez dès la fin de l’année scolaire. Nous avons déjà pris contact avec quelqu’un d’autre pour votre remplacement.

- Vous n’avez même pas tenté de parler à votre fils ? De comprendre ses sentiments ? demanda Rosabelle. C’est insensé. Devon n’est certainement pas le seul homosexuel à avoir croisé sa route !

- Notre ancienne employée de maison était lesbienne. Dès que nous l’avons su, nous l’avons renvoyée, dit ma mère. Nous ne voulons pas que ce genre de personne approche notre famille et l’influence. Mathéo aura une vie normale. Cet été, nous nous arrangerons pour réparer les dégâts que votre fils a fait au nôtre. En attendant, tenez Devon loin de Mathéo.

- Comment comptez-vous réparer les ‘’dégâts’’ ? demanda Rosabelle. Ce n’est pas une maladie qu’on peut traiter !

- Ce ne sont pas de vos affaires, répondit mon père.

- D’ici là, nous vous conseillons de préparer vos affaires et de vous trouver un nouvel emploi, continua ma mère.

- Vous brimez votre propre fils sans chercher à le comprendre, c’est immonde ! s’exclama Rosabelle.

- Nous ne voulons que son bien, nous souhaitons qu’il ait un avenir et une vie normale, répliqua mon père. Si vous faisiez de même avec le vôtre, nous n’en serions pas là. »

Des insultes et des répliques fusèrent d’un bord puis de l’autre de la pièce. Torrent de propos insensés visant à défendre ou accuser Devon et mon orientation que je ne pouvais définir avec exactitude. Mon corps tremblait, tremblait comme il n’avait jamais tremblé auparavant. Je ne pouvais bouger ni pleurer. J’étais paralysé sur place, sidéré par la loi de Murphy qui semblait s’abattre sur mon existence et la frapper de toutes ses forces depuis quelques temps. J’avais seulement envie de crier, de hurler … le plus fort possible, pour ne plus les entendre et pour ne plus entendre mes propres pensées qui étaient si sombres … Je voulais hurler, hurler jusqu’à ne plus avoir de voix. Hurler pour ne pas m’effondrer …

Par Miyuki Lee - Publié dans : May Angels Lead You In
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