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Bienvenue


Bienvenue dans mon p'tit univers,

Je n'ai pas la prétention de dire que mes écrits sont réalistes, j'écris pour faire rêver et pour sortir de mon quotidien. Mon seul but est d'amener le lecteur faire un p'tit tout dans mon imaginaire très très gay.. 


Mes histoires :

 

May Angels Lead You In : 13 ans, une relation ambiguë avec le fils de l'employée de maison, une homosexualité refoulée, une famille chiante et une sensibilité de fille ... Mais que dire ? Ma vie n'est
pas conventionnelle et ne le sera probablement jamais, autant me faire à l'idée [Terminé]

Dark Waltz : 16 ans, une famille fantôme, un ex petit ami qui ne s'est pas résolu à sortir de mon coeur, une meilleure amie lesbienne et une relation d'amour/haine avec un danseur à la sensualité débordante . Aux dernières nouvelles, ma vie n'est toujours pas conventionnelle. [Prologue en cours d'écriture] [Suite de May Angels Lead You In]

Cap ou pas cap ? : Guillaume est un chirurgien réputé dont personne ne connait les faiblesses. Marié depuis longtemps avec Amandine, il ne peut la quitter maintenant qu'elle se déplace en fauteuil roulant. Mais quand Djamel vient briser sa carapace, tout change ... [2ième chapitre en ligne]

Tentation : Naoaki Torres, métis dans une société complètement nippone et issu d'une famille d'obsédés sexuels, s'amourache de Haru Sekisawa, père célibataire de dix-huit ans; arrogant et taciturne. Comme s'il n'était pas déjà assez en marge de la société ... [1er chapitre en ligne]


Projets / En cours d'écriture :


Légende Urbaine  : Lui ? Le Roméo de ces dames, le tombeur (malgré lui) par excellence. Un simple pari avec des amis chamboule son quotidien. Il doit faire craquer Isaiah, le grand taciturne que les rumeurs disent homosexuel. Mais Roméo se prend les pieds dans son propre piège et la situation tourne d’une drôle de manière … [1er chapitre écrit]


Au-delà Des Montagnes : Le village de Kahan recueille un jeune garçon dont on confie l’éducation à Yohan, combattant prometteur de sa génération. Le plus jeune s’amourache de son aîné pour qui il voue une admiration sans bornes mais bientôt, l’élève dépasse le maître et la séparation est imminente … [2ième chapitre en cours d'écriture]


Fics en arrêt :

Forbidden Love : Le plan d’un élève, Faye Lind, qui tente d’avoir des relations sexuelles avec son professeur de français, Derek Eyston, afin de pouvoir l’accuser de viol et de détournement de mineur pour toucher l’argent du procès. [1er chapitre disponible]

Atteindre une étoile : Alexis est susceptible, colérique et taciturne. Benjamin est enjoué, souriant et créatif. Malgré leurs différences, ils forment un couple depuis plus de deux ans. Lorsque le talent d’acteur de Benjamin est repéré et qu’il est admis dans une école de théâtre à l’autre bout du pays, Alexis comprend qu’il sera dur de garder son petit ami... [1er chapitre disponible

 

 

Les mises à jour seront faites ... au gré de mes humeurs XD
Plus sérieusement, je vais essayer de pas accumuler les retards quand même mais il y a toujours une fic sur laquelle je travaille plus que sur les autres.

 

Bises à tous et bonne lecture.

 

Miyuki Lee

 

Dark Waltz

Mercredi 8 juillet 2009
Salut les gens ^^ ! Merci énormément pour tous vos commentaires, je suis contente de voir que le début de mon histoire est apprécié. Pour Lilly, je ne sais pas trop si mon style d'écriture a changé ... Dur de juger par soi-même n.n''. Dans tous les cas, j'espère simplement que c'est un changement positif ^^. Pour sakura, j'ai publié Cap ou pas cap sur FictionPress depuis un petit bout de temps déjà mais cette fic qui devait comporter trois chapitres n'en a que deux et je n'ai pas vraiment été inspiré pour la suite ... autant ne pas mettre une énième fic inachevée ici. Mais bon, dès que je saurai exactement comment terminer tout ça, je publierai. Et puis, oui, évidemment que Devon va revenir dans cette histoire ^^ plus tôt que tu ne pourrais le penser d'ailleurs ! À tous, merci de vos encouragements, je suis contente de savoir qu'Eddie est apprécié puisqu'il est là pour rester ;) Bref, bonne lecture !

Depuis ma séparation d’avec Devon, mes songes étaient le reflet de ce présent avec lui que je n’avais jamais pu connaître. Bien que certains gardaient la fantaisie et le surréalisme propres aux rêves, d’autres étaient réalistes au point de se confondre avec la vérité de mon existence actuelle. Cela me déconcertait et me plongeait dans une sorte de mélancolie que mon entourage apparentait à cette manière que j’avais d’être toujours si renfermé. John Mayer disait dans l’une de ses chansons que lorsqu’on rêve avec un cœur brisé, le plus difficile est de se réveiller. Il n’avait pas tort. Il y avait de ses journées où j’aurais préféré y rester et rêver le présent que je voulais tant. Je n’étais pas constamment malheureux contrairement à ce que l’on pourrait croire mais l’amour était un manque dans mon existence, un sentiment dont j’avais besoin mais auquel je n’avais plus accès. D’un côté, Devon était toujours en possession de mon cœur et d’un autre, je n’étais pas en mesure d’envisager une relation durable avec un autre. Je crois que j’étais beaucoup trop apeuré par les autres en question. Je ne pouvais offrir à un garçon la confiance que nécessitait une relation sérieuse tant j’avais peur de m’attacher à lui et de souffrir. Je m’étais brûlé à l’amour une fois et je n’avais plus été capable de l’aborder à nouveau.

C’est ce qui fît que la potentielle relation amoureuse qu’Edward avait entrevue ce matin-là s’était effondrée aussi facilement qu’un château de cartes. Mon passé me poursuivait encore et ma peur du présent me laissait indifférent à l’amour des autres. Edward n’avait rien à se reprocher, loin de là. Mais ce matin-là, il se retrouva face à un mur et la déception que je lus sur son visage me marqua tant elle était profonde. Pas sa déception par rapport à ce que j’étais mais sa déception par rapport à lui, à ce qu’il n’avait pas su faire pour me retenir.

Quand je m’étais réveillé, le corps de mon amant contre le mien, je m’étais cru dans mes songes, dans ces rêves qui m’apportaient la sensation de Devon, de sa chaleur et de la douceur de sa peau. Une fois mes yeux ouverts sur la peau si foncée d’Edward et sur ses traits tellement différents, je m’étais senti comme trahi par mes propres sens. Ce corps pourtant si parfait me dégoûtait. Il avait le défaut de ne pas être celui de mon ex petit ami. Ce devait être la première fois que je me réveillais au côté de quelqu’un d’autre et ça me mettait mal à l’aise. Edward se réveilla à peu près au même moment que moi et je tentais de garder mon calme, de me montrer moins énervé que je l’étais à l’intérieur.

Il s’étira, se tourna vers moi puis chercha mon regard du sien. La tendresse portée dans ce simple contact visuel me rendait d’autant plus mal à l’aise. Je regrettais mes agissements d’hier et me demandais ce qui m’avait poussé à agir ainsi.

 

« Mathéo, murmura t-il avec un sourire amusé au coin des lèvres.

- Edward, répondis-je sur le même ton sans parvenir à imiter son sourire.

- Eddie, me corrigea-t-il, je n’aime pas ce prénom …

- J’aurais dû m’en rappeler, soupirais-je, désolé. »

Edward se redressa légèrement sur le canapé où nous étions tous deux allongés et son regard se fit plus inquiet que tendre, comme s’il avait perçu le malaise dans mes yeux.

« Quelque chose ne va pas ? me demanda-t-il aussitôt.

- Juste que … Je sais pas, je regrette pour hier.

- C’est la première fois que tu couches avec quelqu’un dès le premier soir ? me demanda-t-il.

- Non … mais c’est la première fois que je me réveille avec quelqu’un avec qui j’ai couché dès le premier soir.

- Je vois … Tu aurais préféré te réveiller avant moi pour pouvoir t’éclipser sans que je m’en aperçoive ? me dit-il sur le ton de l’affirmation.

- Non … enfin, je ne sais pas. Écoute, je suis un cas désespéré sur le plan amoureux. Je ne sais pas ce que je veux et j’ai une tendance grave à agir sur des coups de tête. Je ne pense pas vouloir aller plus loin …

- Je ne te l’ai pas proposé, répondit-il d’un ton sec, je ne vais pas m’attacher davantage si tu collectionnes les coups d’un soir.

- Je ne suis pas ce genre de mec …

- Comment pourrais-je le savoir ? Je ne te connais pas.

- Je sais bien … Peu importe, je suis désolé. »

Je me levais difficilement tant mon corps était courbaturé à cause de la position fort inconfortable dans laquelle je m’étais endormi et à cause de la dureté du canapé. Mes vêtements étaient éparpillés aux quatre coins de la pièce et je les repérais rapidement pour ensuite les enfiler sous le regard d’Edward que je devinais mêlé de déception et de mépris. Je m’apprêtais à sortir de la pièce lorsque la voix de mon amant s’éleva derrière moi :

« Mathéo, attends. » dit-il d’un ton calme.

Je me retournais lentement vers lui, m’attendant à recevoir une série de reproches sur mon comportement déplorable.

« Après-demain, je présente un numéro de danse contemporaine à la même place. Si le cœur t’en dit, viens me voir. Après tout, il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis. »

J’hochais la tête avec peu de certitude tout en me retournant pour sortir de la pièce. Je savais pertinemment que j’allais rester un idiot sur ce coup-là.

*

 

Claudia et Tiffany étant parties depuis bien longtemps déjà, je me retrouvais dépourvu de véhicule de retour. Appeler un taxi était hors de mes moyens et les batteries de mon portable étaient à plat, il fallait donc que je marche jusqu’à l’arrêt de bus le plus proche qui devait être à deux kilomètres environ. Un soleil de plomb s’abattait sur ma tête et j’étais épuisé. La marche jusqu’à l’arrêt de bus s’avéra donc une tâche fastidieuse qui me demanda toute l’énergie que je possédais encore. Le quartier était beaucoup plus calme que la nuit précédente, il n’avait plus l’énergie qui me plaisait tant. Seuls les bistros que ma route croisait parfois semblaient animés. Les rues étaient à peu près vides et le peu de gens que je voyais ne possédaient pas la plénitude qui les avait animés la veille. Je marchais de mes jambes engourdies et quand j’arrivais après une demi-heure de marche, je me laissais tomber à terre, trop fatigué pour me tenir  sur mes jambes plus longtemps. J’aurais pu m’endormir sur place si je n’avais pas eu à guetter l’autobus qui arriva quelques minutes plus tard.

Une fois assis dans le véhicule, je me laissais aller au sommeil réparateur qui me manquait tant. De toute façon, je m’arrêtais au terminus, il m’était impossible de manquer mon arrêt. Je me laissais donc bercer par le rythme imposé par l’autobus et appuyais ma tête contre le dossier de mon banc.

Je me réveillais un peu avant l’arrivée de l’autobus au terminus qui se situait à quelques pas de ma demeure. Je descendis du véhicule, le corps encore emmitouflé du sommeil qui m’avait habité et la bouche pâteuse. Il me fallait arpenter quelques rues encore mais la force n’y était pas. Je décidais donc de m’asseoir un peu, le temps de retrouver complètement mes esprits. Tandis que je sortais peu à peu de mon état comateux, un sentiment profond d’amertume s’intensifiait en moi et me rappelait la manière immonde dont j’avais traité mon amant d’une nuit. D’un côté, je ne regrettais pas de lui avoir avoué que je n’entrevoyais pas d’avenir pour notre couple potentiel mais d’un autre, j’étais découragé par le blocage que mon cœur s’évertuait à effectuer chaque fois que je me rapprochais de quelqu’un dont j’étais susceptible de tomber amoureux. J’avais aimé passer la nuit avec lui car physiquement, on s’accordait de manière fusionnelle, répondant avec exactitude aux désirs de l’autre comme si nous nous connaissions déjà depuis de nombreuses années. Je n’avais jamais connu cela auparavant, je n’avais jamais eu la force de faire preuve d’autant d’assurance dans une relation charnelle. Mais le désir que j’avais ressenti ce soir-là dépassait tout ce que j’avais pu imaginer auparavant. Le corps d’Edward Malik m’avait attiré aussi facilement qu’un aimant et m’avait poussé à me dépasser complètement. Seulement, ce n’était que du désir, aussi fort soit-il. Et le désir n’était pas vraiment une base pour une relation durable car il s’estompait au fil du temps. Je ne connaissais d’Edward que son corps, pas son caractère, pas sa manière d’agir, pas son passé, seulement son corps. Ce n’était pas suffisant et je n’avais pas la volonté de le connaître autrement. Pas encore.


Le soleil brillait toujours aussi fort et lorsqu’une part d’ombre me rafraîchit de sa chaleur, je pris conscience du monde qui m’entourait et que j’avais oublié tant mes pensées m’occupaient. Je levais les yeux vers la silhouette qui me faisait face et me bloquait de la lumière solaire. Une femme d’une vingtaine d’années se tenait devant moi, un sourire timide étirait ses lèvres fines et ses yeux me scrutaient de manière curieuse et émue à la fois. Je ne sais pas si la fatigue embrouillait mes sens ou si mes yeux avaient été trop aveuglés par le soleil un peu avant, toujours est-il que je mis quelques secondes pour reconnaître son visage et ses traits harmonieux. Néanmoins, ma réaction fut immédiate lorsque mon esprit fit le lien entre cette femme et Shana : je me jetais à son cou.

Shana … ma seconde mère en quelque sorte. L’employée de maison que mes parents avaient engagée neuf ans auparavant et qu’ils avaient renvoyée la veille de mon entrée au collège. Pendant près de cinq ans, elle avait prêté une oreille attentive à mes problèmes enfantins, elle m’avait materné et aimé comme une véritable mère l’aurait fait. Elle faisait partie de mon passé, avait contribué à faire de moi ce que j’étais aujourd’hui. L’émotion qui me traversait à ce moment même était indicible. J’étais heureux et tellement ému à la fois. Je la serrais contre moi comme j’avais tant rêvé de le faire pendant une majeure partie de ma première année de collège. Elle m’avait énormément manqué et je n’avais jamais vraiment songé que le fait de la revoir était une éventualité. Je la croyais partie du pays, définitivement hors de mon existence. Cela devait faire près de quatre ans qu’elle m’avait quitté.

Ses bras s’étaient posés sur les miens, m’avaient éloigné d’elle le temps qu’elle regarde attentivement mon visage puis m’avaient à nouveau attiré contre son cœur tandis que des larmes roulaient sur ses joues.

« Mathéo ! souffla-t-elle à mon oreille. Tu as tellement grandi ! Bon sang, tu es plus grand que moi maintenant ! Tu es devenu tellement beau ! Je suis si contente de te revoir ! »

Elle me serra contre elle à m’en étouffer et je restais sans voix tant ma gorge était nouée par l’émotion qu’une telle surprise m’apportait. Nous restâmes enlacés un long moment avant de se séparer, de se regarder et de repérer tous les changements que le temps avait apportés à nos visages respectifs. Par la suite, nous nous assîmes sur le banc que j’avais précédemment occupé et Shana essuya ses larmes d’un revers de main.

« Qu’est-ce que tu deviens ? me demanda-t-elle d’un ton qui trahissait toute l’émotion qui la traversait encore.

- Un adolescent en pleine crise, répondis-je en esquissant un sourire amusé, et toi ? Qu’est-ce qui t’arrives depuis tout ce temps ? Pourquoi tu n’as pas cherché à reprendre contact avec moi après ton renvoi ? Tu es restée dans le coin ?

- Oui, j’habite encore la même ville mais un peu plus loin de chez toi, proche de ton collège. Je travaille en tant que serveuse dans un café du coin … Tes parents ne t’ont jamais parlé des raisons de mon renvoi ?

- Pas directement … mais je l’ai su. Ça n’a aucune importance pour moi de toute façon, ils m’ont envoyé dans un camp de réorientation sexuelle pour la même raison.

- Oh, s’exclama-t-elle tandis que ses yeux s’écarquillaient sous la surprise qu’une telle nouvelle provoquait, je suis désolée … Ça a changé quelque chose ?

- Par rapport au fait que je sois gay ? Non … pas du  tout.

- Sois fier de ce que tu es, me dit-elle en affichant un sourire tendre, on est des battants dans ce monde. De toute façon, tu ne dois pas avoir tant de mal à te faire accepter, n’est-ce pas ?

- Par ma famille, je ne l’ai jamais vraiment été. Mais à l’école, tout le monde est au courant depuis longtemps et ça ne m’a jamais vraiment posé de problèmes jusque là.

- Un petit ami ?

- Non et toi ? Célibataire ou en couple ?

- Laissée tomber comme un déchet il y a quelques mois.

- Je suis désolé … Ça doit être dur.

- Non, dit-elle en secouant la tête, je n’ai pas de mal à faire face à une peine d’amour et je m’en suis remise rapidement. Il y a d’autres poissons dans l’océan après tout.

- Content que tu l’aies pris aussi bien, lui dis-je en esquissant un sourire, quelqu’un d’autre en vue ?

- Je me laisse du temps, répondit-elle, la vie de célibataire mérite aussi d’être vécue à fond. »

J’hochais la tête sans pour autant être complètement en accord avec ses dires. Je n’avais pas l’impression que le fait d’être célibataire pouvait être vécu à fond à la même manière qu’on donnait tout de soi-même, toute sa passion et son cœur lorsqu’on était avec quelqu’un. Je n’avais connu de bonheur plus puissant que celui éprouvé aux côtés de Devon. Je concluais donc que mon bonheur n’était pas indépendant de l’amour.

« Et de ton côté, quelqu’un en vue ?

- … Oui et non, c’est compliqué.

- Raconte-moi ! s’exclama-t-elle. J’ai l’impression d’avoir perdu tellement de temps par rapport à toi, je veux savoir tout ce qui s’est passé depuis mon départ. »

J’avais envie d’étaler mes problèmes pour leur donner un sens de toute façon, pour les analyser avec plus de lucidité. Je confiais donc sans retenue à Shana ce qu’avait été ma désastreuse vie amoureuse et sociale depuis son départ, décrivant avec nostalgie mon histoire avec Devon, mon séjour au camp, mes histoires de cœur qui avaient lamentablement échoué par la suite jusqu’à mon aventure d’un soir avec Edward Malik. Le tout sans omettre les détails que l’on évitait en général avec les adultes par peur de les choquer. Mais je savais Shana plus ouverte d’esprit que la plupart des gens et bien qu’elle sembla parfois mal à l’aise à certains points de mon histoire, je crois que ce fut plutôt le fait de réaliser que j’avais beaucoup évolué par rapport à l’image du préadolescent qu’elle possédait encore de moi. Elle me prêta l’oreille attentive qu’elle m’avait prêtée tout au long de mon enfance et attendit la fin de mon récit pour me faire part de ses précieux conseils.

« Tu n’as pas revu Devon depuis toutes ces années ? me demanda-t-elle

- Pas une seule fois, pas même en photo. On s’écrit des fois, c’est tout.

 
- Tu sais, on n’oublie jamais vraiment son premier amour …

- Je sais, on me le dit souvent.

- Néanmoins, ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas aller de l’avant. Tu aimes le Devon que tu as connu quelques années auparavant mais les gens changent et dis-toi qu’il ne s’agit plus de la même personne et qu’il a évolué depuis tout ce temps. Ne t’empêche pas de tomber amoureux à nouveau.

- Ce n’est pas volontaire, Shana. Je ne m’en empêche pas …

 

- Évidemment, tu n’en as pas l’impression pourtant tout ne tient qu’à toi. Tu devrais accepter de voir Edward après-demain.

- Je ne suis pas prêt à ça.

- Pas prêt ? Ça fait trois ans que ça dure, Mathéo … De toute façon, ça ne t’engage à rien. Mais si Edward te plaît, pourquoi te priver de sa présence ?

- Physiquement, il me plaît. Autrement, je ne le connais pas du tout.

- Raison de plus pour le revoir.

- Je n’en ai simplement pas envie, Shana … Je ne suis pas prêt à ça.

- Tu as besoin de reprendre ta vie amoureuse en main, Mathéo. Tu ne peux pas continuer ainsi toute ta vie. »

C’était comme si une partie de moi savait qu’elle avait raison et qu’une autre partie de moi se refusait à lui accorder la raison. Cette seconde partie de moi qui s’évertuais aussi à ne pas prolonger mes relations au-delà du niveau charnel. En songeant plus longuement à cette histoire d’un soir avec Eddie, je me rendais compte que je m’étais comporté comme le salaud que je n’avais jamais voulu être. Il n’avait pas été le premier coup d’un soir, ça non … mais il avait été le premier dont j’avais perçu la déception, le premier que j’avais vu désemparé à cause de ma conduite déplorable. C’est ce qui faisait que je me sentais si sale, si lâche à ce moment même.

« Shana … et si je n’étais pas capable de reprendre ma vie amoureuse en main ? Je ne sais pas comment m’y prendre, je ne sais plus comment agir. J’ai simplement peur de la personne que je deviens.

- Je peux être franche, Mathéo ? Même si ça peut être blessant ?

- Vas-y, au point où j’en suis …

 

- Tu as été blessé par un garçon et tu n’as pas eu la force de t’en relever. Tu as fini par te forger une armure des vices qu’on prête habituellement aux hommes. Te donner dans le sexe, dans les coups d’un soir, dans le rôle du bourreau des cœurs … ce n’est qu’une manière de t’emparer du contrôle que tu n’as jamais eu sur ta propre vie. Sauf que ce soir-là, avec Eddie, tu ne t’es pas enfui comme tu l’avais fait auparavant, tu n’as pas cherché à partir avant qu’il ne se réveille. Parce qu’une partie de toi voulait rester à ses côtés. Tu as peur d’être vulnérable, tu as peur qu’on perce ta carapace. Mais dans l’absolu, une relation amoureuse, c’est mettre son âme à nu devant son partenaire. Alors oui, peut-être que tu portes encore la blessure de ton ancienne relation avec Devon … mais j’ai l’impression que ce n’est qu’une excuse que tu te donnes à toi-même pour ne pas aller de l’avant et risquer de souffrir. Eddie te plaît, c’est un fait. Tu n’en es pas amoureux, certes, mais il te plaît. Alors cesse de te montrer faible, ça ne te va pas du tout. Essaye, même si l’envie n’y est pas, même si tu as peur, essaye de le revoir, essaye de l’aimer. »

Je restais immobile, figé par son discours un peu décousu qui m’avait néanmoins percé à jour avec une facilité déconcertante. Je me reconnaissais dans ses dires même s’il ne plaisait à mon orgueil de l’avouer. Elle avait raison … et qu’elle m’expose mes faiblesses aussi fermement m’avait fait du bien.

« Merci. » murmurais-je.

Elle m’adressa un sourire franc puis me serra tout contre elle à nouveau. Le sujet de notre conversation s’était modifié rapidement par la suite et nous échangeâmes quelques banalités dans le but d’alléger le poids de notre dialogue précédent. Shana dut partir ensuite, elle était déjà largement en retard à son boulot. Elle me laissa ses coordonnées en me rappelant maintes fois que je pouvais la contacter à tout moment si j’en éprouvais le besoin.

Je me sentais beaucoup mieux que dans la matinée, comme si le fait que Shana m’expose clairement le problème de mon existence m’incitait à effectuer les démarches nécessaires pour en trouver la solution. Revoir Edward … Étrangement, cette perspective m’était beaucoup moins désagréable à présent. Le revoir signifiait me jeter dans le vide, dans l’inconnu, entreprendre d’une manière différente un chemin que j’avais tenté avec Devon quelques années auparavant. La peur était toujours présente mais quelque part en moi, il y avait aussi une part d’excitation …

Je repris le chemin de mon domicile, les idées beaucoup plus optimistes et le cœur plus léger. J’allais me racheter auprès d’Eddie, lui prouver que ma confusion n’avait été que passagère et me défaire peu à peu de ses craintes qui obscurcissaient mon jugement. Et pourquoi ne pas revenir sur mes pas ? L’attente était trop longue, mon excitation face à ce que j’allais entreprendre était trop grande. J’allais prendre une douche, me changer, appeler Tiffany pour la rassurer puis je retournerai au quartier, plus précisément à l’endroit où j’avais rencontré Edward. Peut-être l’y trouverais-je. En cas contraire, j’allais attendre … ou alors, j’allais me renseigner auprès du personnel du club pour savoir où le trouver.

Le temps de mon retour à la maison me parut bien court tant il fut meublé de mes pensées et résolutions. Je me dirigeais vers l’entrée du sous-sol lorsque j’aperçus un vieil ami, assis en tailleur au bord du trottoir. J’aurais dû me douter dès ce moment que quelque chose clochait. Éric Dryden n’était pas matinal et sa nature paresseuse faisait en sorte qu’il ne s’était déplacé que de rares fois jusqu’à mon domicile, pour des raisons d’ordre scolaire. Mais ma surprise l’emporta sur les doutes que j’aurais du avoir. Je l’accueillis avec enthousiasme.

« Éric ! Bah ça alors, t’aurais dû me dire que tu passais, je serai arrivé plus tôt ! Tu m’attends depuis longtemps ?

- Non, non … À peine dix minutes.

- Tant mieux ! »

Je rentrais chez moi, Éric à ma suite. Nous nous installâmes dans le salon après avoir pris deux sodas dans le frigo. La journée était particulièrement chaude aujourd’hui, je ne tardais donc pas à mettre en marche le ventilateur. Éric n’avait pas dit un mot depuis que nous étions entrés et je mettais naïvement ce comportement sur le compte de la fatigue.

« Rayen te passe le bonjour, finit-il par dire après un interminable silence, il voulait passer te voir mais … il est toujours à Cuba.

- Bah ça va, je le reverrais à l’école.

- Je suis pas habile avec ces choses-là, Math …

- De quoi tu parles ?

- D’habitude, c’est Rayen qui aborde les sujets délicats … Pas moi. Et là, je dois te dire quelque chose … et c’est pas facile.

- Il s’est passé quelque chose de grave ?

- … Oui et non.

- Vas droit au but, Éric. »

Il prit une grande inspiration tandis que je me préparais intérieurement à entendre le pire :

« ... Devon a eu un accident de voiture récemment. »

Mon souffle se coupa, mon corps se figea, ma gorge se noua. Devon … un accident … un accident. J’assimilais la nouvelle avec difficulté tandis que je voyais Éric déglutir puis chercher ses mots.

« Il va bien, je te rassure ! s’exclama-t-il aussitôt en apercevant ma mine déconfite. Mais … il a demandé à te voir. »

Mon esprit était partagé entre le soulagement au sujet de son état de santé et le choc qui l’avait frappé à l’entente des derniers mots d’Éric. Je restais immobile et aucune expression ne tenta de passer sur mon visage. Étrangement, cette nouvelle fut plus difficile à assimiler que la précédente … Après toutes ses années, Devon voulait me voir. Devon voulait me voir …
Par Miyuki Lee
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Samedi 30 mai 2009

Dark Waltz

- Chapitre 1 : Rancœur -

« Joyeux anniversaire, Math. »

Le ton était mi-hésitant, mi-chaleureux. Une sorte d’affection un peu camouflée par le manque d’enthousiasme qu’elle suscitait. Ma mère se pencha à mes côtés pour poser ses lèvres sur ma joue en un baiser prompt. Elle déposa par la suite un gâteau à l’arôme de chocolat particulièrement alléchant devant mes yeux. À mes côtés, Tiffany m’esquissait un sourire de compassion. Elle savait que la situation me rendait mal à l’aise et que ce simple dîner d’anniversaire menaçait de se changer en une dispute générale d’un moment à l’autre. L’ambiance était tendue de la rancœur palpable que j’éprouvais pour ma mère et de l’embarras manifeste que ressentait celle-ci. D’un côté, je m’en voulais de faire subir une telle situation à Tiffany et d’un autre côté, je savais que sans sa présence apaisante, le tout aurait depuis longtemps dégénéré. Ma mère alluma les seize bougies semées sur mon gâteau puis je les soufflais sous les applaudissements de Tiffany. Par la suite, je découpais trois parts du gâteau et les servis à mes invitées.

« C’est très bon, madame Estbury. » dit Tiffany en affichant un sourire timide.

Ma mère, ravie de l’amabilité qu’on lui accordait pour la première fois ce soir, tenta de sympathiser davantage avec Tiffany.

« Contente que ça te plaise, répondit-elle en lui rendant un sourire similaire. Mathéo et toi vous connaissez depuis longtemps ?

- Environ trois ans. » dit-elle en me lançant un regard complice.

Tiffany parlait toujours de manière volubile. Elle aimait parler plus que quiconque dans mon entourage, elle aimait étaler son quotidien et ses souvenirs, elle aimait conter. Néanmoins, cette faculté l’empêchait parfois de réfléchir simultanément. Animée par le sujet, là voilà qui continuait sur sa lancée sans songer aux conséquences qu’elle pourrait engendrer.

« Au début, on ne s’entendait pas très bien puis on s’est retrouvés au camp ensemble. Ça nous a beaucoup rapprochés. Aujourd’hui, notre lien est presque fusionnel. Je considère Mathéo comme un frère. »

Elle qui avait espéré me toucher d’un tel discours, elle n’avait pas remarqué l’expression qui s’était installée sur mon visage ainsi que sur celui de ma mère lorsqu’elle avait prononcé le mot camp. Ma mère s’était contentée d’hocher la tête en détournant le regard, ce même regard qui portait tous les regrets du monde. Elle ressemblait à un enfant ayant commis une bêtise et attendant sa sentence. Malgré le ressentiment ardent que je ressentais, je restais calme en apparence. Je ne devais pas m’énerver contre ma mère, pas aujourd’hui.

« Donc vous aussi, vous êtes … dit ma mère sans oser terminer sa phrase.

- Oui, homosexuelle, compléta Tiffany »

Une fois de plus, ma mère hocha la tête, détourna le regard de peur de s’aventurer sur un sujet sensible de déclencher une énième dispute entre elle et moi. Chaque fois que nous devions passer du temps ensemble, nous avions le sentiment de marcher sur un terrain miné, un seul mot de travers était susceptible de provoquer une explosion. Je mangeais mon gâteau sans oser lever les yeux vers qui que ce soit.  

Le silence nous enroba, contribuant à la croissance du malaise qui infectait l’ambiance générale. Je sentais la main de mon amie s’agripper à la mienne sous la table. Elle tentait de m’apaiser du mieux qu’elle le pouvait malgré le fait qu’elle savait que rien ne m’irritait plus que la présence de ma mère. Je voulais partir. Me lever et partir. Rester loin de ma mère à jamais. Rien n’était plus difficile que d’haïr quelqu’un pour qui l’on avait un attachement aussi profond. Rien n’était plus difficile que d’être incapable de pardonner à sa propre mère. J’avais l’intime conviction que plus les années passaient, plus la rancœur que j’éprouvais à son égard me taraudait, creusait son chemin jusqu’à mon cœur dans le but de s’y ancrer définitivement. Je la haïssais, ce qu’elle avait fait me paraissait impardonnable. En même temps, je ne pouvais nier que je l’aimais. Et ce sentiment mitigé m’anéantissait. En ce moment même et chaque fois que je devais être près d’elle.

La soirée se déroula tout de même sans embûche, sans accrochage. Nous évitions avec justesse les mots qui auraient pu engendrer une quelconque dispute et accumulions les banalités. Ma mère me remit un présent de sa part, de celle de mon père et de mon frère. Il s’agissait d’une enveloppe contenant quelques billets. Je n’eus pas l’envie de les compter tant ce cadeau si impersonnel me déplaisait. Je mis le tout dans mon portefeuilles et présentais des remerciements plats à ma mère. Celle-ci remonta chez elle après m’avoir serré dans ses bras, espérant une longue étreinte que j’écourtais à son plus grand malheur.

 

Notre entente ne s’était jamais vraiment rétablie. J’avais pris beaucoup de recul par rapport à ma famille depuis que j’avais déménagé dans le sous-sol de notre demeure. Je ne mettais plus vraiment les pieds à l’étage puisque le sous-sol en question avait fait office d’appartement à plusieurs reprises pour les nombreuses femmes de ménage que mes parents avaient employées. De plus, après les nombreux incidents de mes treize ans, mes relations avec ma mère, mon père et mon frère s’étaient grandement dégradées au point que nous agissions comme de formidables étrangers l’un envers l’autre. L’été de mes treize ans, mes parents m’avaient envoyé dans un camp de réorientation sexuelle. Mon homosexualité les avait troublé plus qu’elle m’avait troublée alors. Ils ne pouvaient envisager mon avenir et le leur avec un tel ‘’handicap’’ comme ils l’avaient appelé eux-mêmes. Mais voilà, ce camp n’avait fait que redoubler mon angoisse face à mon propre avenir et avait retardé ce cheminement presque terminé jusqu’à mon acceptation. Je leur en voulais d’avoir commis une telle erreur. Je leur en voulais encore maintenant de tout mon cœur, plus encore qu’il n’était possible de l’imaginer. Ils m’avaient présenté de plates excuses après quoi, l’histoire avait été enterrée. Enfin … ils l’avaient enterrée, je n’avais pu m’y résoudre. Je m’étais éloigné d’eux de toutes les manières possibles, à commencer par l’endroit où je vivais. Lorsque mon père m’avait proposé d’emménager au sous-sol (sa manière de s’excuser, je crois), j’avais accepté sur le champ, sans me poser de question. Les premiers temps, je m’étais contenté d’y dormir et passais tout de même le plus clair de mon temps à l’étage, mais plus les mois passaient, moins je me sentais à ma place au sein de cette famille. Je m’étais donc exclu peu à peu, trouvant un boulot d’étudiant me permettant de payer ma propre nourriture et le mobilier nécessaire à un individu vivant seul en appartement. J’étais devenu indépendant et ma famille ne s’y était opposé d’aucune manière.

Tiffany devait dormir chez moi ce soir. Elle le faisait bien souvent d’ailleurs. Elle était ma plus tendre amie. Nous partagions un lien que peu de gens possédaient, une amitié bien plus forte qu’une quelconque fraternité. S’il y avait bien eu un avantage à mon séjour au camp de réorientation, cela avait été sa rencontre. Bien sûr, je l’avais connu auparavant mais d’une manière différente. Elle avait été la préadolescente amoureuse de moi qui me suivais comme une véritable sangsue puis le coup de cœur d’un bon ami. Puis je l’avais connu sous son vrai jour : une jeune fille magnifique, attentive, douce et troublée par son attirance grandissante pour la gente féminine. Son acceptation avait tout de même été moins longue que la mienne. Elle s’assumait et s’affirmait. Depuis près d’un an, elle était en couple avec Claudia : une sud-américaine de deux ans son aînée qui travaillait dans la soudure. Elles formaient un beau couple, solide et complice. Moi qui ne cessais de projeter ma seule véritable relation amoureuse sur toutes celles que j’entretenais à présent, je n’avançais pas et enviais leur bonheur. Je pense que jamais je n’avais pu passer par-dessus Devon qui avait été, disons-le franchement, l’amour le plus marquant de mon existence et pas seulement car il avait été le premier. J’étais toujours amoureux et je ne pouvais le nier. Nous communiquions toujours par le biais de courriels mais notre complicité et notre amour s’étaient estompés de manière considérable. Peut-être à cause de ma jalousie grandissante. Il avait aussi eu quelques relations amoureuses depuis notre séparation mais plus sérieuses et durables. D’une certaine manière, je lui en voulais d’avoir pu se remettre de cette relation aussi facilement après tout ce que nous avions traversé ensemble. De ces faits, je m’éloignais, échangeais quelques banalités avec lui sans faire de confidences. Je le perdais au fil du temps et j’en étais conscient. Néanmoins, nous vivions à des kilomètres l’un de l’autre et n’avions plus rien en commun. 

Ce soir-là avait eu quelques inconvénients tels que le dîner avec ma mère mais il me marqua pour d’autres raisons plus importantes. Je préparais le canapé pour que Tiffany y passe la nuit lorsque celle-ci sortit de la salle de bain accoutrée d’une robe noire très près du corps qui mettait en valeur sa silhouette svelte. Elle était maquillée et perchée sur ses talons hauts, magnifique. Je lui lançais un regard interrogateur.

« Tu sors ? demandais-je en fronçant les sourcils.

- On sort, rectifia-t-elle avec un sourire malicieux.

- Ah bon ?

- C’est ton anniversaire, Math et cette journée était merdique. Ce soir, je t’emmène dans un de mes endroits préférés.

- Pas un resto j’espère ? Je pourrais plus rien avaler là …

- Mais non, pas un resto ! Allez, tu vas voir ! Vas te mettre sur ton 31, Claudia vient nous chercher dans dix minutes, dès qu’elle termine de travailler.

- Déjà ?! m’exclamais-je, peu enclin à sortir à une heure aussi tardive.

- Oui ! Allez, dépêche-toi ! Mets ton t-shirt noir avec un jeans noir … et ahem … une chemise blanche par-dessus … et tes Converses ! Ça te fera un look décontracté et classe à la fois.

- Oui maman …

- J’espère que tu me portes plus dans ton cœur que ta véritable mère, dit-elle d’un ton taquin.

- Mouais. » marmonnais-je tout en me rendant dans ma chambre pour changer mes vêtements.

Tiffany avait une énergie constante et ne semblais jamais vouloir succomber au sommeil à moins d’y être contrainte par son horaire (les jours où elle devait aller au collège le lendemain, par exemple). Elle aimait sortir, rencontrer des gens et connaissait tous les coins branchés que notre banlieue possédait (j’avais d’ailleurs été persuadé qu’il n’y en avait pas tant notre coin était paumé). Néanmoins, je n’avais pas ce point en commun avec elle. J’étais quelqu’un de relativement solitaire et je préférais rester dans mon coin de temps à autre. Moi qui avais prévu une soirée tranquille devant un DVD, j’étais légèrement déconcerté, mais pas suffisamment pour lui refuser cette sortie qui semblait l’emballer plus que moi (à noter que ce devait être pour me faire plaisir avant tout). Le temps de m’habiller et de m’asperger d’un peu de parfum, je rejoignis mon amie devant la porte d’entrée où elle attendait patiemment sa dulcinée. Celle-ci ne tarda pas et en moins de deux, Tiffany m’entraînait à l’extérieur, me laissant à peine le temps de fermer à clé pour que nous montions dans le véhicule noir de Claudia. Nous roulions sur les paysages d’été que je connaissais par cœur pour les avoir parcouru un milliers de fois avec elles. Les fenêtres étaient ouvertes et emplissais mes narines de l’odeur de l’extérieur, mélange de chaleur et de nature. La route était tranquille, paisible. Il aurait été aisé de m’endormir mais bien vite, nous gagnâmes les rues animées du quartier gay de notre ville. Il semblait que ce coin ne connaissait pas la nuit. Tout était sans cesse en mouvement, allumé de couleurs vives et de gens à la bonne humeur constante. On parlait et riait fort, on s’embrassait et on s’aimait à tous les coins. Vu de là, la vie dans la peau d’un individu homosexuel semblait fabuleuse, plus agréable que toute autre. J’aimais me promener dans ce quartier. J’aimais la plénitude qui animait tous les gens qui se trouvaient en ces lieux. J’aimais admirer la beauté de cet amour qui ne faisait pas office de tabou dans ce monde. Claudia gara sa voiture puis nous sortîmes arpenter les rues du quartier. Mes deux amies ne manquaient aucune occasion pour s’embrasser goulûment, pour s’étreindre et se glisser des mots doux. Elles paraissaient libres, elles étaient belles l’une avec l’autre. Je ne me sentais pas exclu malgré leur proximité amoureuse. Je me sentais presque privilège de pouvoir épier si librement leur intimité. Finalement, je ne regrettais pas de les avoir suivies. Je me sentais bien ce soir-là et j’étais empli d’un sentiment étrange, comme si j’étais à ma place.

 

Nous nous rendîmes jusqu’à un bâtiment moins coloré ou nous dûmes monter quelques escalier pour accéder à l’endroit tant prisé par Tiffany. Celle-ci paya les frais d’entrée et nous arrivâmes dans un lounge au décor très glamour. La lumière était tamisée, le plancher en céramique d’un noir corbeau et les murs d’une teinte similaire. Seul le mobilier coloré de blanc et de rouge contrastait étrangement bien avec le tout. Il y avait un bar, une scène et beaucoup de gens installés aux différentes tables ou aux canapés. Un serveur nous installa sur un canapé blanc fort confortable et nous apporta des menus. Tiffany, satisfaite par mon expression faciale plutôt enthousiaste, m’adressa un large sourire :

« Tu ne regrettes pas d’être venu, hein ? s’exclama t’elle

- Pas du tout, lui avouais-je, c’est génial, Tiffa.

- C’est la deuxième fois qu’on vient ici, dit Claudia en détaillant l’endroit des yeux. Tu vas voir, il y a des danseurs fascinants ici.

- Des danseurs ? demandais-je, intrigué.

- Pas de strip-tease, marmonna Tiffany.

- C’est bon, je sais … Je veux seulement savoir quel genre de danse ils présentent …

- Un peu de tout, avoua Claudia, ça va de la danse sociale au hip hop.

- Tiens, justement, s’exclama Tiffany, je suis persuadée que tu n’as jamais vu deux danseuses de salsa comme elles ! »

Je tournais mon visage vers la scène où deux femmes, l’une habillée d’une courte robe rouge et l’autre d’un costard, entamaient une salsa sur une musique latine particulièrement rythmée. Elles étaient en effet fascinantes. Le fait de voir deux personnes de même sexe faire de la danse sociale était certes étonnant mais ce n’était pas ce qui faisait le charme de ce numéro. Elles avaient une grâce et une précision ahurissantes. J’avais dû mal à décoller mes yeux de la scène et une fois leur danse terminée, je me rendis compte qu’elles avaient plongé la salle dans une ambiance torride.

« On pourrait danser comme elles ? demanda Tiffany à sa compagne.

- Désolée mon amour, on n’est pas assez souples pour ça …

- On pourrait prendre des cours !

- Manque de temps … et d’argent, répondit Claudia en affichant un air contrit.

- Bon, pas grave, on se contentera de notre danse à l’horizontal !

- Épargnez-moi cette image, dis-je en riant malgré moi.  

- Désolée d’affliger ton pauvre petit esprit d’homosexuel. » ironisa Tiffany.

Mais je ne pus répondre quoi que ce soit bien que mon esprit soit gorgé de répliques cinglantes que je partageais chaque jour avec ma tendre amie. Je ne le pus car mon esprit fut complètement captivé par le nouvel individu qui s’était approprié la scène. Je n’y avais pas trop prêté attention au commencement mais maintenant qu’une lumière crue découpait sa silhouette finement sculptée à travers l’obscurité de la scène, mes yeux étaient détenus par sa beauté. Il effectuait une danse contemporaine sur une musique lente, émouvante. Son corps se pliait, s’allongeait, se courbait. Il était souple, sublime. Sa peau était basanée de ce teint propre aux gens de l’Inde. Il avait des yeux d’un noir envoûtant et les cheveux de même couleur qu’il portait relativement courts. J’étais fasciné et un désir ardent comparable à la chaleur du désert s’était emparé de mon corps. Je brûlais d’envie comme cela m’était rarement arrivé auparavant. J’avais le souffle coupé, les mains moites. Je le voulais.

Tiffany et Claudia devaient s’amuser de mon envoûtement mais je n’y prêtais pas attention, je me délectais de ce numéro jusqu’à la disparition de son artiste qui m’apparut presque comme un supplice. Je tentais vainement de me rafraîchir les idées.

« Deux limonades et un verre d’eau triple glaçons pour mon ami, il en a grand besoin, dit Tiffany au serveur qui s’était arrêté à notre table et que je n’avais pas remarqué.

- Je me suis laissé emporter, m’excusai-je d’un ton distant.

- La tension sexuelle était palpable, souffla Claudia.

- ‘Faudrait être deux pour qu’il y ait une tension sexuelle, murmurais-je.

- Il t’a regardé à quelques reprises, dit Tiffany, quand il n’était pas en train d’effectuer ses pirouettes. Tu devrais aller le voir.

- Où ?! demandai-je.

- Bah à la table là-bas. Il s’y est installé il y a quelques secondes mais t’avais encore les yeux bloqués sur scène. » se moqua Claudia.

Sans plus attendre, je me levais de ma place pour gagner la sienne. J’avais rarement fait preuve d’autant d’audace. Ce n’était tout simplement pas mon style de draguer les autres. Je me laissais aborder la plupart du temps. Mais cette fois-ci, j’avais l’impression que le désir ardent que je ressentais agissait à ma place. Je me plaçais devant le danseur et plantais mes yeux dans les siens.

« Tu permets ? » dis-je en empoignant doucement le dossier de la chaise qui était face à la sienne.

Il hocha la tête d’un mouvement déconcerté et détailla rapidement mon visage qu’il avait sans doute mal vu de la scène où il avait brillamment dansé (si seulement il m’avait regardé). Je m’assis et lui adressais un bref sourire, un peu crispé. Je gardais mes mains croisées l’une dans l’autre de peur qu’il aperçoive les tremblements de celles-ci.

« Je m’appelle Mathéo Estbury, lui dis-je à voix basse afin qu’il approche son visage pour m’entendre, ce qu’il fît.

- Eddie Malik, répondit-il d’une voix un peu hésitante.

- Diminutif d’Edward ? demandais-je.

- Oui mais ça ne va qu’aux vampires, répondit-il en riant brièvement.

- Ce prénom te va à ravir, murmurais-je, incertain de ma technique de drague. »

Le regard sombre d’Edward se planta dans le mien, captivant et intimidant à la fois. J’avais à la fois l’envie de fuir ce regard et l’envie de m’y noyer. C’était étrange comme sensation, mais grisant.

« Tu n’es pas habitué, hein ? me dit-il sur le ton d’une affirmation.

- Habitué à quoi ? demandais-je, un peu déconcerté.

- À aborder un mec et à la draguer … À mon avis, tu as pigé tes techniques dans la dernière production hollywoodienne à la sauce hétéro. »

Ma fierté en ayant pris un sacré coup, je m’apprêtais à me lever et à réintégrer le canapé où mes deux amies étaient installées mais la main du danseur se plaqua sur les miennes, m’imposant d’un geste peu autoritaire de rester à ma place.

« Je ne voulais pas te vexer, s’excusa-t-il en affichant un air contrit. Pour être franc, je trouve cela attendrissant.

- …

- Ne sois pas intimidé maintenant, tu avais tout de même une belle assurance.

- J’ai l’impression de m’être pris un râteau monumental, marmonnais-je.

- Ce n’est pas le cas. Recommence si tu veux.

- D’accord, soufflais-je avec plus de détermination. Je m’appelle Mathéo Estbury.

- Eddie Malik.

- Diminutif d’Edward ?

- Oui mais ça ne va qu’aux vampires, répondit-il en riant à nouveau mais plutôt à cause de la répétition de la scène.  

- C’est franchement moche comme prénom. »

Edward éclata de rire devant le peu de conviction affiché dans mes paroles. Je devais être mauvais acteur. Cependant, cela avait l’avantage de l’amuser, ce qui n’était pas pour me déplaire. J’avais l’impression d’avancer un peu dans ma séduction, avec un rôle de maladroit touchant.

« Tu ne le penses pas, hein ? dit-il en riant encore malgré lui.

- Pas vraiment … J’adore ce prénom et non, je ne suis pas influencé par ce foutu phénomène Twilight. Tu portes mieux ce prénom que le vampire aux cheveux gras.

- C’est plus flatteur que ta technique de drague précédente. Montre-toi tel que tu es vraiment, ça fait toute la différence.

- Je n’ai jamais prétendu être un expert … Je drague pas en général.

- Et qu’est-ce qui fait que ce soir tu te déroges à cette règle ?

- Je ne sais pas trop, mentis-je habilement, une envie de me dépasser et une certaine envie de te connaître.

- Tu ne m’as jamais vu avant ? me demanda-t-il comme si le contraire aurait été évident.

- Non … c’est impossible, je me serais rappelé de toi. »

Il me fixa un long moment comme pour peser la sincérité de mes dires puis sans que je ne m’y attende, sa main sa faufila sur ma cuisse, la caressa lentement sans que son regard ne me quitte. Il était rapide, c’était le moins qu’on puisse dire mais je ne m’en plaignais pas. Seul le désir m’avait mené à cette table et c’est encore celui-ci qui propageait en moi une si grande chaleur. Je retenais mon souffle puis tentais de ne pas avoir l’air déconcerté par un tel mouvement.

« C’est le stade deux, me murmura Edward, c’est le moment où je te confirme que je ressens pour toi la même attirance et où je te demande me parler de toi.

- De … de moi ? dis-je en bégayant malgré moi.

- Oui, de toi.

- J’ai tout juste seize ans … je suis calé en mathématiques … je suis vraiment nul côté social … j’ai pas énormément d’expérience … Je m’assume complètement en tant qu’homo … ma meilleure amie est lesbienne … et j’adore te voir danser.

- Moi j’ai dix-sept ans, je suis calé en langues étrangères, j’ai un certain talent avec le côté social, je veux étudier la psycho plus tard. Je ne m’assume pas vraiment en tant qu’homo, à part quand je suis dans ce quartier. J’aime la danse avant tout … et j’ai très envie de toi. »

Son désir devait être aussi ardent que le mien vu la lueur qui brûlait ses yeux. La cadence et la pression de sa main sur ma cuisse se firent plus fortes. J’avais envie d’agir, de faire de même, mais je n’y arrivais pas. Quelque chose me bloquait, me nouait la gorge et me paralysait. C’était indicible. J’attendis qu’il me guide, qu’il s’empare de ma main et qu’il m’entraîne. Je ne sais trop où d’ailleurs. Mon cœur battait à la chamade et mon sang semblait bouillir dans mes veines. Je pense qu’on se retrouva dans sa loge. Une fois la porte fermée derrière nous, nous laissâmes libre cours à notre désir réciproque. Je m’emparais avec avidité de ses lèvres et serrait son corps au mien. Il nous fit basculer sur le canapé et on se déshabilla avec ardeur, dépensant jusqu’à la plus petite once d’énergie contenue dans nos corps pour se faire l’amour. Ce fût l’un des ébats les plus brûlants et les plus éreintants que je connus …

Par Miyuki Lee
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