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Bienvenue


Bienvenue dans mon p'tit univers,

Je n'ai pas la prétention de dire que mes écrits sont réalistes, j'écris pour faire rêver et pour sortir de mon quotidien. Mon seul but est d'amener le lecteur faire un p'tit tout dans mon imaginaire très très gay.. 


Mes histoires :

 

May Angels Lead You In : 13 ans, une relation ambiguë avec le fils de l'employée de maison, une homosexualité refoulée, une famille chiante et une sensibilité de fille ... Mais que dire ? Ma vie n'est
pas conventionnelle et ne le sera probablement jamais, autant me faire à l'idée [Terminé]

Dark Waltz : 16 ans, une famille fantôme, un ex petit ami qui ne s'est pas résolu à sortir de mon coeur, une meilleure amie lesbienne et une relation d'amour/haine avec un danseur à la sensualité débordante . Aux dernières nouvelles, ma vie n'est toujours pas conventionnelle. [Prologue en cours d'écriture] [Suite de May Angels Lead You In]

Cap ou pas cap ? : Guillaume est un chirurgien réputé dont personne ne connait les faiblesses. Marié depuis longtemps avec Amandine, il ne peut la quitter maintenant qu'elle se déplace en fauteuil roulant. Mais quand Djamel vient briser sa carapace, tout change ... [2ième chapitre en ligne]

Tentation : Naoaki Torres, métis dans une société complètement nippone et issu d'une famille d'obsédés sexuels, s'amourache de Haru Sekisawa, père célibataire de dix-huit ans; arrogant et taciturne. Comme s'il n'était pas déjà assez en marge de la société ... [1er chapitre en ligne]


Projets / En cours d'écriture :


Légende Urbaine  : Lui ? Le Roméo de ces dames, le tombeur (malgré lui) par excellence. Un simple pari avec des amis chamboule son quotidien. Il doit faire craquer Isaiah, le grand taciturne que les rumeurs disent homosexuel. Mais Roméo se prend les pieds dans son propre piège et la situation tourne d’une drôle de manière … [1er chapitre écrit]


Au-delà Des Montagnes : Le village de Kahan recueille un jeune garçon dont on confie l’éducation à Yohan, combattant prometteur de sa génération. Le plus jeune s’amourache de son aîné pour qui il voue une admiration sans bornes mais bientôt, l’élève dépasse le maître et la séparation est imminente … [2ième chapitre en cours d'écriture]


Fics en arrêt :

Forbidden Love : Le plan d’un élève, Faye Lind, qui tente d’avoir des relations sexuelles avec son professeur de français, Derek Eyston, afin de pouvoir l’accuser de viol et de détournement de mineur pour toucher l’argent du procès. [1er chapitre disponible]

Atteindre une étoile : Alexis est susceptible, colérique et taciturne. Benjamin est enjoué, souriant et créatif. Malgré leurs différences, ils forment un couple depuis plus de deux ans. Lorsque le talent d’acteur de Benjamin est repéré et qu’il est admis dans une école de théâtre à l’autre bout du pays, Alexis comprend qu’il sera dur de garder son petit ami... [1er chapitre disponible

 

 

Les mises à jour seront faites ... au gré de mes humeurs XD
Plus sérieusement, je vais essayer de pas accumuler les retards quand même mais il y a toujours une fic sur laquelle je travaille plus que sur les autres.

 

Bises à tous et bonne lecture.

 

Miyuki Lee

 

Tentation

Samedi 30 mai 2009

Le lendemain matin, je me retrouvais à l’université pour la première fois de ma vie en tant qu’élève. Le sentiment de fierté qui s’était installé en moi au moment où j’étais entré dans le bâtiment s’était accru lorsque j’avais reçu l’horaire de mes cours. Je n’en revenais tout simplement pas d’avoir été accepté après tout ce temps à en avoir rêvé. Suite à mes échecs, même mes amis les plus proches m’avaient conseillé d’abandonner ou de tenter ma chance ailleurs. J’avais envie de me présenter devant eux et de les narguer avec ma grille de cours, mais bon à un âge tel que le mien, ça aurait mal paru.

Mon premier cours se déroulait dans une salle assez grande se situant dans l’aile gauche du bâtiment. Il visait à perfectionner mon japonais à l’écrit. Plusieurs élèves étaient déjà installés dans la salle, sortant leur cahier de notes ou bavardant avec d’autres. Je m’assis à une chaise dans un coin où il y avait moins de monde et attendit patiemment que le cours débute. J’étais un peu mal à l’aise parmi tout ce beau monde. Ils avaient déjà commencé à me remarquer et à me dévisager (dur de faire autrement avec la tronche que j’avais).


C’est à ce moment qu’une main vint me serrer l’épaule pour me secouer comme un prunier. Je me retournais vivement, cherchant à connaître le visage du crétin qui m’avait secoué aussi fort. Je tombais sur un Japonais de taille moyenne dont les cheveux avaient été teints d’une couleur cuivrée et qui avait un sourire rayonnant qui laissait apparaître une belle rangée de dents blanches.


« Eh ! Si c’est pas mon bon vieux pote Naoaki ! » s’exclama-t-il


Je haussais les épaules en fronçant les sourcils. Ce type à l’énergie débordante ne me disait strictement rien et pourtant, il n’avait pas le genre de visage qu’on oubliait. Non pas qu’il soit d’une beauté époustouflante, loin de là. Seulement, il avait des expressions faciles très … expressives. Mon interlocuteur sembla vexé que je ne le reconnaisse pas.


« Bah alors, tu te rappelles pas de moi ?


- Nah, désolé.


- On était au collège ensemble !

- …


- On trainait toujours ensemble avant ! Toi, moi et Teruko Takeshi ! »


Paf ! Et la lumière fût ! Mes années de collège ! Et les trois mousquetaires que nous étions : moi, Teruko Takeshi et Kiyoshi Okada ! Nous avions fait les quatre-cent coups à l’époque, réprimés par les parents de mes camarades et ovationnés par les miens. On était les trois abrutis qui avaient fait exploser une bombe puante dans la classe de français et qui avaient lancé une alerte à la bombe un matin pour ne pas avoir à faire l’examen de science. Teruko était la seule fille du groupe, une petite peste aguicheuse qui avait été la petite amie de Kiyoshi pendant un bon bout de temps. Et Kiyoshi avait été un peu comme mon meilleur ami à l’époque. J’avais eu du mal à le reconnaître avec les années qui avaient passé et la couleur de ses cheveux.


« Kiyoshi Okada ! m’exclamais-je. T’as tellement changé depuis le temps !


- Pas toi, le latino. Je t’ai repéré à des kilomètres ! Bon sang, c’est fou de se retrouver ici quand même !


- Je me doutais pas que tu ferais littérature toi qui détestait tellement ça au collège.


- Bah tu sais, j’ai essayé science et philo; et j’ai pas du tout aimé. Peut-être que ce sera différent pour littérature …


- Je te le souhaite, tu fais perdre de l’argent à tes parents avec tous tes changements, dis-je en ricanant.


- Déconne pas, c’est moi qui paye mes études. Mes vieux auraient jamais fait ça pour moi. Parlant de parents, ils vont bien les tiens ? Ils étaient cools à l’époque.


- Bah … ils le sont toujours. Et les tiens ? Toujours aussi tarés ?


- M’en parle pas, c’est de pire en pire ! Ils organisent trois à quatre miaï par semaine alors que ça m’intéresse franchement pas. Moi j’ai trouvé la femme de ma vie.


- Ah bon ?


- Bah oui … Teruko Takeshi … On était toujours en contact elle et moi après le collège. Sauf que son mariage est prévu pour dans trois mois. Alors tu vois, il va falloir que je me bouge si je veux la reconquérir avant la cérémonie.


- Bonne chance … t’en as besoin !


- Merci. Si tu veux, on ira la voir un jour. Elle travaille comme serveuse à un café de Shibuya.


- Je suis pas contre. Ça va me faire du bien de la revoir. »


Kiyoshi s’installa à côté de moi en voyant un vieil instituteur arriver dans la classe puis aller devant le tableau pour débuter son cours. Je sortis mon cahier de notes ainsi qu’un stylo et posais le tout sur la table devant moi. Mon ancien camarade fit de même.


Pour une fois, j’accordais toute mon attention et mon sérieux aux paroles du vieil homme, lancées d’un ton monocorde. Pendant la première demi-heure du cours, je remplis trois pages de notes recto-verso. Kiyoshi ne se gênait pas pour copier mes notes, les siennes étaient beaucoup plus maigres. C’était la première fois qu’un tel truc m’arrivait. Habituellement, c’était moi qui copiais les notes des autres.

Au bout d’un moment, la porte de la classe s’ouvrit sans délicatesse sur un jeune homme. Quelques regards se tournèrent vers lui et l’instituteur, interrompu par le bruit, jeta un regard perplexe au nouvel arrivant. Finissant ma phrase sur mon cahier de notes, je me tournais vers l’arrivant en question qui allait tranquillement s’asseoir sur une chaise un peu plus loin de la mienne.


Mes yeux s’étaient arrêtés sur lui ... et ne s’en étaient pas décrochés. Bon sang ! Ce mec … il avait quelque chose … quelque chose de franchement attractif. Je n’aurais pas su dire exactement ce que c’était d’ailleurs. Son regard était froid et ses traits, impassibles. Il ne semblait même pas désolé d’être arrivé en retard à son premier jour. Il était assis, les bras croisés, attendant patiemment que les gens cessent de le regarder comme un intrus et que l’enseignant continue son cours. Mon regard à moi était littéralement scotché, impossible de le détacher avant d’avoir tous les détails de son apparence ancrés parfaitement dans ma mémoire. Il avait de grands yeux noirs, semblables à des obsidiennes, fendus en amandes. Ses cheveux étaient de même couleur, mi-longs. Et sa peau d’albâtre … plus blanche encore que celle des asiatiques qui l’entouraient. Il était … fascinant, vraiment fascinant. Et je ne savais pas ce qui empêchait mes foutus yeux de se détourner. Il avait pourtant une expression glaciale … à en donner froid dans le dos.


« Psst ! Naoaki ! Reviens sur Terre, mec ! J’ai besoin de tes notes ! »


Je sursautais et me retournais vivement vers Kiyoshi. Perdu dans ma contemplation, je n’avais même pas remarqué que le prof avait repris son cours. Je repris mon stylo en main et redonnais à nouveau mon attention aux paroles du vieux … sans toutefois pouvoir m’empêcher de jeter des regards furtifs au nouveau. Arf ! C’est dans ce genre de moment qu’on voudrait avoir ce foutu élastique de caoutchouc pour le tirer et le laisser claquer son poignet. Il ne fallait pas que je sois attiré par un mec d’ici. C’était hors de question ! Primo parce que j’en perdais toute ma concentration. Secundo parce que c’était une cause perdue.


Deux heures plus tard, à la fin du cours, je n’avais remplie que trois autres pages de notes de cours tant mon temps avait été gaspillé à regarder ce mec …

Kiyoshi et moi sortîmes de la classe pour aller bavarder plus loin. Le prochain cours était dans une vingtaine de minutes. Je tentais de me retenir pour ne pas parler du mec qui était arrivé en plein milieu du cours, sans succès. Ma curiosité allait finir par me tuer.


« Dis … euh … le type qui est arrivé au beau milieu du cours … Tu le connais ?


- Et comment que je le connais ! s’exclama Kiyoshi. C’est Haru Sekisawa. Y a pas longtemps, il allait au même lycée que mon petit frère. Aujourd’hui, il doit avoir pas loin de dix-huit ans. C’est un surdoué, quelque chose comme ça.


- Ah super … Tu veux bien me le présenter ?


- Pourquoi ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.


- Bah … parce que … il est arrivé en retard, il a manqué une bonne partie du cours … je pourrais lui passer mes notes.


- Je me souvenais pas que t’avais un cœur aussi grand. Mais bon, si tu veux. »

Kiyoshi m’entraîna vers l’extérieur de l’université tandis que ma tête délurait gravement en répétant sans cesse son prénom … Haru. Haru. Haru. Ça voulait dire printemps. Ça donnait si bien. Haru. Haru … Merde, un mur ! Je l’évitais de justesse et ma tête continua de se repasser les images qu’elle avait eues de lui … Haru. C’était beau comme prénom. N’empêche, je me rendais que j’étais en train d’avoir le béguin pour un type vraiment bizarre à qui je n’avais jamais parlé et que j’avais à peine vu quelques heures. C’était quoi ce truc ? Un remake pourri de Cendrillon ? Nah, il fallait que je me calme.


Haru Sekisawa était assis sur un banc, dehors de l’établissement, la capuche de sa veste noire sur la tête et les écouteurs de son MP3 dans les oreilles. Il regardait au loin, l’air toujours aussi glacial mais un peu plus apaisé qu’en classe (je devais avoir des yeux bioniques pour remarquer un détail aussi insignifiant). Kiyoshi s’avança vers lui avec un grand sourire.


« Salut Haru ! » s’écria-t-il.


Haru ôta son écouteur gauche et éleva son visage vers Kiyoshi, toujours impassible. Il fronça les sourcils de manière désabusée. Lui non plus ne semblait pas vraiment le
reconnaître.


« Le grand frère de Masaru Okada, marmonna-t-il, énervé qu’on ne le replace pas.


- Ah … salut, répondit Haru d’un ton blasé.


- Mon pote voulait te passer ses notes vu que t’as manqué une bonne partie du cours, dit Kiyoshi en se tournant vers moi.


- Non merci, répondit Haru.


- Ça … ça pourrait t’ … t’aider, balbutiais-je.


- Non.


- Ah … d’accord. » dis-je en baissant les yeux.


Haru remit en place son écouteur, éleva le volume de sa musique et regarda plus loin. Ça devait être sa manière à lui de nous dire qu’on était lourds et qu’on pouvait dégager maintenant. Kiyoshi me tira par le bras pour m’entraîner plus loin. Je le suivais comme un pantin désarticulé, ma tête délurant toujours sur son prénom et le ton de sa voix maintenant. N’importe quel mec normal aurait décroché après un tel dialogue.

Kiyoshi me mena jusqu’à notre prochaine salle de classe.


« Non mais quel con, ce mec ! explosa-t-il. Il se prend pour qui au juste ?!


- Ouais, je sais, répondis-je de manière peu convaincante.


- La manière qu’il a eu de te répondre … Arf ! Si j’étais pas adulte, je lui aurais fait faire une belle rencontre avec mon poing droit !


- Tu y vas un peu fort quand même …


- Pas du tout ! Des mecs comme ça, ça m’exaspère ! »

Moi … ça ne m’exaspérait pas. En temps normal, ça m’aurait mis hors de moi. Mais là … Là c’était Haru qui nous traitait de haut, qui nous recevait comme des chiens au milieu d’une allée de bowling et qui nous parlait de manière tellement blasé. Et ça faisait toute la différence. Je ne croyais pas au coup de foudre. C’était trop Walt Disney comme scénario. Mais comment voulez-vous tenir de pareils discours devant le fait accompli ? C’était un peu comme si on mettait un Athée devant Dieu. Comment voulez-vous qu’il continue de nier son existence ? Dans ma tête, j’étais à zéro virgule cinq pourcent en train de me dire qu’il fallait que je me l’enlève de la tête et à quatre-vingt-dix-neuf point cinq pourcent en train de délurer sur la sonorité de son prénom et la beauté de son visage. Inutile de vous dire quelle partie de ma tête l’a emporté. D’ailleurs, quand j’y pensais (un instant de lucidité au milieu de mes : ‘’Haru, Haru, Haru’’), je me disais que je devais être franchement très dérangé pour être attiré par un mec aussi hautain et peu bavard.


Pendant le reste de l’après-midi, mon cahier de notes fut rempli de manière peu concentrée, notant à peine les grandes lignes du cours. Un peu plus et j’écrivais : ‘’Haru, Haru, Haru’’ sur toutes les lignes. C’était vraiment pas évident d’écrire ce que l’enseignant disait et de tenter de taire mes pensées d’amoureux transi.

Par la suite, Kiyoshi rentra chez lui tandis que je restais un peu dans le coin, histoire de mieux connaître les lieux. Je tombais sur la bibliothèque et la cafétéria, rien qui ne me retienne vraiment. Je fis le grand tour pour n’apercevoir autrement que des salles pleines d’étudiants ou des salles aussi vides que des villages fantôme. Je revins donc sur mes pas, sur les trois salles de classe qui nous avaient servi aujourd’hui. Je visualisais ma place, celle de Kiyoshi … puis évidemment celle d’Haru. Il était mignon quand il suivait un cours. Je ne l’avais jamais vu prendre de notes mais il laissait son cahier ouvert devant lui en mâchouillant le bout de son stylo …


Quelque chose retint mon attention au milieu de mes pensées débiles sur la manière dont il agissait en cours. Près de la chaise qu’il avait occupée, il y avait une sorte de paquet. L’obscurité dans laquelle la classe était plongée m’empêchait de voir exactement ce que c’était. Je me faufilais rapidement dans la classe, m’emparait du paquet en question et en sortais, comme un voleur.


Je me laissais tomber contre le mur blanc du couloir et observais ma trouvaille. Il s’agissait de deux cahiers reliés par deux des fameux élastiques en caoutchouc qui m’auraient été tant utiles aujourd’hui pour cesser de penser à Haru. Pour la forme j’en passais un, beige, à mon poignet et posais les autres au sol. Je pris le premier cahier, plus petit que le second, relié par une couverture de cuir noir, et l’ouvris. La première page était un dessin représentant un corbeau noir agonisant au sol. Morbide. Chaque détail était minutieusement dessiné à l’encre noir mis à part le sang de l’animal qui laissait une longue trace rougeâtre sur la page. Je tournais les pages sur des dessins du même genre. Tous aussi morbides les uns que les autres, réparties entre le noir de l’encre et le rouge représentant le sang. En approchant mon visage tout près des dessins, j’avais même l’impression d’avoir la saveur rouillée du sang à la bouche.


Je laissais de côté le premier cahier et m’emparais du deuxième, plus grand et rempli de feuilles quadrillées. Il s’agissait de poèmes, d’haïkus et de pensées sur la mort, le suicide et le mal de vivre; que je lus avec intérêt (évidemment, j’en aurais eu un peu moins si je n’avais pas pensé que ça appartenait à Haru). Tout était … ahurissant, je n’avais pas d’autre mot. J’étais plongé dans la déprime de l’auteur tant les mots qu’il utilisait étaient justes et bouleversants à la fois. C’était du talent, du talent à l’état pur … même si je n’étais pas persuadé à cent pourcent que mon jugement était objectif.


Je mis le tout dans mon sac à dos et rentrais chez moi. J’avais tout de même hâte de raconter ma première journée à ma famille de délurés …

Par Miyuki Lee
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Samedi 30 mai 2009

Tentation
- Chapitre 1 : Différent -


Si des défauts tels que la maladresse et la procrastination vous rendent la vie difficile, mettez-vous dans la tête que le temps vous fera mûrir et que si vous le souhaitez, vous pourrez toujours corriger ces quelques lacunes avec de la volonté. Par contre, si vous avez la peau bien mâte dans un univers où tous ont la peau aussi pâle que neige et si vous vous appelez Torres dans ce même monde où tous s’appellent Yamada ou Takahashi, vous êtes mal barrés.


Et moi, j’étais mal barré. Oh, rien de bien extraordinaire en fait. Ma mère s’était tapé un Mexicain, un jour comme ça, sans raison particulière. Une envie de changement, je suppose. Elle était tombée enceinte et ne sachant pas exactement de qui elle était enceinte (Précision : elle était mariée depuis près de cinq ans et avait eu un bon nombre d’amants depuis), elle joua la bonne épouse et sa grossesse se déroula sans complication … C’est l’accouchement qui fut plus difficile. M’enfin, c’est vrai, quoi … Son mari, il n’était pas bête au point de penser qu’il avait mis au monde un enfant à la peau si mâte et il comprit immédiatement la supercherie. Le divorce ne se fit pas prier. Par la suite, ma mère retrouva le mexicain en question et l’épousa (encore aujourd’hui, je ne suis pas persuadé que ce mexicain-là soit mon véritable géniteur mais bon), nous donnant à elle et à moi le nom de Torres.


Malgré l’exquis mélange de cultures que j’étais, je fus plutôt traité comme un phénomène de foire au début. Non seulement parce que j’étais différent mais aussi parce que ma famille l’était. Le divorce était mal vu à l'époque et les jeunes, calqués sur le modèle de leurs parents si fermés d’esprit, ne se gênaient pas pour me faire comprendre que je n’étais pas des leurs. Mais peu importe, ça, c’était l’enfance. L’adolescence fut moins rude envers mes origines, même si cette sorte de discrimination ne s’était pas complètement dissipée du comportement de mes camarades. Et puis avec le temps, je m’étais moi-même assumé tel que j’étais, forçant les autres à faire de même. Mon passé n’était pas une longue suite de persécutions et de violences à en faire sortir les violons, juste l’histoire banale d’un gamin qui découvre que les regards des autres changent sur lui à mesure que son propre regard change sur lui-même.


M’enfin … la culture et le physique, c’était certes assez gênant (surtout que j’avais aucun moyen de passer inaperçu et que j’étais scruté par la population d’une manière … déroutante … comme si j’étais une espèce rare de guépard sous-marin ou de baleine des sables). Mais le pire, c’est que comme si je n’étais pas déjà assez marginal, j’avais aussi hérité de ce penchant troublant pour les garçons. D’accord, dans les mangas fleurs bleues que les filles adoraient, c’était tout à fait possible que deux garçons en viennent à s’aimer passionnément pour ensuite finir par révéler leur amour au grand jour sous les applaudissements de leurs amis et de leur famille. Dans la réalité, c’était simplement comme le fait d’arpenter les rues du centre-ville sans tomber toutes les cinq secondes sur un McDonald. Impossible. De toute façon, les homosexuels se cachaient tant et si bien qu’on ne les voyait jamais et que l’on n’en entendait jamais parler. Cinquante pourcent d’entre eux s’étaient suicidés à l’adolescence, quarante-neuf pourcent avaient refoulé ce côté de leur personne pour se marier et le un pourcent restant, c’étaient les gens comme moi qui le savait et qui ne savaient pas quoi en faire. L’homosexualité, c’était un tabou. Personne n’en parlait, personne n’osait aborder le sujet. Alors forcément, trouver quelqu’un de semblable à soi-même dans cette grande métropole, c’était chercher une aiguille dans une botte de foin.


Toujours est-il que je ne m’en souciais pas trop à ce moment-là. J’avais atteint mes vingt-trois ans la semaine dernière et mon seul souci était mes futures études littéraires. J’avais repassé près de quatre fois les examens d’entrée avant de les réussir. Ma rentrée scolaire dans la plus prestigieuse université de Tokyo était prévue pour le lendemain et je ne tenais plus en place. J’avais passé les trois dernières années à prendre des cours du soir et à collectionner les petits boulots dans les fast food puis dans les librairies. Aujourd’hui, je vivais toujours chez mes parents mais j’avais acquis l’argent nécessaire pour voler de mes propres ailes … pour quelques temps, du moins.

Ce soir-là, ma mère et le Mexicain (Je n’avais jamais pu me résoudre à l’appeler papa malgré le fait que nous étions très proches. Le truc, c’est que ma mère l’avait toujours appelé le Mexicain devant moi alors forcément, c’était resté) avaient préparé un repas très copieux et avaient décoré la salle à manger afin de fêter mon entrée à l’université. Les jumelles (mes deux sœurs, Miki et Isaki, âgées de onze ans) étaient venues me porter quelques cadeaux qu’elles avaient elles-mêmes confectionné (des porte-clés et des bracelets). Nous étions autour de la table en train de nous disputer les nombreux plats concoctés avec ce merveilleux talent de cuisine … que ma mère et le Mexicain ne possédaient pas.


« Dis, Nao, tu vas te marier bientôt ? » demanda Miki en sautillant sur sa chaise.


Le regard de ma mère s’illumina à cette seule remarque. La question devait la tarauder elle aussi depuis le temps. Quant à mes deux jeunes sœurs, elles étaient tout simplement très enthousiastes à l’idée d’assister à une telle cérémonie où nos parents se verraient dans l’obligation de leur acheter des tenues adéquates.


« Pas pour le moment, dis-je en souriant.


- Elle est mignonne la petite Telika, dit le Mexicain en m’adressant un sourire espiègle.


- Mais elle n’est pas pour moi, marmonnais-je, on est juste amis.


- Je l’ai vu dans son regard, dit ma mère, elle ferait une très bonne amante !


- T’es incorrigible, soufflais-je sans pouvoir m’empêcher de sourire, mais bon, je ne veux pas me marier. Pas ici en tout cas.


- Toujours ce projet de partir en Angleterre ? demande le Mexicain.


- Évidemment ! m’exclamais-je. Je suis pas comme vous, moi ça m’énerve qu’on nous regarde comme un troupeau d’extraterrestres quand on marche dans la rue. »


Faux. Je m’en foutais comme de la température au Nebraska. Mais les gens avaient une ouverture d’esprit là-bas qu’on ne retrouvait pas dans l’état où je me trouvais. J’avais même entendu dire qu’ils avaient légalisé le mariage entre deux personnes de même sexe. Quand mes amis rêvaient de liberté, ils parlaient de partir aux États-Unis. Et voulant sortir du lot (comme j’avais l’habitude de le faire en toutes circonstances), j’avais parlé de l’Angleterre. À la différence que moi, je ne faisais pas qu’en rêver, je le projetais.


« Tu vas épouser une Anglaise alors ? demanda Isaki.


- Bah … sûrement, répondis-je.


- C’est fou comme les filles ont l’air de t’attirer ! » ironisa le Mexicain en riant.


Je me contentais de sourire à cette remarque. Que pouvais-je faire de plus ? Leur mentir ? Je n’en avais même pas la capacité. Lorsque je mentais, toutes mes expressions faciales le disaient. Ma famille me connaissait trop bien pour que je tente un quelconque mensonge.


Voyant que je ne répondais pas, le Mexicain et ma mère se regardèrent un long moment sans parler, comme s’ils communiquaient par ce seul contact. Leur regard était sévère et je fus pris de sueurs froides. Avaient-ils deviné ? S’apprêtaient-ils à me poser LA question à laquelle je ne pourrais mentir et qui me conduirait à la perte de ma famille qui payait justement mes études ? Au bout d’un moment, ils brisèrent tout de même le silence qui s’était installé.


« Je n’ai pas été clair, soupira le Mexicain.


- C’était quand même assez voyant comme perche. » marmonna ma mère.


Ils prirent une grande inspiration et se tournèrent à nouveau vers moi.


« Naoaki, aimes-tu les hommes ? demanda ma mère d’un ton calme.


- Bah … comme tout le monde, répondis-je de manière évasive.


- Mais sentimentalement … et surtout sexuellement, aimes-tu les hommes ? me
demanda le Mexicain.


- Euh … bah … j’ai jamais essayé, marmonnais-je.


- Es-tu homosexuel ? questionna ma mère.


- … Je ne m’abaisserai pas à répondre à une telle question, répondis-je en détournant le regard.


- Alors ça ne te dérange pas si on arrange un miaï (rencontre en vue d'un mariage)entre toi et Telika ? demanda le Mexicain


- … Hum oui … mais … c’est parce que je vais en Angleterre après et … Telika … ne parle pas anglais … et elle aime le Japon alors …


- Et si on te payait une prostituée pour ton entrée à l’université ? dit ma mère d’un ton enjoué. Après tout, à ton âge, on devrait connaître ce genre de plaisir !


- Maman ! m’exclamais-je, outré.


- Je suis tout à fait d’accord avec l’idée de ta mère ! dit le Mexicain en souriant.


- Papa, c’est quoi une prostituée ? demanda Isaki.


- Ok, c’est bon, vous avez gagné, soupirais-je, je suis gay. »

Le Mexicain et ma mère se lancèrent un regard victorieux puis élevèrent leur main pour la frapper l’une dans l’autre. Miki soupira puis donna la pièce qu’elle avait dans la main à sa sœur, comme elles faisaient lorsqu’elles pariaient sur quelque chose. Je les regardais, interloqué.


« Et le sermon ? Le reniement ? Le dégoût ? Les larmes ? Les crises de colère ? demandais-je.


- Mais chéri, c’est très bien que tu sois ainsi ! me rassura ma mère. En plus, tu sais ce qu’on dit ! Les homosexuels ont plus de plaisir sexuel que les hétéros car étant du même sexe, ils savent comment faire ...


- Pitié maman, la coupais-je en me prenant la tête entre les mains, pas devant les petites !


- Ça veut dire que tu as déjà couché avec des femmes ? demanda le Mexicain à ma mère.


- NON ! STOP ! m’écriais-je. Ne réponds même pas à cette question ! Je ne veux pas savoir !


- Oh, voyons Nao. Tu sais que notre famille est très ouverte d’esprit sur le plan sexuel. D’ailleurs, as-tu déjà eu des expériences sexuelles avec des hommes ?


- Non maman, soupirais-je.


- Même pas avec le petit Kiyoshi quand tu avais quinze ans ?! s’exclama le Mexicain.


- Bien sûr que non ! répondis-je.


- Vous dormiez dans le même lit et vous avez rien fait ?! s’exclama Isaki.


- Hey, t’as onze ans ! répliquais-je. À ton âge, on ne devrait pas penser à ça ! Et je te rappelle que tu dors dans le même lit que ton amie Rina quand elle vient à la maison, ce n’est pas pour autant que vous faites des cochonneries !

- Moi je suis pas homosexuelle et j’ai pas encore de désir sexuel ! répliqua-t-elle en me tirant la langue.


- Vous vous rendez compte de ce que vous apprenez à vos gamines ? soupirais-je en lançant un regard désapprobateur à mes parents.


- Nous ne devons pas leur mentir, répondit le Mexicain, elles doivent savoir que les bébés ne poussent pas dans les choux et qu’ils ne sont pas apportés par la cigogne. Le sexe n’est pas un sujet tabou dans notre famille. »

Les gamines hochèrent la tête avec le sourire. J’étais vraiment venu au monde dans une famille de marginaux. Si un Japonais normal était venu manger chez nous un soir, il en serait sorti complètement sidéré et aurait sûrement prévenu l’asile le plus proche pour nous faire tous enfermer. Mais bon, pour être complètement franc envers moi-même, il me fallait avouer que j’aimais ma famille comme elle était. Je l’adorais même. Mes parents étaient complètement délurés, pas très matures et jamais dans les normes. Quant à mes jeunes sœurs, elles en étaient des copies miniatures. Mais ils étaient ouverts d’esprits à un point que j’avais sous-estimé avant ce soir. Ça me faisait les aimer davantage, je dois dire …


« Mais pourquoi tu l’as pas dit plus tôt que t’étais homo ? demanda Isaki.


- Les parents n’arrêtaient pas de te tendre des perches ! soupira Miki. On s’en doutait depuis longtemps, on voulait juste que tu l’avoues ! T’étais trop bête pour comprendre ?


- Bah … peut-être bien, soupirais-je, j’ai pas pensé qu’ils accepteraient ça …


- PARDON ?! s’écria ma mère. Ne t’avons-nous pas élevé dans la tolérance et l’ouverture d’esprit ? Un monde sans tabou ?!


- Oui mais vous avez jamais parlé d’homosexualité, le Mexicain et toi.


- Si, si, répondit le Mexicain, je t’ai parlé de ton oncle Antonio qui vivait avec un homme.


- Bah ouais … mais quand t’as dit qu’il vivait avec un homme, j’ai pas pensé qu’il était homo, moi … »


Ma famille soupira en cœur, affligée devant ma stupidité.


« Vous auriez pu faire mieux quand même. Du genre dire que vous étiez pas
homophobes et que vous compreniez pas les gens qui l’étaient. Un truc comme ça …


- Et puis quoi encore ? Afficher le drapeau gay dans le salon ? Oh, Dios mio ! Qui m’a donné un fils aussi con ? soupira le Mexicain.


- Tu épouseras un bel Anglais pour moi ! roucoula ma mère. Pas un Japonais ! Ils font de mauvais maris !


- Et c’est pour quand le mariage ? demanda Miki.


- C’est pas encore d’actualité, répondis-je.


- Pas de petit ami ? demanda ma mère.


- Non … jamais.


- Pff, soupira le Mexicain, qu’as-tu fais de ta jeunesse ?


- Bah essayez de trouver un homo ici, vous ! S’ils le sont, ils le crient pas sur tous les toits quand même !


- Tu pouvais toujours les convertir, soupira ma mère, tu es trop beau pour rester seul, Nao. »


Je lui adressais un sourire plein de tendresse. C’était fou comme mon appréhension de leur réaction avait été démesurée. Je m’étais fait des scénarios abominables dans ma tête. Voilà pourquoi j’avais projeté leur annoncer ce fait après m’être installé en Angleterre, quand je serai trop loin pour subir leurs reproches et leur déception.


- Gracias, murmurais-je.


- Inutile de me remercier pour ça ! s’exclama ma mère. C’est la pure vérité.


- Non, pas pour ça. C’est juste que je pensais pas pouvoir vous l’avouer un jour. Je suis content de votre réaction à tous …


- C’est rien, Nao ! dit le Mexicain en se levant de table. Bon Buenas Noches à tous. Je vais me coucher !


- Il est que dix-neuf heures ! s’exclamèrent les petites d’une même voix.


- Oui mais votre maman et moi, on a passé la nuit passée à faire l’amour hier et je suis épuisé, répondit-il en s’éloignant vers sa chambre.


- Sympa de partager ! soupirais-je.


Ma mère et mes deux sœurs se contentèrent de sourire à ma remarque.

Par Miyuki Lee
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